Les fables de Fabre 98

Un génie sorti d’un vase
Proposa aux habitants
De faire trois voeux
Ils obtempérèrent
Et choisirent la richesse
En peu de temps ils furent débordés de toutes parts
Les consommations abusives les excrocs les flatteurs
Les impôts
ils demandèrent d’urgence sinon la misère
Du moins la médiocrité
Il leur restait un voeu
Ils acceptèrent une certaine sagesse
Le trésor qui fait du bien
Et n’embarrasse pas

Les fables de Fabre 97

Dans un siècle qui fut le nôtre
Une belle était entourée de soupirants
Nul n’était assez bien pour son goût
L’un n’avait pas d’esprit
L’autre manquait de délicatesse
L’un avait un nez, mais un nez !
L’autre était pauvre à pleurer
Les ans passèrent
La belle perfectionna son art
Du fard et des toilettes
Avec l’âge elle était en passe de perdre
Tous ses charmes ses appas
Elle finit par choisir un malotru

Les fables de Fabre 96

Un certain rat
Las des peines et des soucis d’ici-bas
Se retira dans un énorme fromage
Il devint gros et gras
De pauvres ratons maigrichons
Vinrent lui demander l’aumône :
« Mes amis » répondit le solitaire
« Les affaires d’ici-bas ne me regardent plus
En quoi pourrait vous aider un pauvre reclus ?
Soyez assuré que je prierai pour vous  »

Les fables de Fabre 95

Dans les temps anciens
Sur les injonctions de plus en plus pressantes
De son père et sa mère
Un brave jeune homme accepta
Un mariage arrangé
Deux patrimoines s’épousaient
Il avait espéré une fille charmante
Il eut une femme laide et méchante
Querelleuse avare et jalouse
Au bout de quelque temps
Il la renvoya à la campagne
Où elle se fit détester de tous
Il dut la rappeler
N’en pouvant plus
Le mari s’enfuit dans un pays sauvage
Où les femmes portent un simple jupe de feuilles
Laissent leurs seins libres à l’air
Après plusieurs essais
Il se trouva une petite jeunesse
Qui joignait la beauté à la bonté
Tout en ayant du caractère
Et même de l’autorité
La sauvagerie est parfois plus civilisée
Que la civilisation

Les fables de Fabre 94

Un chasseur abattit un daim
Puis le faon
Qui ne quittait pas sa mère
Un sanglier se précipitant
Sur son chemin habituel
Il le tua aussi
Enfin avisant une perdrix
En promenade
Il la tua
N’ayant qu’une petite gibecière
Il n’emporta que l’oiseau
Le loup mangea à sa faim le soir même
Et cacha les restes
Jouissons jouissons, c’est vite dit
Il faut penser aussi

Les fables de Fabre 93

Si l’univers est infini
Chacun de nous est peut-être infini
Si l’univers est infini
Chacun de nous est peut-être multiplié à l’envie
Un sage de l’antiquité
Pensait à ces questions
Le peuple le crut fou
Pourtant il respectait les rites de sa tribu
Il ne dut son salut qu’à la fuite
Je pense que la voix du peuple
Est bien la voix de Dieu
A condition que celle-ci
Soit parfois celle du diable

Les fables de Fabre 92

« Les vices forment une longue chaine
Qui emprisonne les humains
Il n’en est pas hélas de même des vertus
Chacune lutte pour elle-même »
Prétendait à raison
Un fabuliste célèbre
On pourrait ajouter simplement
Que les excès et les insuffisances
Nous guettent à tout instant
L’un est vaillant mais emporté
L’autre est prudent mais timide
Un troisième est modeste et orgueilleux…
C’est que les vertus exigent
De la discipline
Librement consentie
Tandis que les vices ne demandent
Que le laisser-aller

Les fables de Fabre 91

Deux chiots de la même portée
Furent séparés à la naissance
L’un choisi par un berger
Voua sa vie à la protection
Des troupeaux
L’autre fut élevé par une riche oisive
Et devint chien de salon
Il faut cultiver la nature
Pour apprécier la richesse de ses dons
C’est dire le rôle crucial de l’éducation

Les fables de Fabre 90

Un cow-boy avantageusement connu
Avançait sur son excellent cheval
A travers la grande prairie
Ils affrontèrent un torrent impétueux
Ils essayèrent d’y entrer
Durent renoncer
Ils le longèrent sur des lieues
Le temps qu’il devienne rivière
Là ils s’enhardirent
Des courants imprévus les emportèrent
Le danger le plus grand n’est pas le plus visible

Les fables de Fabre 89

Un chat aimait les rats
Chose étonnante et spectaculaire
Il aimait aussi les belettes
Les hiboux et d’autres bêtes encore
Par contre il haïssait les serpents
Et les humains
Il faut dire que c’était un chat sauvage
Qui ne connaissait pas l’affection
Que beaucoup d’hommes vouent aux chats
Il vécut avec un rat
Un jour celui-ci lui avoua :
« j’ai toujours peur de toi »
Furieux le chat lui envoya un coup de patte
Qui le tua