Le fabuliste méconnu ( 122 )

Un orang-outang admirait les hommes
Et cherchait comme eux à réaliser un exploit
Son maître ayant ramené triomphalement au port
Un lourd navire gorgé de richesses
Dès le lendemain le singe sautait dans un esquif
Il avait appris à remuer les rames
Et à se laisser guider par la petite voile
Par malheur il ne connaissait pas l’usage de la barre
Il ne fit pas cent brasses et but la tasse

L’ambition la présomption ne suffisent pas
Il faut aussi un peu de savoir

Le fabuliste méconnu ( 121 )

« Brouillard maudit
Tu m’embrasses toute entière
De ton voile humide et froid
Je transis dans ton ombre »
Rend-moi mon soleil »
Ainsi parlait une montagne
Et le nuage répondait :
« Ingrate tu oses te plaindre !
A qui dois-tu tes riantes verdures
Et les eaux de tes torrents et de tes nombreux ruisseaux ?
Si je te laissais au soleil
Tu n’offrirais plus de bois de gazons
Rien que des rochers arides »
La montagne interloquée
Dut admettre qu’il y avait du vrai
Dans le brouillardeux discours
Et qu’elle demandait simplement
Un peu plus de soleil

Tout est question de mesure

Quizzz : le fabuliste méconnu

Nous en sommes à la 120° fable translatée du « fabuliste méconnu ». Son identité n’a toujours pas été révélée par un lecteur sur mon site « Facebook ».
Je peux donner un indice : Pierre Lachambeaudie que j’ai appelé le « fabuliste inconnu » a reçu un prix de l’académie française. Celui que j’appelle le « fabuliste méconnu » a été lui membre de l’académie française, donc l’un des quarante « immortels ».
Nous sommes au XIX° siècle…

Le fabuliste méconnu ( 120 )

L’humanité du chat n’est pas un fait reconnu
Un seul sur mille peut-être peut s’en réclamer
On m’a conté l’histoire que je crois véridique
D’un chat philanthrope
Ce chat pacifiste par nature et par conviction
Ne voulait que des croquettes
Et ne désirait en aucun cas porter atteinte
A quelle que vie que ce soit
A le voir ainsi les rats s’enhardirent
L’un d’eux osa même lui monter sur le dos
Il n’eut d’autre ennui que de subir
Un cours de politique humanitaire
D’autres rats se pressèrent pour jouer avec le chat
Celui-ci se laisse pincer mordre
Mais quand le premier sang jaillit
Le chat devinant qu’on le dupe
Balaie la racaille d’un revers de la patte
On pourrait dire que si l’on chasse le naturel
Il revient au galop
Ou qu’avec les méchants
On perd son indulgence
Je voudrais donne un exemple humain :
Un homme pillait égorgeait
Tua même père et mère
On le condamna à mort
Un philanthrope argua
Que la société n’avait pas à tuer
La condamnation fut muée en bagne à vie
Le philanthrope critiqua les galères
Indignes d’un être humain
Promené de prison en prison
Le prisonnier réussit à s’évader
Et reprit son activité criminelle
Il est bon d’être bon
Même avec les criminels endurcis
La peine de mort est irrémédiable
Elle exclut le repentir
Ne tient pas compte de l’erreur judiciaire
Mais il ne faut pas prendre les criminels
Pour des innocents
Une certaine philanthropie niaise naïve
Va à l’encontre de sa propre cause
Et oublie les racines du mal
Qu’il faudrait éradiquer
L’enfance malheureuse la misère

Le fabuliste méconnu ( 119 )

Un paysan se plaignait
A haute et forte voix dans un bistroquet
Que le carillon de l’église
Quand il l’entendait dans sa ferme
Signifiait la pluie
Et parfois la tempête
Son voisin se récria :
« C’est une calomnie ! Quand dans mon hameau
J’entends le carillon
Il signifie un temps serein
Et souvent le soleil »
Le ton monta Les deux hommes
Faillirent en venir aux mains
Pour un carillon
Vérification faite il s’avéra
Que le premier vivait au nord
Et le second à l’ouest
Du carillon
L’un entendait l’aquilon
Et l’autre le zéphyr

Souvent l’opinion dépend de la position

Le fabuliste méconnu ( 118 )

Un coquelet rêvait en secret
De régner sur la basse-cour un jour
On devina ses projets à peine formulés
Le sérail emplumé et surtout le coq régnant
Le prirent en grippe
Meurtri de coups de bec
Réduit à se cacher
Le jeune coq attendait tout de la fermière
Celle-ci en femme avisée
Désireuse non pas
De châtier des mutins la brutale insolence
Mais de rétablir l’ordre et la tranquillité
Exécuta le coquelet et le mit à la broche
L’équité le bon droit sont des thèmes exemplaires
L’opinion leur est souvent contraire
Il est possible qu’un jour
Vous ayiez droit à la justice de la fermière