Un cygne et une oie
Vivaient côte à côte
Dans un château
Ils étaient choyés
Mais non pour les mêmes motifs
Le cygne devait nager
Gracieusement sur les douves
L’oie devait engraisser
Pour être rôtie à point
Le jour fatidique
Le cuisinier
Imbibé par l’alcool
Prit le cygne pour l’oie
Au moment de l’égorger
Il s’arrêta soudain
Le cygne chantait
Les fables de Fabre 167
Un artiste peignit un lion gigantesque
Plus grand que nature
Abattu par un homme minuscule
Tout le monde admirait la peinture
Quand un lion passa :
« Il est heureux que les lions
Ne sachent pas peindre »
Les fables de Fabre 166
Une souris choisit un palais
Assez vaste pour qu’elle soit tranquille
Et plein de ressources
Une autre préfère une chaumière
Dans laquelle elle est née
La première est impitoyablement pourchassée
Par des humains et des instruments divers
Elle visite la seconde lui vante le palais
L’autre répond : « Pourquoi vouloir le quitter ? »
Les fables de Fabre 165
Un mari était ivrogne
C’est rien de dire qu’il délaissait sa femme
Il altérait sa santé sa bourse son esprit
Un jour qu’il avait bu le vin jusqu’à la lie
Son épouse l’enferma dans un tombeau
Proche de l’auberge
L’époux se réveillant se crut au séjour des morts
Son épouse lui apportant de l’eau
Il ne la reconnut pas
Et dit : « Bonjour madame
N’avez-vous rien à boire ? »
Les fables de Fabre 164
Une renarde haïssait le monde entier
Sauf les renards et encore…
Ce défaut ou plutôt ce vice
N’existe pas que chez les renardes
Elle alla dire du mal d’une chatte voisine
A dame faucon
Puis de cette dernière à une laie
Forte femelle du sanglier
Les deux sur le point d’accoucher
Eurent davantage d’inquiétude
Pour leurs petits à naitre
Tout se passa bien
Tout fut oublié
On connaissait la chatte
C’est une commère
Les fables de Fabre 163
Un renard de bonne mine
Et un bouc des mieux encorné
Se rencontrèrent devant un puits
En fait une petite mare
Au fond d’un grand trou
Après maints salamalecs
Le bouc descend le premier
Là ils se désaltèrent
Mais comment remonter ?
Le renard propose au bouc
De monter sur son dos arcbouté :
« Après tout je t’ai laissé passer pour descendre
J’ai déjà le moyen de te faire remonter »
« Par ma barbe » dit le bouc
« Voilà un plan des plus sensés
Je ne l’aurais pas trouvé je l’avoue »
Sorti du puits le renard dit :
« Ami si tu avais autant de jugement
Que de barbe au menton… »
Le bouc l’interrompt :
« Là où je peux descendre
Je peux remonter
Il suffit d’un coup de rein… »
Le renard s’enfuit
Le bouc se dit en souriant :
« Je ne lui en veux pas
Il joue son rôle de renard »
Les fables de Fabre 162
Un loup vieillissant
N’attrapait plus de brebis
Il décida d’imiter son copain le renard
D’utiliser la ruse
Au lieu de la force
Il s’habilla en berger
Prit houppelande houlette
Musette
S’approcha sans danger du troupeau
Mais là l’envie lui prit de chanter
Au seul son de sa voix
Du reste inimitable
Brebis chien berger
Se réveillèrent
Le loup fit bien de s’enfuir
Les fables de Fabre 161
Les membres jambes et bras
Se plaignaient fort de l’estomac :
« Ce vaurien ne sert à rien
Chaque jour qui passe
Nous le nourrissons
Sans recevoir aucune grâce »
Par décision de justice
Les membres reçurent l’ordre
De ne plus alimenter
L’organe inutile
Il dépérit rapidement
Mais eux aussi
Un autre jugement
Rendit ses droits à l’estomac
Les fables de Fabre 160
Il est bon d’être vigilant
Une alouette comme le veut la tradition
Fit son nid à même le sol
Dans un champ de blé
Vint l’été Les oisillons déjà grands
S’inquiétèrent La mère les rassura
Chaque jour qui passait
Puis les moissonneurs apparurent
L’alouette sonna le départ
Qui eut lieu en bon ordre
Rien ne vaut la sagesse d’une mère
Les fables de Fabre 159
Un âne pressé par la nécessité
Se réfugia dans l’écurie
Bien accueilli par les chevaux
Le maître passa sans rien voir
Un palefrenier habitué des lieux
Dénicha tout de suite le baudet
Il le garda il le soigna
Avant de le libérer
L’oeil du maître est parfois inférieur
A celui du serviteur