Les animaux et nous sommes faits de la même matière
Animée s’entend
Ces fables après tant d’autres en témoignent
Un singe du haut d’un cocotier
Bombardait avec des noix des lapins
Ceux-ci s’égayaient
Disparaissaient dans leurs terriers
Mais bientôt ils réapparaissaient
Aussi gais qu’auparavant
Le singe au bout d’un temps recommençait
Combien d’humains
Jouent eux aussi
A des jeux stupides ?
Les fables de Fabre 48
Deux jeunes explorateurs
Arrivèrent devant un torrent
Ils lurent sur un poteau indicateur
En français s’il vous plait :
« Traverser le torrent
Prendre l’éléphant de pierre
Monter la montagne »
Le premier dit :
« Quelle stupidité ! Ce torrent me parait infranchissable
Vu de loin l’éléphant n’est pas nain pygmée ou avorton
La pente de la montagne est bien abrupte »
Le second dit : « J’y vais »
Il nagea avec une rare vigueur
Il prit sur ses épaules l’éléphant
Qui n’était pas trop grand
Le plus dur fut de gravir la pente
En haut il ne trouva rien :
« je suis quand même heureux
De mon exploit »
Il installa avec soin la statue
Il arrive qu’une aveugle hardiesse
Rencontre l’aveugle fortune
Les fables de Fabre 47
Une lionne perdit son lionceau
Elle ameuta la savane par ses cris de douleur :
« je n’aurai pas de vieillesse heureuse… »
Entre deux hurlements elle prit le temps
D’attraper une biche
Celle-ci lui murmura :
« N’as-tu pas honte de rugir ainsi
Te crois-tu seule au monde ?
Ce que tu subis tous dans la jungle
Nous y passons aussi
Rien que moi tu m’as tué deux faons
Et maintenant tu me tiens »
La lionne fut si surprise
Qu’elle laissa s’échapper la biche
Cette lionne était très humaine
Beaucoup de nos plaintes
Ont un côté frivole
Les fables de Fabre 46
Deux perroquets
Chamarrés à quatre couleurs
Courtisans et rivaux
Se disputaient la faveur d’un roi
L’un d’eux pris de rage tua l’autre
Le roi furieux décida de faire arrêter le criminel
Nulle trace Le roi regretta bientôt
Son oiseau joli, joueur
Et surtout beau parleur
On le lui signala réfugié dans une région lointaine
Le souverain fit le voyage
L’ancien courtisan facétieux répondit au roi :
« Sire et ami apprend
Que l’absence est un remède
Contre l’amour et contre la haine »
Les fables de Fabre 45
Un paysan crut attirer les poissons
En leur jouant de la flute
Les poissons sont muets et sourds
Le voisin fit beaucoup mieux
En leur jetant un filet
La leçon est plus vaste qu’on ne pense
Beaucoup de bons discours restent vains
La puissance fait tout ou beaucoup
Les fables de Fabre 44
Un berger avait du temps
Il méditait :
« L’amour et l’ambition
Se disputent le monde
L’ambition souvent
Se glisse dans l’amour… »
Le berger fut élevé à la cour
Pour s’occuper du troupeau de la reine
De nature discret
Il se confondit fort bien dans le décor
Il rencontra un ermite de cour
Qui lui raconta un apologue :
« Un berger un jour
Ramassa un serpent endormi
Qu’il prit pour un fouet
Il le montrait à tous
Une jeune fille bientôt
L’avertit en pure perte
Le serpent dégourdi
Le mordit à mort »
« En quoi cet apologue peut-il me servir ? »
Demanda le berger à l’ermite :
« Tout apologue un jour ou l’autre
Se révèle utile »
Le berger bientôt fut victime
D’une cabale animée
Par des pestes de cour
Le roi le fit arrêter par sa garde
On ouvrit son coffre fermé de six serrures
On y découvrit veste trouée,
Petit chapeau, panetière, houlette,
Et même musette
Délivré le berger fut libre de rentrer dans sa campagne :
« Je suis sorti du palais comme d’un songe
J’avais prévu ma chute en désirant le faîte
La faveur des rois ressemble à un serpent
Qu’on prend pour un fouet »
Les fables de Fabre 43
Un maitre fait couper les oreilles de son dogue
Celui-ci se plaint amèrement
II geint tant et tant
Qu’on le met à la campagne
Des chiens errants l’attaquent
Lui mordent les oreilles
Les déchirent hargneusement
Mais d’oreilles point
Notre dogue sort victorieux
De cette sale affaire
A quelque chose malheur
Peut être bon
Les fables de Fabre 42
Une perdrix se perdit dans une basse-cour
Civilisée
Les coqs et les poules l’agressèrent
Sauvagement
La pauvre perdrix ne dut son salut
Qu’à la fuite
Depuis elle ne fréquente plus que les cailles
Et les perdrix bien sûr
De plus elle se répand en injures
Sur les basses-cours
Les fables de Fabre 41
Une araignée se plaignit à Jupin
En quelque sorte le roi des dieux
De ce qu’une hirondelle lui enlevait
Les mouches de la bouche
Furieux l’oiseau détruisit la toile
Et goba l’arachnide
Une délégation de l’espèce filandière
Se plaignit à Jupin
L’oiseau pour sa défense
Présenta sa couvée
Ses oisillons gloutons
Le bec toujours ouvert
Jupin déclara avec solennité :
« Les deux parties ont raison
Donc je ne peux rien »
Les fables de Fabre 40
Pris au piège un loup
Invectiva les humains :
« Vous nous reprochez d’être des carnivores
Et vous ? Qu’êtes-vous donc ? »
Un propriétaire respecté déclara
A haute et intelligible voix :
« Je me reproche chaque jour d’être un carnassier
Mais les humains sont omnivores
De toute éternité
La nature est cruelle
Elle se mange elle-même
Qu pense au sort des plantes
Des pauvres plantes ? Personne
Je me suis résigné
A respecter les lois de la nature
Faute d’être un pur esprit
Mais le loup a raison
Je vous propose de lui laisser la vie sauve
Nous discuterons ensuite
De la répartition des territoires
Et des remboursements
Accordés aux bergers »
Peu après un accord fut enfin trouvé
Entre les loups et les hommes