Le fabuliste méconnu ( 117 )

Deux ânes marchaient vers la ville
Sous une chaleur extrême
Le premier était lourdement chargé
Le second ne portait que son bat
Il riait de son pote
Faisait le brave et le héros
Dans un village un marchand forain
Lui imposa un lourd bagage
Il sentit à son tour le poids de la chaleur
La longueur de la route et du temps
Il poussa contre le sort des plaintes plus amères
Que le copain dont il raillait la fatigue et la douleur

Nous sommes peu touchés par la misère des autres
Il n’est point de malheur égal au nôtre
Nous avons le coeur moins tendre que la peau

Le fabuliste méconnu ( 116 )

Chaque matin le poète
S’asseyait sous la tonnelle
Distribuait aux canards
Les miettes qu’il leur préparait affectueusement
Un jour l’un des plus gourmands
Se dressa et prit un gros crouton
Tandis que les autres rassasiés
Regagnaient le bel étang
Le goulu se battait avec son butin
Et finit par s’étouffer
Heureusement sans danger

Contentez-vous de peu
Et sur votre gosier
Réglez votre appétit

Le fabuliste méconnu ( 115 )

Au bord d’un précipice un saoulot
Heurta une grosse borne
Sa douleur fut poignante
Il hurla et jura :
« Une borne !!! Une borne de plus !
Ils en mettent partout
Pour enquiquiner le monde !
A bas les bornes ! Vive la liberté ! »
Il entreprend d’arracher la pierre
Une voiture la heurte violemment
A demi sur le gouffre elle reste penchée
La conductrice arrive à en sortir
A demi-éméchèe
Elle aide l’ivrogne à déterrer la borne
Les deux tombent enlacés roulent dans le ravin
Heureusement sans bobo

Les bornes sont des garde-fous

Le fabuliste méconnu ( 114 )

Une dame aimait son agneau
Blanc comme neige
Il suscitait des envies
Le chat et le chien montèrent une cabale
Le chat a ourdi le complot
Le chien poussa l’agnelet gémissant
Contre un pot
Le chat le fit tomber
Répandant sur l’agneau
Une liqueur noire et caustique
On eut beau laver éponger
Et brosser la victime
La peau et la laine restèrent grisâtres
L’agneau perdit l’affection de la dame
En plus il se mua en mouton

Quand la calomnie sévit
Vous avez beau nettoyer l’empreinte
Il en reste quelque chose

Le fabuliste méconnu ( 113 )

Par un ciel nocturne clair et beau
Une jeune fille se promenait
Un flambeau à la main
L’oiseau réveillé
Se rendormait en paix
Elle croisa un jeune homme
Fanfaron mais beau
Qui portait une torche
Grondante sifflante étincelante
La fille n’osa lui parler
Le garçon ébloui ne la vit pas
Plus loin en ayant assez de ne rien y voir
il jeta sa torche
Avec des airs de bravache
Elle mit le feu à la contrée
Flambeaux et torches
Furent désormais interdits

L’un qui prétend éclairer
Allume des incendies
L’autre crie au feu
En voyant la lumière

Le fabuliste méconnu ( 112 )

Au bout d’un jardin près d’un étang
S’élevait un vigoureux poirier
Au bout de trente ans
L’âge entraina la décadence
Il produisait des fruits
Moins nombreux de moindre qualité
A l’aide d’une serpette
Un peu de vigilance
Eut protégé sa belle existence
Paresse oubli indifférence
Durèrent encore vingt ans
A ce moment le faux jardinier
Courant après son chapeau
Passa près de l’eau
Perdit l’équilibre
Se cramponna au vieux poirier
Qui consumé par les moisissures
S’effondra dans ses bras
Le jetant à l’eau heureusement peu profonde
De l’étang

Sachons protéger
Nos biens les plus précieux