Le soleil brillait de tous ses feux
Un nuage l’éclipsa gentiment
La pluie fit fondre le nuage avec tendresse
Elle fut vite oubliée pour la sécheresse
Le tour de celle-ci passa vite
Ainsi va le monde
Depuis ses commencements
Esopiques 11
Sur un chemin dans la partie prairie de la montagne
Un ours rencontra deux promeneurs
Ils rebroussent chemin
Courent aussi vite que possible
L’un d’eux se réfugie dans un arbre
L’autre trébuche tombe fait le mort
L’ours arrive enfin
S’adresse à haute et intelligible voix
A celui qui semble dormir :
« Pourquoi faut-il que les humains
Aient peur d’un ours paisible
Et bien élevé ?
IL est fini le temps des ours mal léchés »
Puis il s’en va
Les deux compères se félicitèrent longuement
De leur courage et de leur lucidité
Esopiques 10
Un chien disait à un loup :
« L’histoire des humains
Est pleine d’horreurs
Massacres pillages
Tortures viols
Destructions en tous genres
J’oublie les humiliations
Voilà pourquoi je suis content
D’être un chien
Je ne suis responsable de rien »
Le loup répondit :
« Ce que tu dis des humains est vrai
Leur histoire est terrible
C’est elle qui me rend philosophe
J’accepte ma condition de loup
Je ne tue que pour manger
J’aime ma liberté »
Esopiques 9
Un coq poussa son chant vespéral
Un beau cocorico
Le renard le félicita
Et lui apprit que par décision universelle
Les animaux étaient tous désormais des frères
Le pauvre coq accepta l’accolade
Et fut saigné sur le champ
Le renard ayant encore faim
S’approcha du poulailler
Les poules avaient tout vu
A peine le goupil avait-il franchi le seuil
Que les femelles enragées
Lui faisaient la peau
Il ne dut son salut qu’à la fuite
Les poules rassemblées se demandèrent
Comment remplacer leur coq
L’une d’elles montra un poussin
Tout jaune et un peu chauve
« Je vous conseille mon fils », dit-elle
Les poules éclatèrent de rire
Esopiques 8
Un chat terrorisait les rats de la maison
Ils tinrent une assemblée
Ne trouvèrent pas de solution
Sauf d’accrocher un grelot au cou du chat
Personne ne fut assez téméraire
Pour tenter l’opération pour salutaire qu’elle soit
Un vieux rat avisé conseilla
De faire appel aux rongeurs de la région
La coalition se forma non sans peine
Chacun ne pensant qu’à ses intérêts mesquins
Devant des milliers de rats
Le chat prit peur et disparut
Tout rentra dans l’ordre
Mais un nouveau chat arriva
Paresseux mais futé
Quand les rongeurs se réunirent à nouveau
Il fit une boucherie
Les autres rats s’enfuirent
Esopiques 7
Un corbeau se prenait pour le plus intelligent des oiseaux
Au cours d’une longue sécheresse il eut de plus en plus soif
Il avisa une cruche qui contenait un peu d’eau
Hélas avec son long bec il ne pouvait attraper
La moindre goutte du précieux liquide
Il avisa des cailloux dont peu à peu il remplit la cruche
Il but enfin de l’eau proche de déborder
Il se gargarisa il était le plus intelligent des animaux
Et peut-être bien le plus beau
Un perroquet qui avait tout vu du haut de son perchoir
Lui demanda : « Monsieur du Corbeau,
Savez-vous parler anglais ? »
Esopiques 6
Un sanglier énervé et pourtant habile
Servait d’organisateur d’entraineur et de bookmaker
Au pays des animaux
Soucieux de se faire une fortune
Grâce à un pari truqué
Il persuada un lièvre et une tortue
De concourir dans la même course
Il souffla au lièvre qu’il n’avait rien à craindre
Et qu’il pouvait batifoler dans la prairie
Et même conter fleurette aux belles
Le lièvre ne se le fit pas dire deux fois
Il court il court tandis que la tortue se hâte lentement
Mais le lièvre rencontre une lapine
Aussi belle que fine
Qui lui signale que la tortue
Est proche du but
Jamais le lièvre n’avait couru aussi vite
Il coiffa sur le poteau la noble tortue
Même pas essoufflée
Le sanglier ruiné n’organisa plus
Que des courses d’escargots
Le lièvre et la lapine s’enivrèrent
D’amours imaginaires
Mieux vaut raison garder
Et respecter la nature
Sauf en amour peut-être
Esopiques 5
Un brave chien reçut de son maître
Miracle ! un os
Pour le cacher il traversa un petit pont
Aperçut dans l’eau de la rivière
Son semblable mais plus fort
Avec dans la gueule
Un os plus gros
Sans hésiter il plongea
Ne retrouva ni le chien ni l’os
Et perdit le sien
Tout mouillé et tout penaud
Il regagna le bord s’ébroua
Se jura qu’il ne se laisserait plus jamais prendre
Au piège des rivières
Esopiques 4
Un lion pénétra sans y prêter garde
Sur le territoire d’un crapaud
Il trouva le moyen d’insulter la pauvre bête :
« Que tu es laid ! »
« Vous n’avez pas le goût des crapauds »
« Tu es petit »
« Vous n’avez décidément pas
Le sens des crapauds »
« je suis le roi des animaux »
« Régnez-vous sur les batraciens ? »
« Certes non »
« Les oiseaux, les reptiles, les poissons, les insectes ?
J’en passe et des meilleurs »
« Non, bien sûr que non »
« Etes-vous certain de dominer les autres lions ? »
« Cela m’est interdit par notre constitution »
« Et les lionnes ? Vous en faites ce que vous voulez des lionnes ? »
« Un peu quand même »
« Vous êtes encore jeune. Dans un an ou deux
Vous ne serez plus qu’un vieux lion solitaire »
« Comment savez-vous tant de choses ? »
« Je reste immobile et j’observe
De plus, nous les crapauds, avons de la mémoire »
Esopiques 3
Un lion de la plus belle espèce
Dormait chaque jour au même endroit
Près de buissons odorants
Un joli colibri entreprit de l’embêter
Et je vole et je volète
Au plus près du museau
Le fauve essaya de l’attraper
En vain ! L’oiseau partit de lui-même
Pour revenir le lendemain
Ce manège dura des semaines
Puis le colibri ne revint plus
Le lion s’ennuya
Heureusement le printemps suivant
Le colibri réapparut
Le lion en fut content
Et se laissa même enlever quelques parasites
A petits coups de bec
Puis le colibri disparut à nouveau
Cette fois il ne revint plus
Pour avoir de la compagnie
Le lion fut contraint
De se rabattre sur les rats