LA GUERRE EST FINIE
ENFIN JE PRENDS DU BON TEMPS
LE PRINTEMPS JOLI
Haïku
Le Québec est libre
Les Québécois sont sympa
Ils sont francophones
Le fabuliste méconnu ( 82 )
Le vent porta une graine dans un hallier
Elle devint une petite pousse
Les ronces enlaçant leurs sarments épineux
L’étouffaient sous leur voute inhospitalière
La pressaient de leus épines
Le ténébreux berceau était-il un tombeau ?
Le jeune ormeau apparut au grand jour
Devint l’honneur du bocage
Les ronces l’entourant de leurs tiges grimpantes
Quémandaient son appui
L’orme dit : « Vous me caressez maintenant
Que vous n’avez pu m’étouffer ? »
La ronce la plus diserte répondit :
« Quelle erreur ! Quelle injustice !
C’est notre ombrage protecteur
Qui a protégé votre enfance
Hiver et été »
Il en va de même des humains
Petit vous êtes humilié
Grand vous êtes flatté
Y compris par ceux qui n’ont pu
Faire de vous une victime
Le fabuliste méconnu ( 81 )
Des buissons de rosiers vivaient dans l’opulence
Depuis aussi longtemps qu’on se souvienne
Mais voilà que dans leur jardin
On transplanta des églantiers
Grandes furent la surprise et la colère des rosiers !
« Des sauvageons dans notre parterre !
Sied-il à notre terre d’abriter des gratte-culs ? »
Mais ces églantiers étaient d’un espèce nouvelle
Issue de greffes subtiles
Les églantiers produisent des roses
Le jardinier eut du mal à calmer les rivalités :
« Produisez chacun les fleurs que vous pouvez »
Le fabuliste méconnu ( 80 )
Dame perruche recevait ce soir-là
Il y avait du monde
Quoiqu’un concert soit annoncé
Un chardonneret devait chanter
On murmurait que ce provincial était l’amant
De sa protectrice la vieille pie
Après la fauvette et le serin
Le chardonneret chanta enfin
D’une voix nette et franche
Un bon amateur comme on en voit partout
Dame perruche entonna la louange
Suivie par la mésange et le pinson
Notre chardonneret enivré se prosterne
Et rassemble ce qui lui reste de modestie
Avant de prendre congé
Etouffant de bonheur
Il a oublié son chapeau revient dans le salon
Pour entendre les brocards et les ris :
« Quelle voix insipide ! Quel pitoyable accent !… »
Si devant vous on crie merveille de vous
Prêtez à nouveau l’oreille
HAÏKU
LA SINCÉRITÉ
LA QUALITÉ ESSENTIELLE
DE L’HONNÊTETÉ
Le fabuliste méconnu ( 79 )
Un torrent toujours jeune
Dévalait dans la vallée
En désolant ses rivages
On lui mit une digue
Rassuré et fécond
Il regrettait son jeune temps
Tout en se voulant doux et tranquille
Un orage survint
La digue fut rompue
Le fier torrent reprit ses penchants furieux
Moralité : Il est parfois nécessaire
D’endiguer les torrents
LE FABULISTE MÉCONNU ( 78 )
Sur un rosier paré de mousse
Fleurissait la plus belle des roses mousseuses
Un arbuste d’à côté
Regrettait la mousse
Qui étouffait son feuillage :
« Quelle iniquité ! On me reproche
La mousse qu’on vante tant chez elle »
Quelle injustice en effet !
Ce qui est beau chez les uns
Est laid chez les autres
HAÏKU
LA MÉLANCOLIE
DU BONHEUR EST PRINTANIÈRE
L’AMOUR AMOUREUX
Le fabuliste méconnu ( 77 )
Une grue de passage
Au bord d’un marécage
Fouillait de son bec effilé
La terre molle
Elle tomba sur un ver
Mais celui-ci disparut
L’oiseau le chercha
Un taupe l’avait avalé
Méfiez vous si vous êtes du plein air
Les taupes peuvent faire de vous des grues