Les fables de Fabre 108

Un apollon régnait sur la plage
Nul ne l’égalait à la nage
En plus il se vantait
Il racontait avoir vaincu
Un requin à mains nues
Quand le monstre des mers apparut
Il fut le premier à fuir
Des personnes plus honnêtes
Se vantent impunément
Seule l’irruption du danger
Montre leur nature

Les fables de Fabre 107

Les sens ne trompent pas
Mais il faut interpréter leur message
La victoire des sens ne peut en aucun cas
Etre la défaite de la raison
A première vue la lune parait petite et plate
Comme une pièce de monnaie
Je sais de source sûre un consensus universel
Qu’elle est belle comme un astre
Qu’elle a des monts des plaines
Qu’elle est ronde comme une balle
Que sa rondeur certains disent rotondité
Comporte une face cachée
Un baton plongé dans l’eau me parait courbe ?
Ma raison le redresse
Un télescope nouveau
Montra un animal sur la lune
Une sorte de monstre
A la terre inconnu
Vérification faite il s’agissait d’une souris
Prise entre deux verres
Vérification tel est le maitre mot de la raison
Son premier en tout cas
Grâce à elle nos sens ne nous trompent jamais
En nous mentant toujours

Les fables de Fabre 106

La queue d’un serpent demanda aux dieux
D’être enfin l’égale de sa soeur la tête :
« Elle a toujours glissé devant moi
Il y a là une injustice cruelle »
Les dieux plus sages qu’on ne croit
N’exaucent jamais une telle prière
Il firent exception pour une fois
Le serpent fut tiré à hue et à dia
La queue n’y voyant rien
Le fit se heurter au moindre obstacle
La mort paraissait proche
Quand les dieux revinrent sur leur funeste arrêt
Un serpent a besoin d’une seule et unique tête
A ce compte-là nous sommes tous des serpents

Les fables de Fabre 105

Une femme ignorante dans un galetas
Disait la bonne aventure
Tout peut apparaitre préjugé prévention entêtement
En un mot opinion
L’habileté de la voyante
Consistait en quelques termes banals de son art
En généralités à partir de nos petits et grands défauts
De nos habitudes
Et aussi en hardiesse et hasard
Dans son antre chichement éclairé
Elle avait un balai qui rajoutait au pauvre décor
Dans la rue d’à côté elle se fit construire un hôtel particulier
Où elle ne désirait pas exercer son art
Préjugé prévention entêtement
C’est l’opinion qui fait la mode

Les fables de Fabre 104

Un trafiquant sur mer
Eut la bonne fortune
De voir revenir tous ses vaisseaux
Ses concurrents n’eurent pas la même chance
Tabac sucre cannelle rhum
Le rendirent riche
Il hasarda tout sur un nouveau voyage
Un premier vaisseau périt en mer
Un deuxième fut pris par des corsaires
Le troisième revint à bon port
Mais ses marchandises se vendirent à vil prix
Le luxe et la folie n’étaient plus tels qu’avant
La concurrence était plus vive
Ses créanciers étaient des rapaces
Une connaissance le voyant en mauvais équipage
Lui demanda la raison :
« C’est l’effet du mauvais sort qui partout m’accompagne »
Nous faisons le bien Le mal c’est la fortune
Nous avons raison le destin a tort

Les fables de Fabre 103

Pour l’amour d’une belle
Deux coqs se battirent à mort
Le plus faible ne dut son salut qu’à la fuite
Caché évincé de partout
Il assistait de loin
Au triomphe de son rival
Celui-ci se pavanait
Et claironnait sa victoire
Mais un nouveau rival aiguisait son bec
Battait des ailes l’air et ses flancs
Même si le vainqueur fut le sortant
Il dut se préparer à un combat nouveau
Il avait certes les belles poules à ses pieds

Les fables de Fabre 102

La richesse est attirante
La renommée célèbre ses attraits
Deux amis vivaient dans une bourgade
L’un d’eux s’ennuyait
L’autre s’amusait
il finit par dire à son pote :
« Suivez votre humeur inquiète
Vous reviendrez bientôt
En vous attendant je dormirai
Dans mon lit »
L’ambitieux partit à la cour
Qui est éloignée de tout
Là petit et grand lever du prince
Son coucher aussi
Au bout d’un an rien de notable
La cour n’apprécie guère l’humeur ambitieuse
Dont elle est issue
On raconte à notre avare virtuel
Qu’une terre lointaine
Est bénie par le ciel
Mais là tempêtes calmes rochers
Sont les ministres de la mort
Pour lui mal préparé
Il échappe de peu aux pirates
Egaré épuisé il revient au logis
Il retrouve son ami
Qui dormait dans son lit

Les fables de Fabre 101

Un cortège funèbre se hâtait lentement
Le curé récitait oraisons psaumes versets répons
Il était machinal et faisait dans le même temps
Ses comptes Il comptait bien acheter
Un cotillon à sa nièce proprette
Une pierre un choc et du corbillard
Tombent cercueil bière plomb et défunt
Le curé en eut la tête fracassée
Sur la mort décidément
Il ne faut pas trop compter

Les fables de Fabre 100

Deux bandes de vautours
Se déclarèrent la guerre
Pour un chien mort
Becs retors serres tranchantes
Il plut du sang
Valeur adresse ruses surprises
Cette fureur suscita la compassion
D’une autre nation au coeur tendre et fidèle
Les pigeons
Sa médiation persuada les vautours
De conclure un armistice
La gent maudite aussitôt
Fit un carnage des pigeons
Il est bon de diviser les méchants
Qu’ils se fassent entre eux la guerre !

Les fables de Fabre 99

Un lion pria à souper quelques hôtes
A peine arrivé dans l’antre
L’ours se boucha le nez
Se plaignit amèrement de l’odeur pestilentielle
Le lion de sa griffe mortelle
Eut tôt fait de se débarrasser de l’importun
Le singe crut bon de se répandre en compliments divers :
« Sire, j’approuve fort votre sévérité
Votre antre est un palais
Son odeur est celle d’une rose »
Le lion devina la maneuvre
Et d’un coup de dent mit fin aux espoirs du singe
Restait le cerf Il se plaignit d’un rhume
Qui l’empêchait de sentir quoi que ce soit
Le lion apprécia cette réponse de normand
Que cette fable serve de leçon !
Ne soyez ni fade adulateur
Ni parleur trop sincère