Les fables de Fabre 1

Nous commençons aujourd’hui une noble entreprise, la publication des fables de Fabre, héritières elles-aussi de la plus belle des traditions :

Le roi des rats tenait conseil
Un souriceau se présenta
Il demanda humblement
Qu’on lui accorde audience
Avec une hardiesse frôlant la témérité
Il critiqua amèrement le comportement
Fait de violences et de rapines des rats
Ceux-ci applaudirent bien fort
Le roi le fit rat d’honneur
Puis les rongeurs retournèrent
A leurs occupations

L’envie

L’humanité compterait plus de six milliards d’individus dont six milliards d’envieux. C’est dire si cette maladie, l’envie, est répandue.
Faute de l’étudier dans sa complexité, on peut isoler l’un de ses principes, le principe de Ziss qui peut être défini de la façon suivante : Ils sont tous mes égaux et je ne suis l’égal de personne.
L’envie est un phénomène si profond qu’on peut se demander s’il n’est pas à l’origine de certaines révoltes d’aujourd’hui qui osent se couvrir du nom d’Allah.

L’amour / la haine

L’amour est-il de la haine refoulée ?
La haine est-elle de l’amour déconfit ?
Toujours est-il qu’au fond des choses, comme le pensait Empédocle, il y a bien un conflit éternel entre l’amour et la haine
A notre époque, comme le jugeait Empédocle pour la sienne, la haine à nouveau progresse
Faisons en sorte que ses progrès soient limités et éphémères
L’amour est union la haine est séparation
Ces concepts sont cosmologiques bien avant d’être personnels, existentiels…
Avant Empédocle, Héraclite. Tout est dans le temps, tout est temps. Le temps est fait de conflits
L’amour est plus fort que la mort
L’amour n’est pas plus fort que la haine
A nous d’assurer son hypothétique victoire
Tout ceci est hypothèses Le temps lui-même est hypothèse
Il convient de douter de ses propres hypothèses
Faute de mieux elles restent intactes
Tout est hypothèses

Le gauchisme

Le gauchisme pour Lénine est la maladie infantile du communisme
Le gauchisme pour Cohn-Bendit en 1968 est la réponse à la maladie sénile du communisme
Le gauchisme est soit infantile soit sénile
Il est exagéré, donc insignifiant
Il prend ses rêves pour des réalités
Le gauchisme est un déni de réalité
Il est exagéré, donc nuisible
Rappelons que la politique est l’art du possible

Je ( ne ) suis rien

Je ( ne ) suis rien, je suis historien

Je ne suis pas épicurien même si j’apprécie les plaisirs simples et naturels de la vie
Je ne suis pas stoïcien même si je crois dans la loi naturelle et ( ou ) humaine
Je ne suis pas aristotélicien même si je pense que tout est conceptualisable
Je ne suis pas platonicien même si je juge que l’idée est supérieure à tout

Je ne suis pas un logue, anthropologue, psychologue, sociologue…
Je suis un historien

Je ne suis pas un philosophe même si j’aime la sagesse
Je suis philosophe au sens le plus commun du terme car j’affronte la vie

Je ne crois pas que tout soit rien même s’il n’est rien pour nous
Je suis partiellement spinozien alors que pour Spinoza seul le tout est vrai
Nous n’avons droit qu’à des vérités partielles
Notre abime ( notre vide ) est rempli de contradictions indépassables
Les contradictions s’attirent et attirent

L’histoire ( l’Histoire ) fait sa part à tout et à toute chose
Elle seule est universelle en faisant sa place à toute tendance partielle vers l’universel
Je ( ne ) suis ( pas) éclectique même si je sais que tout est fait de chaque chose, mais je ne prétends pas connaître ce fond des choses, même si je le connais peut-être

Je ( ne ) suis rien, je suis historien

P.S. : La définition officielle de l’histoire historisante, celle des historiens de métier, est l’ouverture d’archives nouvelles, je n’ai jamais ouvert que des archives anciennes, très connues au demeurant, Marx et Montesquieu… Je ne suis donc pas historien
2°P.S. : Dans trois de mes ouvrages sur quatre le terme « histoire » revient : « Pour l’Histoire », pour l’Histoire universelle et pour le savoir des historiens, « Histoire de la pensée historique », de la réflexion sur l’Histoire, « La Duplicité de l’Histoire », l’histoire comme réseau de contradictions
3°P.S. : Par un coup du sort, un hasard historique, une détermination profonde, Régine et moi sommes deux doubles docteurs, un doctorat moderne et un doctorat d’Etat, es lettres et sciences humaines, le tout en sociologie

Esopiques 27

Recueil de moralités que je n’ai pas jugé bon d’utiliser :

On peut dire qu’il faut faire, faire est plus difficile
La beauté à elle-seule ne suffit guère
Aucune qualité ne suffit à elle seule
On ne croit plus un menteur même quand il dit la vérité
La force est bonté si elle veut
La bonté pas idiote est toujours force
Il ne faut pas être trop gourmand
On a souvent envie de croire ce qu’on raconte
C’est agréable de flatter
Méfions-nous des amis qui ne sont là que pour eux-mêmes
Les erreurs d’autrui nous concernent aussi
Ne t’obstine pas trop
Quand quelque-chose ne te plait pas donne-le !
Qui se croit important ne l’est pas si souvent
On ne peut plaire à tout le monde
Sache ce que tu sais et abandonne le reste
Sois courageux quand il n’y a pas de danger

Esopiques 26

Un paon s’admirait dans une grande glace
Cent fois il déploya son merveilleux plumage
Une grue se posa près de lui
Trop occupée à picorer elle l’ignora
Le paon fit les cent pas devant elle
Fit et refit la roue
La grue restait indifférente
Le paon finit par se mettre en colère :
« Comment oses-tu me mépriser
Toi qui est si laide avec ton bec trop grand pour ta tête
Avec ton cou trop grand pour ton corps
Si gris qu’il en parait sale ? »
La grue un peu surprise répondit :
« Si tu me parles je dois bien t’intéresser un peu
Mais dis-moi tu es beau certes
Mais sais-tu voler comme moi ?
En fait tu es un oiseau dénaturé »

Esopiques 25

Un petit cochon se glissa dans un troupeau de moutons
Il joua au sanglier en poussant de petits grognements
Le chien le repéra et avertit le berger
Celui-ci l’attrapa et se promit de le manger
Le petit cochon prit la parole :
« Ne vois-tu pas que je suis minuscule ?
Si tu attends un peu
Tu auras deux fois plus à manger »
Le berger apprécia ce raisonnement
Et libéra la petite bête
Celle-ci pas si bête gagna la forêt
Et devint peu à peu un véritable sanglier

Esopiques 24

Un âne rencontra un loup
Chacun garda son calme
L’âne fit semblant de boiter
Et se plaignit d’avoir une épine
Dans la patte arrière gauche
« Monseigneur, pourrait-il m’examiner ?
J’ai peur qu’il ne s’étrangle en voulant me manger »
Le loup passa derrière l’âne
Et reçut un coup de sabot
Il dit douloureusement :
« J’aurais du me souvenir
Du coup de pied de l’âne »

Esopiques 23

Un corbeau marchait d’un air fier
Sur un champ de blé après la moisson
Il avait perdu la compagnie de ses frères
Et méprisait celle de ces mijaurées de corneilles
Il tenait dans son bec un fromage
Dont il appréciait l’odeur et anticipait la saveur
Il croisa par hasard un renard
Celui-ci fielleux à son habitude
Ouvrit une large gueule pour tenir un discours
Le corbeau l’interrompit immédiatement :
« Tu vois j’ai déposé mon fromage
Si tu avances je te donne un coup de bec
Dont tu te souviendras »
Les adversaires restèrent face à face un instant
Puis le corbeau ramassa son bien et s’envola
Le renard se dit : « J’en avais assez de ses croassements »
Le corbeau revint ayant donné
Son fromage à sa corbelle
Il survola de si près le pauvre renard
Que celui-ci eut la peur de sa vie
Le corbeau croassa : « Apprend pour ta gouverne
Que jamais je ne me suis perché
Sur une branche d’arbre avec un fromage
Croa croa » « Je te crois » dit le renard