Esopiques 22

Un chêne immense pavoisait
« La tempête est pour moi une brise »
Près de lui et de la rivière
Les roseaux s’inclinaient constamment
Mais un terrible ouragan arriva du nord
Les roseaux rampèrent
Le chêne résista avec sa fierté séculaire
Le sol était détrempé
Le feuillage était lourd de pluie
Le chêne résistait encore
Quand l’ouragan se transforma en tornade
Elle déracina l’arbre
Qui s’abattit dans la rivière
L’orage passé
les roseaux se redressèrent

Esopiques 21

Le père, le fils et l’âne
Faisaient un joyeux cortège
Se rendant à la ville
Ce que le baudet ignorait
C’est que le père et le fils
Voulaient le vendre en bonne forme
Voilà pourquoi ils marchaient à ses côtés
Sans monter sur son dos
Mais ils croisèrent trois marcheurs
Qui leur firent honte
Convaincu le père
Se laissa porter par l’âne
Mais quatre jeunes filles
Crièrent à l’abus de pouvoir
Le fils grimpa sur l’âne
Le père marchant en grimaçant
Mais deux mégères du lavoir
Leur intimèrent l’ordre
De ménager l’ancien
Qui rejoignit son fils sur le dos du baudet
L’âne fatiguait sous cette charge augmentée
Un marchand conseilla de le porter
L’âne se laissa faire suspendu
Des quatre membres à un bâton
Mais il eut le tournis en eut plus qu’assez
Gigota tellement qu’il fit tomber le père et le fils
Se trouva libre pour s’enfuir loin, très loin

Esopiques 20

Le rat des villes convia un jour
Le rat des champs à souper
Le repas fut délicieux
Et généreusement arrosé
Mais il fut gâché sur la fin
Par la brusque attaque d’un félin très rusé
Qui avait su attendre le moment propice
Cependant les rats purent s’enfuir dans un trou
Pas question d’en sortir
Le chat montait la garde
« Heureusement », dit le rat des villes, « Nous avons bien mangé »
Le chat finit par se lasser
Le rat très urbain : « Je crois que nous pouvons sortir »
Mais c’est le chien qui aboya sur eux
Le poil hérissé montrant ses dents
Ses pattes raclant le sol
Les rats retrouvèrent en toute hâte leur cachette
« Nous sommes fichus », dit le rat rustique
« Non », dit son ami, « Je connais une sortie
Malheureusement elle donne sur les champs »
« Oublie-tu d’où je viens ? »
Les deux copains se retrouvèrent enfin
Heureux dans une verte prairie
Mais le rat des villes trouva vite la nourriture
Fastidieuse indigeste
« Je rejoins ma patrie », dit-il,
« J’aime le danger »

Esopiques 19

Un chien de bonne mine
Aimait dormir dans la paille
Par caprice un jour
Il s’allongea dans la mangeoire
Les vaches rentrant à l’étable
Le trouvèrent déplaisant
Le chien montra les dents
Les vaches en appelèrent au maitre
Qui chassa le chien
Lequel s’en trouva bien

Esopiques 18

Un héron pêchait en restant immobile
Ses longues pattes droites dans l’eau
Insouciants des poissons nageaient autour de lui
Le héron les trouvait trop petits pour lui
Soudain un gros se présenta
Le héron voulut l’attraper d’un coup de bec rapide
Le gros s’enfonça dans l’eau profonde
Sans même s’apercevoir de la menace
« Quelle audace ! », se dit le héron, « M’échapper ainsi ! »
Il reprit sa quête immobile et silencieuse
Enfin il se décida à attraper un petit poisson
et se plaignit du temps perdu

Esopiques 17

Un éléphant se baladait avec quelques amis
Dont un chat jeune et bien fait
Le rat se présenta devant le cortège
Et demanda humblement d’en faire partie
L’éléphant lui demanda : « Pourquoi es-tu si petit ?
Avec ma mauvaise vue je te distingue à peine »
Le rat répondit : « Seigneur, j’ai été malade »
Le chat s’esclaffa : « Tu parles, Charles
Ce crétin est tel qu’il parait être
Petit laid et puant »
« Qu’il en soit ainsi » dit l’éléphant
Le chat sauta sur le rat
Qui mourut en un instant
Le cortège reprit sa route
Et oublia immédiatement l’incident

Esopiques 16

Un vieil ours se réfugia dans sa grotte
Spacieuse et ouverte au grand air
Il avait des provisions à n’en plus finir
Il amenait une jeune oursonne
Belle et bonne
Pour l’épouser il avait répudié
Sa vieille ourse son amour de jeunesse
Pourtant encore féconde
L’humeur de la jeune se dégrada rapidement
Elle profita de ce que le vieillard
Ne puisse plus sortir
Ne puisse plus la remplacer
Pour l’insulter
Elle sortait pour faire ce qu’elle voulait
L’ours réunit ses dernières forces
Pour chasser la petite impudente
Avant qu’elle ne soit trop forte pour lui
Avertie la vieille ourse le visita
Ils se racamaillèrent
Revécurent ensemble
Et eurent même des jumeaux

Esopiques 15

Un paysan avait une poule très ordinaire
Qui pondait souvent un oeuf
Mais un jour cet oeuf fut en or
Le paysan n’en crut pas ses yeux
Mais l’oeuf était lourd et incassable
Le paysan eut l’intelligence
De ne parler de sa découverte à personne
Mais il cogitait il cogitait
La poule avait plein d’oeufs d’or dans son ventre
Il avait besoin de d’argent pour se marier
Il se décida enfin et tua la poule aux oeufs d’or
Elle ne cachait pas le plus petit oeuf

Esopiques 14

Un lion était si vieux qu’il ne pouvait plus chasser
Reclus dans une grotte il appelait les rares passants
D’un ton suppliant :
« Venez me voir je vous en prie je suis un vieux lion malade
Je ne vous ferai aucun mal
J’ai juste besoin d’un peu de compagnie »
Un renard passa Le lion l’appela
Le renard répondit du tac au tac :
« Dis donc mon pote tu sais à qui tu as affaire ?
Je vois bien les traces qui entrent dans ta grotte
Je ne vois aucune en sortir »

Esopiques 13

Un petit garçon gardait les moutons sur la colline
Il s’ennuyait
Un jour pour se distraire il courut au village en criant :
« Au loup ! au loup ! »
Les villageois s’armèrent de leurs bâtons de leurs fourches
Montèrent sur la prairie
Point de loup !
Quelques jours plus tard le petit berger récidiva
Il obtint le même résultat qui le ravissait
Le mois d’après un loup surgit dans la prairie
Semant la terreur dans le troupeau
Le gamin dégringola terrifié
Criant à nouveau : « Au loup ! Au loup ! »
Son père le gifla et lui dit :
« Les meilleures plaisanteries sont les plus courtes »