Le fil ténu ( 2 )

Le 20 mars 2015 j’écrivais sur le fil ténu qui relie le détail de nos existences aux idées générales. Dans une certaine mesure le fil qui me relie à Régine est de cet ordre.
Les détails de nos vies, le détail que sont nos vies correspondent pourtant à des généralités, à des concepts. D’où la distinction entre le singulier, l’originalité irréductible d’une situation concrète, existentielle, et le particulier, partie d’un tout.
Sur le singulier nous avons des notions de type littéraire, sur le particulier nous devrions avoir des concepts. Ils manquent quelque peu. D’où la supériorité du singulier, donc de la littérature, de l’art.
Alors que la vie quotidienne nous contraint à être divers et variés le concept trop souvent nous rend têtus et obstinés. Monde de la raison le concept l’est aussi de la folie.

Tenir à un fil

Régine se promène sur la terre avec dans la main un fil
Par ce fil elle me tient
Je suis comme un ballon
Flottant dans l’air
Grisé par l’idée
Régine elle a les pieds sur terre

Petit conte moderne

Ce petit conte provient à la fois d’une histoire récemment racontée par Régine dans son blog et de mon aventure personnelle :

Une quantité énorme de gens a vécu une expérience analogue à celle que je m’en vais vous raconter, y compris mon épouse Régine qui m’accuse déjà de plagiat.
Il y a longtemps, je monte dans un autobus de la ligne 86. Il est plein. Il n’est pas bondé. La conductrice se lève et hurle : « Serrez-vous derrière, mesdames, messieurs, serrez derrière ». La R.A.T.P., la régie autonome des transports parisiens, nous a offert de magnifiques chauffeuses d’autobus.
Je m’efforce d’être un bon citoyen. Je me faufile donc pour atteindre le fond du véhicule. J’arrive au centre. Devant moi un petit homme grisâtre, vêtu de marron, la tête ronde, les cheveux plats, me regarde horrifié. Pourquoi ? Je ne sais pas.
Je passe l’obstacle du petit homme entre deux âges. Le fond de l’autobus est complètement vide à part les places assises. Personne n’en connait la raison. Ce que j’ai fait tout le monde peut le faire. C’est d’habitude ce qui m’arrive.
Deux arrêts plus loin le refrain de la conductrice recommence mais modifié :  » Allez au fond, mesdames, messieurs, allez au fond ». Une dame de l’arrière se lève, laisse sa place pour descendre du bus. Le petit homme s’assied avec un air de triomphe que j’ai rarement vu. C’était donc ça le problème. Il avait vu en moi son rival direct, un véritable monstre.