Les fables de Fabre 178

Une aigle était une bonne mère
Elle se nourrissait d’abord pour ses enfants
Qui pour le moment n’étaient que des oeufs
Elle part à la chasse survole son territoire
Pique sur un lapin
Qui lui-aussi cherchait à se nourrir
Le lapin avise un minuscule trou
Gardé par un scarabée sacré
Qui adjure la princesse d’épargner son voisin
L’aigle choque de l’aile l’escarbot
Et s’empare du lapin
Le scarabée choqué dans sa dignité
Monte haut arrive au nid de branchages
Casse un à un les oeufs
Sans en tirer avantage
L’aigle ne se découragea pas
Mit son nid plus haut
Changea la saison de ses amours
Pour avoir ses oeufs
Quand les scarabées dorment
Dans leur cachette

Les fables de Fabre 177

Une louve devait mettre bas
Elle démarcha une chienne
De ses amies
Pour lui donner asile
La chienne accepta de bon coeur
Et lui passa sa niche
Mais ensuite la louve
Demanda des délais
Pour l’élevage des louveteaux
A la fin elle montra les dents
Ils étaient déjà grands
La chienne alla voir son maître
Il mit rapidement de l’ordre
On regrette toujours
Ce qu’on donne aux méchants

Les fables de Fabre 176

Mortellement blessé
Par une flèche empennée
Un oiseau se trainait
Se plaignait :
« Quand je pense
Que j’ai fourni les plumes
Qui m’ont tué ! »
Il est fréquent que les armes
Se retournent contre soi

les fables de Fabre 175

Deux taureaux se battaient en duel
Suscité par les flancs d’une belle génisse
Les grenouilles se plaignaient gémissaient
Elles savaient que quelque soit le perdant
Il se réfugierait dans leurs marais
Les écraserait par centaines
Ce fut bien ce qui se passa
Les petits pâtissent souvent
Des bêtises des grands

Les fables de Fabre 174

Un loup méchant mais avisé
Fit traduire en justice un rat
L’accusant de lui avoir dérobé
Un petit morceau de viande
Le rat plaida l’innocence
Devant un singe qualifié
Après qu’on ait contesté crié insulté
Répliqué tempêté
Le singe rendit son jugement
En toute sérénité :
« je vous condamne tous les deux
L’un pour avoir volé
L’autre pour ne pas l’avoir fait »

Les fables de Fabre 173

Un chat nommé Rodilard
Répandait la terreur chez les rats
Ils ne mangeaient presque plus
N’osant sortir de leur trou
Rodilard s’absenta pour prendre femme
Pendant le sabbat qu’il fit avec sa dame
Les rats se réunirent pour s’en débarrasser
Ils choisirent un poison singulier
Le chat le mangea
Il éclata de rire
Le problème est qu’il continua de rire
Laissant les rats tranquilles
Le fameux Rodilard ne mangeait plus que des croquettes
Entre deux éclats de rire

Les fables de Fabre 172

Un oison se plaignait de tout
Rien n’était à son goût
Il en devint censeur
Il maudissait toute tentative artistique
Ne réservant ses rares compliments
Qu’à des auteurs morts depuis longtemps
Mais il tomba amoureux
D’une belle sculptrice à la mode
Qui alignait les bouts de bois
De différentes longueurs
Il prit désormais l’air du temps
En définitive la mode
Décide de tout

Les fables de Fabre 171

Une belette animal fluet
Se glissa dans un grenier
Elle y fit bombance
Au bout de quelque temps
Elle voulut ressortir
Grasse mafflue rebondie
Par le même trou
Impossible
Un rat de passage lui dit
La voyant en peine :
« Maigre vous êtes entrée
Maigre il vous faut ressortir »

Les fables de Fabre 170

Il arrive que la vie
Soit un rêve
Une petite fille se noya
Elle revint à l’existence
Sous la forme d’une belle femme
Un peu surprise au début
Elle s’habitua vite
A son nouveau statut
Imitant ses consoeurs
Elle développa surtout
L’esprit de contradiction
De retour au fleuve
Elle se noya à nouveau
Elle reprit ses esprits
Sous la forme d’une petite fille
Elle constata avec satisfaction
Qu’elle avait conservé
L’esprit de contradiction

Les fables de Fabre 169

Un hirondelle s’égara dans une forêt
Elle y revit le rossignol
Qu’elle n’avait pas aperçu
Depuis un siècle
Les deux oiseaux sympathisèrent
L’hirondelle demanda :
« Avec une voix pareille
Pourquoi te caches-tu dans les bois ? »
« Tu connais les humains ? »
« Certes »
« Tu as ta réponse »