Les fables de Fabre 138

Le lion en vrai roi préparait la guerre
Tous devaient servir
L’éléphant devait porter
L’ours bousculer
Le renard ruser
Le singe divertir l’ennemi par ses tours
Un conseiller proposa de renvoyer l’âne
« Nous avons le cheval qui vaut mille fois mieux »
Et le lièvre qui est par trop peureux
Le roi décida que l’âne aiderait l’éléphant
Et que le lièvre servirait de courrier
A la guerre comme en paix
Les moindres compétences sont utiles

Les fables de Fabre 137

Un aigle et un hibou vivaient en bonne intelligence
Ils ne se voyaient pas souvent
Vint le moment où l’oiseau de nuit
Attendit quelques petits
Il demanda à l’oiseau de proie
De les épargner voire de veiller sur eux
Amicalement l’aigle s’y engagea
Il demanda : « A quoi ressembleront-ils ? »
« Beaux mignons jolis »
Un peu plus tard l’aigle aperçut
Dans le creux d’un rocher
Six petits monstres hideux
A l’air triste rechigné boudeur
Sans compter une voix de mégère
L’aigle les croqua tous sans rechigner
Les oisillons qui ne pouvaient pas
Etre la progéniture de son ami
Nous trouvons notre semblable
Beau bien fait aimable

Les fables de Fabre 136

Un lièvre fut sauvé des chiens par sa vitesse
Une perdrix par sa petite taille
Au milieu des hautes herbes
Réunis les amis concitoyens d’une prairie
Se congratulèrent
Le lendemain le lièvre fut sauvé par son terrier
La perdrix par ses petites ailes
Elle s’envola au nez des chiens
Réunis les amis se dirent :
« On ne peut pas continuer comme ça
Si on allait au désert ?
Là pas de chiens On sera bien »
Dans le désert ils ne trouvèrent rien
Pas d’herbes de graines de vermisseaux
ils revinrent bientôt vers les chiens
Les endroits les plus aimables
Sont hantés par des gens détestables

Les fables de Fabre 135

Un serpent silencieux
Se glissa dans une serrurerie
Il prit une lime pour un dessert
L’outil gentiment lui dit :
« Tu t’en prends à plus dur que toi
Petit serpent à tête folle »
L’histoire regorge d’esprits forts et méchants
Qui s’en sont pris à un ouvrage utile
Qui ne leur avait rien fait
Et qui était trop dur pour eux
Il en est d’airain d’acier de diamant…

Les fables de Fabre 134

Un cerf se cacha dans le feuillage d’une vigne haute
Les chiens l’ignorèrent
Il fallut les rappeler
Le cerf affamé par cette émotion
Mangea avec avidité
Les feuilles qui l’avaient protégé
Pour la meute de retour
Ce fut la curée
Tâchons de protéger ce qui nous protège

Les fables de Fabre 133

Un âne en grand apparat
Portait des reliques sacrées
Sur son passage on se découvrait
On s’agenouillait
L’âne se rengorgeait
Pensant que ces hommages
Lui étaient adressés
Il rencontra une ânesse
Aussi sage que belle
Qui lui dit : » Pauvre fou
Ne vois-tu pas que tu te ridiculises ?
Chez un magistrat idiot
Un prêtre imbécile
C’est la robe c’est la soutane
Qu’on salue »

Les fables de Fabre 132

Deux médecins se disputaient un client
L’un disait « il va très mal »
L’autre : « Ce n’est pas si grave »
Le premier conseilla un remède de cheval
Le patient angoissé en mourut
Le docteur Tant-pis triompha :
« J’avais donc raison
Il était mûr pour le trépas »
Le docteur Tant-mieux triompha :
« Si l’on m’avait écouté
Il serait encore parmi nous »
Dans la vie on rencontre souvent des optimistes
Des pessimistes
Parfois ils agissent et transforment les choses
Suivant leur fantaisie

Les fables de Fabre 131

Un enfant dormait
Près d’un précipice
Un berger alerté par son chien
L’enleva et le déposa plus loin :
« Petit tu as été imprudent
Tu es jeune Personne
Ne t’en voudra
Mais si tu étais tombé
Ta chute aurait été de ton fait »
Soyons responsables
Avant d’accuser le sort
Le destin la fortune
Que sais-je ?

Les fables de Fabre 130

Une montagne hurlait
Ele allait accoucher
Le monde entier accourut
On attendait au moins un titan
La montagne accoucha d’une souris
Beaucoup vendent leur oeuvre
Avant qu’elle ne soit terminée
Il n’en sort souvent que du vent

Les fables de Fabre 129

Un cheval paissait seul dans un pré
Un loup passa et lui dit :
« Seigneur je suis médecin
Puis-je vous ausculter ? »
« Bien sûr » dit le cheval
« Vous me rendez service
Pouvez vous, s’il vous plait
M’examiner le sabot
De la patte arrière gauche ?
Il me fait un peu mal »
Le loup passa derrière le cheval
Et reçut une ruade
Qui lui décrocha la mâchoire
Il est assez rare de voir ainsi
Un loup se faire duper