A quoi sert l’or qu’on laisse dormir ?
Je connais des avares
Qui vivent comme des gueux
A côté de leur trésor
L’un d’eux pensait sans cesse au trou
Qu’il avait lui-même creusé
Pour y cacher son âme sa passion
Ses pièces soigneusement gravées
Il y venait souvent en pèlerinage
Sans faire autre chose que prier
Il mourut
On connaissait le trou dans son entourage
On l’ouvrit Il ne contenait que du sable
Depuis longtemps
Les fables de Fabre 157
Un pauvre homme à l’oracle d’un dieu
Proposa un moineau :
« Que dois-je faire de cette petite bête
Qui ne sert à rien ni à personne ? »
L’oracle comme d’habitude
Demanda le temps de la réflexion
L’homme revint et dit :
« il est trop tard »
« Laissez moi deviner
L’oiseau s’est envolé ? »
Dans un souffle : « Oui »
« Vous voyez !
Le temps porte conseil »
Les fables de Fabre 156
Un vieillard réunit ses enfants
Deux filles et un garçon
Il leur montra un noeud de rubans
« Dénouez -le »
Aucun n’y réussit
« Regardez »
Le vieux dénoue le noeud
Semblable à celui qu’on nomme gordien
« Vous êtes le noeud
Restez unis
Sinon vous le regretterez »
Le père mort
Chaque enfant vécut à sa façon
Leur rare amitié disparut peu à peu
La succession fut le principal objet de litige
Ambition envie appétits
Partage conteste chicane
Juges créanciers notaires
Les enfants désunis sont d’avis contraires
Ils ne savent plus où est leur noeud
Le fils le découvre
Furieux il le tranche d’un coup de hache
Ne sachant plus le dénouer
Les fables de Fabre 155
Un sage érudit
Se fit construire une maison
Que ses nombreux amis
Trouvèrent trop petite
Il répondit :
« Elle est bien assez grande
Pour mes véritables amis »
Ceux-ci en effet sont rares
Les fables de Fabre 154
Un loup rôdait dans les parages
D’une ferme considérable
Il se rapprocha du corps de logis
Et entendit une voix de mère :
« Si tu continues je te donne au loup »
Le loup déjà se lèche les babines
Mais un chien aboie
Les lumières s’allument
Le loup s’enfuit
Depuis un dicton picard a été placardé :
« Beau chire loup n’écoute mie
Mère tanchant son fieu qui crie »
Les fables de Fabre 153
Une chèvre devant se rendre au pré
Pour y paître en liberté
Et remplir sa traînante mamelle
Ferma la porte de la petite étable au loquet
Et dit à son biquet :
« Surtout n’ouvre à personne
A moins qu’on ne te dise les mots :
« Fi du loup »
Le renard bien caché avait tout entendu
Il vendit le mot de passe au loup
Le jour même celui-ci
Se présenta à la porte fermée :
« Ouvre-moi s’il te plait
Fi du loup
J’ai un cadeau pour toi »
Inquiet et prudent le biquet demanda :
« Montrez-moi patte blanche »
Le loup s’en fut dépité
Deux précautions valent mieux qu’une
Les fables de Fabre 152
Beaucoup de grands sont masques de théâtre
Devant un buste de héros
Un renard s’interrogea
Le retourna dans tous les sens
Sa conclusion fut sans appel :
« La sculpture est belle
Mais elle n’a pas de cervelle »
Les fables de Fabre 151
Un cheval et un cerf
Rivalisaient à la course
Le cerf gagnait presque toujours
Le cheval alla voir un propriétaire
Pour l’aider contre son rival
Le maître accepta
Et dépêcha sa meute
Le cerf en mourut
Le cheval remercia son bienfaiteur
Celui-ci lui dit :
« Puisque je te tiens
Nous allons changer les règles du jeu
Tu verras tu me remercieras
Tu vas courir plus vite »
C’est ainsi que le cheval
Connut l’écurie
La vengeance n’est pas un bienfait
Les fables de Fabre 150
Des animaux divers envoyèrent une ambassade
Au lion pour l’apaiser un peu
L’âne le mulet le cheval le chameau
Furent chargés d’or
Le singe devait tenir un beau discours
Le lion les remercia
Et demanda plus pour l’an prochain
L’année suivante les mêmes se présentèrent
Avec l’or promis
Le lion fut content
Et réclama davantage pour l’année suivante
Le singe au nom de tous
Décréta la grève de l’impôt
Le lion voulut attraper la bestiole
Qui se réfugia dans un arbre
Les autres s’étaient déjà enfui
Le lion fut réduit au pouvoir de ses crocs
La part du lion parait normale
Mais trop c’est trop
« Rien de trop » clamait
La Delphes de l’antiquité
Les fables de Fabre 149
Une grenouille rare dans son espèce
Tendit un piège à un rat
Elle l’invita à nager chez elle
Goûter les délices de son étang
Le rat alléché argua cependant
Sa faiblesse à nager
La grenouille lui lia une patte
Avec un brin de jonc
L’entraina dans l’eau
Essaya de le noyer
Un milan qui surveillait le coin
Plongea et ramassa
Chair et poisson
Les ruses les mieux ourdies
Se retournent souvent
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