On ne peut trop louer
Son dieu, sa maîtresse et son roi
Le dieu est absent
La maîtresse est volage
Le roi est lointain
Un homme de grand talent
Peut-être de génie
Décida de rompre avec l’usage
Il ne dit plus rien du roi
Il rompit avec sa maîtresse
Il n’honora plus son dieu
Il se retrouva seul
Sans dieu sans roi
Passe encore
Mais sans maîtresse ?
Les fables de Fabre 187
Un homme s’aimait
Il vaut mieux s’aimer que se haïr
Il s’adorait
Il tombait dans l’excès
Il se voulait l’être le plus beau du monde
Il finit par ne plus supporter les miroirs
Chez lui il les masqua tous
Il ne sortit plus
Les yeux des passants
Le mettaient hors de lui
Il ne s’y voyait plus
Il n’invita personne
Il se suicida enfin
Maudissant son sort misérable
Etre le seul à se trouver acceptable
Les fables de Fabre 186
Un père avait trois filles
Par testament il fit trois lots
De valeur égale
A l’ainée fort gourmande
Il donna tout l’attirail de la beauté
Coiffeuses brodeuses
Joyaux robes de prix
A la puinée très coquette
Il offrit les fermes les troupeaux
Les pâturages
A la cadette travailleuse
L’appareil de la goinfrerie
Vaisselle buffets
Bouteilles caves
Cuisines
Ainsi aucune de ces charmantes filles
Ne fut victime de son penchant
Les fables de Fabre 185
Un lion était matois
Plus peut-être qu’un chat
Il voulut giboyer
C’est à dire attraper du gibier
En une fois plus
Que jamais
Il mit un âne dans un taillis
Lui demanda de braire
Le plus fort possible
Sans discontinuer
Au bout d’un moment
Les animaux s’affolèrent
Sous la voix de stentor
Et passèrent devant le lion
Qui se servit
Quand à la force s’ajoute la ruse
Le danger devient énorme
Voire épouvantable
Les fables de Fabre 184
Un homme énamouré
Prit sa femme pour une chatte
Elle en fut toute émoustillée
Elle déchanta
Quand le mari lui demanda
De chasser les rats
Comparaison n’est pas raison
Toute comparaison
Même justifiée
A ses limites
Les fables de Fabre 183
Un paon se plaignait à haute voix
De ne pas avoir de voix
Il s’en ouvrit au rossignol
Celui-ci inventa sur le champ
Une bien belle chanson :
« Est-ce ma faute à moi
Si j’ai un chant mélodieux
Qui s’envole jusqu’aux cieux ?
Est-ce ta faute à toi
Si tu as une queue
Qui évoque l’arc-en-ciel ?
Tous les oiseaux sauf toi
Sont fiers de leur ramage
A ta place je craindrais
De perdre mon plumage »
Les fables de Fabre 182
Un corbeau se prenait pour un aigle
Volant au dessus d’un troupeau
Il admirait la plus grosse des brebis
Il s’abat sur elle
En dehors du fait qu’elle pesait plus qu’un fromage
Sa toison était épaisse et emmêlée
Si bien que l’oiseau noir
S’y empêtra les pattes
Il est dangereux de voler
Des proies mal apprêtées
Les fables de Fabre 181
Un homme dans la nuit étoilée
Marchait d’un pas fier et assuré
C’était un astrologue
Qui surveillait le cours des planètes
Pour déterminer notre destin
D’abord il trébucha sur une branche
Gisant sur le sol
Il n’en fut pas décontenancé
Il finit par tomber
Dans un puits sans margelle
Il ne sert à rien de surveiller les étoiles
Si on ne veille pas sur ses pieds
Les fables de Fabre 180
Une colombe buvait de l’eau fraiche
Quand elle vit un insecte
Qui se noyait
Elle lui tendit un brin d’herbe
Qui le sauva
Un paysan voulut avec son fusil
Ajuster le bel oiseau
L’insecte c’était une guèpe
Le piqua
Le coup partit dans l’air
L’oiseau s’envola
Il est utile d’obliger le monde
Même quand il est petit
Les fables de Fabre 179
Un ânier conduisait
Avec une belle autorité
Deux ânes
L’un chargé d’éponges l’autre de sel
On arrive à une rivière
Tous plongent
Les éponges se gonflent
Le sel fond
Un âne n’en peut plus
L’autre batifole
L’ânier eut du mal
A sauver l’âne à éponges
Nous ne pouvons pas agir tous
De la même façon