Les fables de Fabre 118

Un lion malade fit savoir
Que chaque espèce
Avait le droit et le devoir
De lui envoyer une ambassade
Les animaux s’exécutent
Un renard fait remarquer aux derniers :
« Les traces de vos prédécesseurs
Vont toutes à la tanière
Aucune n’en revient »

Les fables de Fabre 117

Un citoyen épris de science
Campagnard de fraiche date
Se promenant en hiver
Découvrit sur le bord du chemin
Un serpent étendu sur la neige
Transi gelé perclus
Il le ramasse le ramène chez lui
« Tout dans la nature est utile »
Le brave homme étend le serpent près du feu
La bête se réveille en colère
Elle lève la tête siffle fait un long repli
Tâche à faire un saut
Contre son bienfaiteur
Celui-ci plus malin qu’on ne croit
Saisit le tisonnier
Et assomme le serpent
Les ingrats souvent meurent misérables
Il est bon d’être charitable
Il est nécessaire de bien choisir le sujet de sa charité

Les fables de Fabre 116

Un tyran se prenait pour le soleil
Il se maria Ce fut une liesse générale
Seules les grenouilles firent bande à part
« S’il fait plusieurs enfants
Seront-ils plusieurs soleils
Qui assécheront nos étangs
Et nous détruiront nous-mêmes ? »
Les tyrans sont à craindre
Leur descendance aussi

Les fables de Fabre 115

Un âne se plaignait d’être réveillé
Dès potron-minet
Pour porter des herbes au marché
Fatigué de ses plaintes incessantes
On le transmit à un corroyeur
Là c’est l’odeur des peaux
Des bêtes mortes
Qui importuna l’impertinent
Sans compter leur poids
On le mit au moulin
Cette fois c’est la monotone répétition
D’un travail éreintant
Qui mit en fureur l’animal
Mais là personne ne l’entendait
Pour beaucoup de gens
Rien n’est pire que le présent

Les fables de Fabre 114

Un cerf se mirant dans l’eau d’une fontaine
Admirait tel un nouveau Narcisse
Sa belle tête son noble port
Son poitrail mais surtout ses bois
Multipliés par l’âge
Il ignorait ses jambes
Qu’il trouvait trop minces
Un limier le fait partir
Il se réfugie dans une forêt
Mais ses bois entravent
Sa fuite éperdue
Que seules permettent ses pattes fuselées
Ne faisons pas trop cas du beau
Souvent inutile il est parfois nuisible

Les fables de Fabre 113

Un vieillard laissa son âne
Gambader dans un pré
Tout fleuri à l’été
Le grison se rue
Au travers de l’herbe menue
Se vautrant se frottant
Chantant et broutant
Un voisin ennemi du vieux
Surgit à l’horizon :
« Fuyons » dit le vieillard
« Et pourquoi donc ? » répond le paillard
« Je suis bien où je suis
Et je compte y rester
Qu’importe le maître après tout
Il est toujours notre ennemi »

Les fables de Fabre 112

Le mulet d’un prélat
Etait fier comme un prince
Il se réclamait sans cesse de sa mère la jument
Le prélat le disgracia lui préférant un cheval
Un anglo-arabe
On mena le baudet au moulin
Où il retrouva son père l’âne
On dit qu’à quelque chose
Malheur est bon
Ne serait-ce que parce qu’il met à la raison
Un bon nombre de cons

Les fables de Fabre 111

Le roi lion étant mort
On sortit la couronne
Il fallut que chacun l’essaye
Pour être roi à son tour
La couronne n’allait à personne
Les têtes étaient trop grosses
Ou le plus souvent trop petites
Le singe fit de la couronne un cerceau
Le renard saisit l’occasion :
« Notre exercice montre que seul le lion est le roi
En attendant son remplacement
Elisons un parlement »

Les fables de Fabre 110

Un souriceau très jeune
Qui n’avait rien vu
Se hasarda pour la première fois
Loin de chez lui
C’est-à-dire à deux pas
Deux animaux l’arrêtèrent
L’un était doux et bénin
L’autre turbulent
Et plein d’inquiétude
La voix perçante et rude
Sur la tête un morceau de chair rouge
La queue en panache étalée
Se battant les flancs avec ses bras
Il empêcha le petit rat
De s’approcher de l’animal velouté
Tigré longue queue
D’humble contenance
Le regard modeste l’oeil luisant
Le coq marchant au souriceau courageux
Lui fit une telle peur
Qu’il s’enfuit vers sa mère
Il raconta son histoire
Elle lui dit gentiment :
« Le doux animal que tu décris
Est un chat l’ennemi héréditaire des souris et des rats
Ne juge jamais les gens sur leur mine »

Les fables de Fabre 109

Un voyageur serrait contre lui son manteau
Bien fermé pour lui tenir chaud
Le vent souffla avec une rare violence
L’homme s’arcbouta Le manteau ne s’ouvrit pas
En dépit de la sollicitude d’Aquilon
Le vent soudain disparut
Laissant place au soleil
Puissant mais mesuré
Bientôt le voyageur desserra sa houppelande
Puis l’enleva
Phoebus roi de l’astre du jour
Avait gagné sans forcer
Plus fait douceur que violence