Les fables de Fabre 59

« Rien de trop » et « Connais toi toi-même »
Devises du temple de Delphes
Reprises par Socrate
Magnifiques slogans
Mais qui se connait lui-même ?
Quant au « rien de trop »
Trop souvent la nature s’épuise elle-même
A l’exemple de ces loups
Qui massacrent un troupeau
Au lieu de se contenter de quelques bêtes
Mais de tous les excessifs
L’homme est de loin le pire

Les fables de Fabre 58

il vaut mieux rejeter les carpillons
Afin d’avoir des carpes grosses à point
Cette règle n’est pas universelle
Un jeune loup comme toujours affamé
Tomba sur un chiot efflanqué
Il ouvrit une large gueule
Le petit chien lui promit de grossir :
« Dans six mois je suis à vous »
Le loup le laissa fuir
Nous étions au printemps
Il revint à l’automne
Le chiot était devenu un mâtin
Prudent le loup passa vite son chemin
Il apprenait son métier

Les fables de Fabre 57

Un fou présentant bien
Vendait de la sagesse
Il en demandait un prix élevé
Il avait du succès
Quelle sagesse vendait-il ?
Une corde à noeuds
Chaque noeud représentant
Un pas de plus vers le but ultime
Personne n’osait rien dire
De peur de donner à rire
Un philosophe interrogé
Quelque peu éventé
Répondit que ne sachant pas
Ce qu’est la sagesse
L’aimant simplement par principe
Les noeuds et la corde
Faisaient peut-être l’affaire

Les fables de Fabre 56

Un rat quelque peu atteint
Voulut marier sa fille au soleil
Celui-ci se déroba :
« Prend plutôt le nuage
Qui si souvent me cache »
Le nuage prétexta le vent
Qui l’emporte et le disperse
Pendant ce temps la jolie rate
Tombait amoureuse d’un rat
Parlez au diable aux dieux
Essayez la magie
Chacun suit la loi
Que la nature a établie

Les fables de Fabre 55

Un sculpteur d’autrefois
Fit une si belle statue
Qu’il en tomba amoureux
On dit qu’elle représentait Vénus elle-même
Certains poètes prirent peur
En racontant des choses extraordinaires
Certains enfants redoutent leur poupée
L’esprit est plus fort que le coeur
Il le soumet à des chimères
L’homme prend ses songes pour la réalité
Il en devient de glace pour la vérité
De feu pour le mensonge

Les fables de Fabre 54

Un brave homme prenait grand soin de son jardin
Riche en fleurs et en fruits
Un petit fripon de voisin
Lui volait ce qu’il voulait
Il détruisait même des plants et des arbustes
Le homme se plaignit auprès du maître d’école
Instruit mais pédant
Celui-ci vint dans le jardin avec tous ses petits élèves
Il entama un long discours où il citait Virgile
Pendant ce temps les enfants
Garçons comme filles
Pillaient le beau jardin
Je n’aime guère ces écoliers
Mais je hais les cuistres et les pédants

Les fables de Fabre 53

Un pauvre paysan
Pauvre en esprit
Car par ailleurs il était fort riche
Un pauvre paysan donc
Se demandait pourquoi son chêne tutélaire
Portait des glands et pas des citrouilles
Gros fruit juteux qu’on allume en novembre
Il en vint même à douter de la sagesse divine
Fatigué par l’effort de pensée
Auquel il n’était pas habitué
Il s’allongea sous l’arbre
Pour une petite sieste
Il se réveilla en sursaut
Il avait reçu sur la tête un gland
Il remercia Dieu ou le sort
De ne pas avoir été assommé
Par un fruit comment dire
Grand

Les fables de Fabre 52

A la foire un léopard montrait sa beauté
Les badauds admiraient sa peau bigarrée mouchetée
A côté un singe multipliait les tours de passe-passe
Sans compter les grimaces
Les clients passaient devant le félin marqueté
S’attardaient devant les plaisanteries simiesques
La diversité de l’esprit dure et perdure
Celle du même habit lasse

Les fables de Fabre 51

Les hommes sont aisément menteurs
Un sage antique eut même cette formule :
« L’homme ment »
Un marchand déposa chez un confrère
Du bois dur comme le fer
Quand il vint le réclamer
Il lui fut répondu
Que les rats l’avaient mangé
Et même dévoré
Le marchand ne dit rien
Un jour plus tard le fils du dépositaire
Etait enlevé
Les deux bonnes personnes s’entendirent
L’un rendit le bois et l’autre l’enfant
Une autre histoire en passant :
Un voyageur prétendait avoir vu dans un pays lointain
Un chou grand comme une maison
Son compère répondit qu’il possédait
Un pot de la même taille
Comme l’autre se récriait il ajouta :
« C’est pour cuire votre chou »
L’homme au bois fut rusé l’homme au pot fut plaisant
Quand l’absurde est outré
Il est vain de lui répondre raisonnablement

Les fables de Fabre 50

Quatre mecs très différents
Se retrouvèrent naufragés
Près d’une ville
Sur une plage américaine
L’un disait : « Je vais enseigner la politique »
L’autre : « Moi, l’héraldique » ( sic )
Le troisième : « Quant à moi, ce sera les mathématiques »
Le quatrième : « En attendant il faut manger
Dans les bois j’ai repéré de quoi faire des fagots
J’irai les vendre dès ce soir »
Le cerveau c’est bien
Associé à la main c’est mieux