Les fables de Fabre 31

Un sage habitait dans un village
Deux ou trois commères
Le prirent en grippe
Elles jetèrent quelques pierres
Le sage les harangua :
« Mesdames je vous comprend
Nous sommes trop différents
Mais dans le château d’à-côté
Vit un ogre mangeur d’enfants
Venez je vous conduis »

Les fables de Fabre 30

Jupiter envoya sur la terre un singe
Pour traiter quelques menus problèmes
Il passa devant un éléphant
Lequel passionné par sa querelle avec un rhinocéros
Crut que le singe venait pour lui
Son excellence poussa un barrissement
Le singe peu respectueux lui coupa la parole :
« Qu’importe à nous autres du firmament
Qu’on soit mouche ou éléphant ?
Je vous le dis tout de suite
J’ai un rendez-vous urgent
Avec quelques fourmis »

Les fables de Fabre 29

Un innocent aperçut un sage
Qu’on disait stoïcien
Celui-ci retiré des misères du monde
Ne vivait que pour son jardin
Ce jour-là il taillait coupait émondait
L’innocent lui demanda pourquoi
Se livrait-il à cette tâche ingrate
« J’ôte le superflu
Le reste de la plante en profite d’autant
La nature est reconnaissante
A ceux qui prennent soin d’elle »
L’innocent enchanté rentra dans son propre jardin
Une véritable jungle
A son tour il coupa il tailla il tronqua
A toute heure en toute saison
Sans discernement sans raison
Il ne posséda bientôt qu’une friche un terrain vague
Les meilleurs leçons peuvent être mal entendues

Les fables de Fabre 28

Un singe de Paris prit femme
Une fort jolie guenon
Pour imiter les pires des mâles humains
Il la battait
Elle s’enfuit il la rattrapa
Commença à la rouer de coups
Un couple de braves Parisiens
L’arrêta à temps
Le singe fut condamné
A croupir en prison
Nous sommes souvent imités
Pour nos défauts

Les fables de Fabre 27

Quelques dindons s’étaient juchés sur un arbre
Qu’on appelle depuis arbre à dindons
Pour échapper aux avances d’un renard
Celui-ci multipliait les facéties les grimaces les galipettes
Un véritable clown
Pour empêcher les dindons de dormir
Et qu’ils tombent de l’arbre
Ceux-ci tenaient bon faisaient semblant de dormir
Ne dormaient que d’un oeil
Certains goûtaient même le spectacle
Que croyez-vous qu’il arriva ?
Maître Renard se lassa

Les fables de Fabre 26

Un jeune renard naïf
Pour autant qu’un renard puisse l’être
Aperçut pour la première fois de sa vie
Un cheval seul dans un pré
Il appela à la rescousse
Son copain un louveteau
Celui-ci par jeu
Courut derrière le cheval
Qui lui envoya une ruade
Le petit loup s’enfuit en pleurant
Le renard intervint :
« Je te l’avais bien dit »

Les fables de Fabre 25

Une forêt avait conclu un accord
Avec un bucheron
Elle lui fournirait ce dont il avait besoin
Et rien de plus
En revanche il s’engageait
A enlever les taillis
Pour créer une belle futaie
A planter des arbrisseaux
A la place des arbres disparus
Malheureusement la saison suivante
C’est cent bucherons
Qui attaquèrent la forêt
Elle disparut sans pouvoir se défendre

Les fables de Fabre 24

Quatre petits animaux s’unirent
Pour leur défense commune
Le lion souverain indifférent
Donna facilement son accord
Quand le chasseur survint
La gazelle innocente
S’offrit à sa convoitise
Il tira toutes ses cartouches
La belle aux pieds légers
Etait déjà loin
L’homme revint
Le corbeau averti
Lui picora les yeux
L’homme coriace marcha sur la tortue
Il la mit dans son sac
Pour s’en faire une soupe
Le rat rapidement la délivra
Furieux hors de lui l’énergumène
Ameuta des copains
A eux tous le lendemain
Ils traquèrent le lion
Le tirèrent tous ensemble
Il s’abattit comme une masse
Nos amis animaux le regrettèrent
Même la gazelle
Ils se félicitèrent d’être petits
Et unis pour la vie

Les fables de Fabre 23

Selon une antique tradition
L’amour encore enfant
Portait un bandeau sur les yeux
Sa mère le lui avait imposé
Par crainte des risques qu’il courait
Et faisait courir
Par malheur il s’enfuit
Rencontra la folie
C’est elle désormais qui le guide
Mais la folie parfois est sagesse
En définitive elle enleva son bandeau à l’amour
Mais ceci est une autre histoire

Les fables de Fabre 22

Un renard de qualité
Blessé par un chasseur
Gisait dans la fange
Et attirait les mouches
Il gémissait en pure perte
Un hérisson de bonne famille
Passant par là lui dit non sans grâce :
« Imagine toi portant des milliers de piquants
Toute ta vie durant, tu te plaindras moins
Rassure-toi ta blessure n’est pas grave
Courage mon vieux
Et lèche ta blessure
Cela suffira bien »