On raconte qu’un rat avait trouvé un oeuf
Si gros et si dur
Qu’il ne pouvait ni l’ouvrir ni le casser
Son âme s’éleva vers le ciel
Qui lui donna une idée
Notre ami partit en quête d’un confrère
L’ayant trouvé il l’amena à l’oeuf
L’un le prit sur son ventre
L’autre tira le copain par la queue
Arrivés près d’un vallon
Rempli de rochers
Ils lâchèrent l’oeuf
Qui se fracassa et s’ouvrit
Ils le dégustèrent
En se félicitant de leur exploit
Ne croit-on pas que les rats
Ont une âme comme nous
Certes matérielle et grossière ?
Les fables de Fabre 68
Quand un chasseur poursuit une perdrix
Il arrive que pour sauver ses petits
Elle fasse la blessée
Et traine de l’aile
Puis elle s’envole
Dans un éclat de rire
Cette histoire est trop courte ?
Je vais vous en narrer une autre :
Dans certains pays nordiques
Les castors édifient des digues
Qui résistent aux flots impétueux
Créent des lacs Ces petits animaux
Forment une république pacifique
A ce conte encore trop bref j’ajouterai :
Certains renards polonais
Sont rapportés se faisant la guerre
Avec éclaireurs, corps de garde avancés,
Espions, embuscades, batailles rangées
Je ne sais si cette histoire est vraie
A vrai dire je n’en ai pas besoin
Pour prouver que beaucoup d’animaux
Sans nos prétentions nos illusions
Sont rusés, voire industrieux
Encore ne vous ai-je pas parlé
Des insectes sociaux tels que fourmis,
Termites, abeilles…
Les fables de Fabre 67
Effaré par les dégats commis par le loup
Un berger harangua sa nombreuse troupe :
« Si vous vous unissez si vous faites front
C’est le loup qui aura peur »
Les moutons lui promirent ce qu’il voulut
La nuit même un agneau crut voir la bête
Tout le troupeau s’enfuit
Ce n’était qu’une ombre
Les fables de Fabre 66
Un aigle eut faim
Il attrapa un rossignol
Celui-ci lui dit :
« Je suis si petit Je n’en vaux pas la peine
Mais surtout vous n’entendrez plus
Mes merveilleuses chansons »
L’aigle répondit :
« Ventre affamé n’a pas d’oreilles »
Les fables de Fabre 65
Devant le feu le singe et le chat
Attendaient de concert
Que les châtaignes soient cuites
Impatient le singe demanda au chat
S’il se sentait capable
De tirer les marrons du feu
Flatté le chat délicatement
D’un petit coup de patte
S’exécuta
Le singe eut l’intelligence
De lui laisser sa part
Les fables de Fabre 64
Un homme ruiné sans le sou désespéré
Sans présent sans avenir
Se pendit dans sa nouvelle masure
S’écroulant le mur révéla un trésor
Requinqué notre homme
Se remit à faire des projets
Quand à l’avare au trésor
Il mourut ayant tout oublié
On thésaurise pour des voleurs
Les fables de Fabre 63
Un homme se plaignait amèrement
De l’indifférence de sa femme
Ce n’était qu’un mari
Le meilleur des hymens
Du sexe ne fait pas fi
Un soir un voleur fit peur à l’épouse
Elle se réfugia dans les bras de l’époux
Celui-ci félicita l’intrus
Avant de le mettre à la porte
Et de retrouver sa chérie
La peur est un condiment puissant
Pour presque tous nos sentiments
Peur du vol peur de l’infidélité
Peur de l’avenir et je ne sais quoi encore
Peur de l’erreur
Les fables de Fabre 62
Un chat et un renard
Disputaient comme dans une faculté de théologie
Entre Platon et Aristote
Leurs coeurs et leurs raisons oscillaient
Ils disputaient ils ne se disputaient pas
Cependant sur la fin
Ils se chamaillèrent bel et bien
Le renard se prétendit supérieur
Ayant cent tours dans son sac
Le chat affirma n’en avoir qu’un
Mais suffisant pour une foule d’événements
Une troupe de chiens et de chasseurs fondit sur eux
Le chat bondit sur un arbre et s’y cacha
Le renard fit mille tours
S’enfonça dans maint terrier
Tous ses efforts furent vains
Avoir trop d’expédients est inutile
Il suffit souvent d’un stratagème unique
Les fables de Fabre 61
Il ne faut pas trop truquer les choses
Car elles se vengent
Prenons un exemple antique
Peut-être un peu vieillot
Un petit voyou
Célébrant Jupiter
Alluma un foyer
Prétendit y avoir mis un peu de boeuf
Jupiter ne dit rien et en fit encore moins
Mais quelques jours plus tard
L’escroc promit deux sous à sa concierge
Elle lui envoya une gifle
A décorner un boeuf
Les fables de Fabre 60
Un cierge un peu benêt
Accepta de se laisser allumer
Pensant ne jamais se consumer
Il fondit jusqu’au bout
Ne vous laissez pas faire
Par vos instincts
Bas ou pas
Sachez aussi que nul n’est fait sur le même moule
Si les atomes sont identiques partout
Un exemple : ce qui tue la bougie
Renforce la brique