Les fables de Fabre 148

Un homme du temps jadis
Possédait une grande idole en bois
Son orgueil et sa joie
Il s’en promettait merveilles
Pour la rendre propice
Il lui offrait les plus belles offrandes
De superbes sacrifices
Dont parfois un boeuf
Malheureusement il n’obtenait en échange
Ni gain au jeu succession découverte d’un trésor
Rien de tout cela
Ses affaires périclitaient
L’idole ne manquait de rien
Furieux l’homme la brisa en mille morceaux
La trouva remplie d’or
« Plus je te rassasiais
Plus mes mains étaient vides
Je te brise et je suis riche »

Les fables de Fabre 147

Les belettes et les rats
Se livrèrent autrefois
Une bataille homérique
Pour bien faire
Et bien paraître
Les officiers des rats
Avaient reçu l’ordre
De porter pour le moins
Un chapeau à plumes
Un pourpoint de couleur rouge
Et au côté une minuscule épée
Plus malignes qu’on ne pense
Les belettes décidèrent
De massacrer les officiers
De l’armée adverse
Si facilement reconnaissables
Quant à la racaille
On la laisserait
Se réfugier dans les trous
Ses chefs empanachés
En furent empêchés
Par leur gloriole

Les fables de Fabre 146

Le dauphin est l’ami de l’homme
Après un naufrage
Il sauva un humain
Le porta sur son dos
Lui demanda des nouvelles
D’Athéniens célèbres
De Périclès d’Alcibiade
Du Pirée
« C’est un véritable ami »
Le dauphin s’aperçut alors
Qu’il sauvait un singe
Le dauphin rit de bon coeur
Et ramena au Pirée
Celui qui prenait le nom d’un port
Pour le nom d’un homme

Les fables de Fabre 145

Un âne était jaloux d’un bichon
Qui avait les faveurs
Du maître et de la maîtresse
Qui profitait de mainte caresse
Le lourdaud se présenta
Porta son sabot à l’épaule du patron
L’embrassa sur la bouche
Poussa son braiement
Le moins farouche
Le maître lui prodigua
Des caresses de baton

Les fables de Fabre 144

Un manant se plaignit à son seigneur
D’un lièvre qui déjouant tous les pièges
Pillait chaque jour son jardin
Où le serpolet le disputait à la rhubarbe
« Dès demain je m’en viens » dit le seigneur
Il vint avec sa chasse à cour
Hommes et chiens firent en une heure
Plus de dégâts que cent lièvres en un an

Les fables de Fabre 143

La mouche disait face à la fourmi :
« Moi je vole
On me voit sur la face des dieux
On m’admire sur un joli sein blanc
Avant les rois je goûte leur rôt… »
« Moi je travaille
Partout on te déteste on te chasse
Tu t’amuses en solitaire
J’aime l’entraide
A quoi me servirait de voler
Sinon pour convoler
Ce qui est rare ma fois
Vous ne voyez pas que je perds du temps
A babiller »
A chacun son style

Les fables de Fabre 142

Un berger ignorant
Descendit seul de sa montagne
Jeune encore
Il voulait courir l’aventure
il découvrit la mer
Il n’en revint pas de son immensité
« Elle plus grande que la montagne
Seul le ciel est plus vaste »
Il s’engagea comme matelot
Ses ambitions étaient aux dimensions de l’océan
Dix ans plus tard après deux naufrages
Le corps blessé un pécule minuscule
il remonta sur sa montagne
Pour raconter à qui voulait l’entendre
Son expérience héroïque

Les fables de Fabre 141

Du temps où les bêtes et les humains se parlaient
Un lion tomba amoureux
D’une fille bien mise
Le père trouva sa requête ennuyeuse
N’osa la refuser
Il proposa au lion
Dans un langage châtié
De se laisser rogner les griffes
De se laisser limer les canines
Afin de ne pas blesser la belle
« Mon enfant aime les belles crinières
Elle sera toute à vous »
Le lion amoureux se laissa faire
Il fut immédiatement tué
Quand l’amour nous tient
On peut bien dire : « Adieu prudence »

Les fables de Fabre 140

Un âne par la plus grande des chances
Se revêtit de la peau d’un lion
Il sema la terreur dans le canton
Il en était tout content
Mais ses oreilles dépassèrent de la peau
Il fut vite déshabillé
Et renvoyé au moulin
Maint cavalier n’est qu’un âne à cheval

Les fables de Fabre 139

Deux compagnons en mal d’argent
Promirent à un fourreur
La peau d’un ours
« Ce sera fait dans les deux jours »
Ils s’avancent dans la forêt
Brusquement l’ours vient vers eux
En trottinant
L’un des chasseurs amateurs
Monte sur un arbre
L’autre le nez dans l’herbe fait le mort
L’ours le renifle le retourne
Puis dédaigneux repart dans les bois
Le copain court vers le soi-disant défunt :
« Que t’a dit l’ours à l’oreille ? »
« Il ne faut pas vendre la peau de l’ours
Avant de l’avoir tué »