Deux soeurs étaient filandières
Dès le jour levé fuseaux rouets quenouilles
S’animaient
C’est un bon vieux coq
Qui donnait le signal
Les soeurs le détestaient
Un copain à elles
Mit fin à ses jours
La vieille dont elles dépendaient
Devint leur réveille-matin
Elles ne gagnèrent pas au change
Si l’on n’y prend garde
Dans la vie on tombe souvent
De Charybde en Scylla
Les fables de Fabre 127
Un renard des plus malins
Fut pourtant pris au piège
Il fut assez fort patient et courageux
Pour s’échapper
Mais il y laissa sa queue
Aux renards du canton il prétendit
Que la mode de l’appendice caudal
Etait passée et dépassée
Les goupils se gaussèrent
L’un d’eux déclara même :
« Nécessité fait loi »
Les fables de Fabre 126
Un grillon et un lièvre étaient frères
Du moins le croyaient-ils
Un édit royal chassa du royaume
Toutes les bêtes à cornes
Du daim au taureau tous partirent
Le lièvre prépara son bagage
Le grillon se moqua :
« Que fais-tu ? As-tu perdu la tête ? »
« Quand je regarde mon ombre
Je vois deux cornes »
« As-tu peur de ton ombre maintenant ? »
Les fables de Fabre 125
Un petit poisson ne voulant pas être pêché
Disait d’un ton suppliant :
« Epargnez-moi Je ne suis qu’un carpillon
Dans peu de temps je serai une carpe
Grosse et grasse
Vous me dégusterez comme vous le désirerez »
Le pêcheur homme rude répondit :
» Un bon tiens vaut mieux que deux tu l’auras
Je te tiens je te garde »
Son voisin et cousin intervint :
« Il est vrai que tu risques
De ne pas retrouver ce petit
Mais dans notre étang ses frères sont nombreux
L’un d’eux fera l’affaire »
Les fables de Fabre 124
Un pauvre bûcheron ayant perdu sa cognée
Criait pleurait gesticulait arrachait
Ce qui lui tenait lieu de vêtements
Une riche dame eut pitié
Et lui offrit une hache d’or
Le bûcheron l’accepta volontiers
Et la vendit pour acheter
Une cognée ressemblant à s’y méprendre à la sienne
Il lui resta beaucoup d’argent
Qu’il donna à plus nécessiteux que lui dans sa famille
Là dessus il retrouva sa vieille hache
Egarée sous un grand tas de bois
« J’ai deux cognées je suis riche »
Il était bûcheron dans l’âme
Les fables de Fabre 123
La pomme de discorde brouilla les dieux
Ils la refilèrent aux humains
Pas aux gens grossiers
Qui ne croient qu’en eux-mêmes
Et à quelques fétiches
Non, à la partie la plus civilisée
Qui s’incline devant les idoles
Les pires étant invisibles
La pomme fit merveille
La haine brouilla davantage l’humanité
A quoi ressemblait cette pomme ?
A rien, à une autre pomme
Son nom suffisait
Je ne sais pourquoi je pense à un vieil adage :
« La matière est immortelle
On n’en doit garder que la fleur »
Les fables de Fabre 122
Le monde humain
A toujours compté
Maint charlatan
Aucun savoir n’échappe à cet art
Chez les orateurs
On en compte peut-être plus qu’ailleurs
L’un d’eux prétendit
Pouvoir faire parler son âne
On le mit au défi
« Dans dix ans » dit-il
« Vous verrez le résultat »
Dix ans plus tard
L’âne était mort
Les fables de Fabre 121
Un charretier breton
Etait d’humeur massacrante
Sa charrette était embourbée
Le charretier insulte
La boue les pierres son cheval
La charrette
Il invoque le ciel
Une ribambelle de saints
La plupart bretons
Un passant obligeant lui donne des conseils
Et d’abord de bien voir la cause première de l’achoppement
Le charretier en grommelant obéit
Finit par combler l’ornière
Par miracle la charrette repart
Sans remercier le quidam
Le charretier s’écrie :
« Aide-toi, le ciel t’aidera »
Les fables de Fabre 120
Un fier destrier ne portait que son harnais
Son copain un âne
Ployait sous son fardeau
Il demanda au cheval de l’aider
Ce fut peine inutile
L’âne quitta ce monde
Sa charge fut attribuée
Au cheval qui ravala sa fierté
Un peu d’entraide fait du bien
Coopérer est mieux encore
Les fables de Fabre 119
Les fautes des uns retombent sur les autres
Il y a peut-être pire
L’innocent imitant le pervers
Voyant un aigle agir
Un passereau voulut faire de même
Il attaqua une poule
Qui se défendit et le blessa
J’ajouterai l’histoire du vautour
Qui imprudent
Attaquant une alouette
Se trouva pris au piège de l’oiseleur
L’oiseau de proie se plaignit
A la cantonade :
« Je n’ai jamais fait de mal à cet homme
Je ne le connais même pas »
L’oiseleur répondit :
« Quand l’alouette t’a-t-elle offensé ? »
Les crimes des pervers
N’excusent pas les nôtres
Ne participons pas à l’expansion du crime