Un lion dormait sous son arbre
En paix avec soi et l’univers
Un rat audacieux monta sur son museau
Le lion l’attrape par la queue
Le rat le supplie de lui laisser la vie sauve :
« Sire, je ne voulais pas vous réveiller
Je vous revaudrai votre bienfait »
« Toi ? », s’esclaffe le fauve
Il rugit tellement de rire
Qu’il laisse échapper le rat
Trois semaines plus tard
Le lion aperçoit un zèbre
Il s’élance il court quand un grand filet tombe sur lui
Il rugit se débat avec fureur
Toute la forêt l’entend
Le rat accourt et ronge patiemment les mailles du filet
Libre le lion le remercie avec noblesse
Rien de tel qu’un lion
Dont la bonté égale la force
Rien de tel qu’un contrat
Où le plus petit est utile
Esopique 1
Le roi lion sous un arbre couché
Ronflait à faire voler les feuilles
Un raton téméraire
Monta sur sa crinière
Le lion réveillé en sursaut
Chercha d’un coup de gueule
Puis d’un coup de griffe
A tuer le raton
Celui-ci à distance respectable
Tint ce discours :
« Votre majesté, vous m’avez raté
Mais je connais votre puissance
Dorénavant mon peuple et moi
Nous vous aiderons »
Le roi n’en crut pas ses oreilles
A quelque temps de là
Il tomba dans un trou
Creusé par les humains
Il rugit de fureur et de crainte
Le rat l’entend accourt
Ameute sa nation
Un millions de rats nivèlent la fosse
Qui aurait pu être un tombeau
Le lion pose en héros et clame :
« Je vous aime »
Les lions sont rares
Et les rats sont des milliards
Esopiques
Après les fables de Florian et les fabulettes, tirées de Lachambeaudie, je vais me risquer à un genre périlleux, translater des fables originelles, celles d’Esope.
Je ne suis pas le premier à me hasarder ainsi et il n’est pas question pour moi une seule seconde de rivaliser avec le maître incontestable, inimitable, monsieur Jean de la Fontaine.
Savoir, savoir-faire et faire-savoir
Notre amie Jacqueline Feldman nous a fait parvenir une fable de Lachambeaudie, extraite d’un recueil publié postérieurement à l’édition que j’ai utilisée. De façon téméraire, j’en tire une fabulette :
Le savoir est un ermite
Le savoir-faire vient le tenter :
« Pour gagner la célébrité
Empruntons les voix de la publicité »
Le succès est considérable
Mais le savoir refuse de se mettre à table
Il retrouve bien vite
Sa solitude bien aimée
Le savoir-faire n’en a cure
Et se fie au faire-valoir
Qui lui apporte enfin la gloire
Un sage ? Deux sages ?
Un très ancien sage indien aurait dit :
» Je ne suis pas aimé parce que je ne suis pas aimable
Je ne suis pas aimable parce que je suis l’univers
On n’aime jamais qu’un coin d’univers »
Un autre sage lui aurait répondu :
« Le moindre recoin est déjà l’univers »
Un troisième sage aurait dit :
« Moi je reste dans mon coin »
Pendant ce temps un canard aurait fait : « Coin coin »
Et un enfant serait allé au petit coin
P.S.: Je ne parle que par hypothèses
L’hypothèse est une thèse dépourvue de synthèse
L’enfer du couple ?
Peu de couples échappent aux scènes de ménage, voire aux crises conjugales. Leur solidité est montrée dans le fait qu’ils résistent à des moments furieux. Ce qui est une faiblesse montre une force.
Si les humains ne s’entendent pas à deux ils ne s’entendront pas davantage à vingt. Que dire de deux mille ! Sauf à passer par une mini-tyrannie ou un despotisme local…
La Rochefoucauld a écrit : » il est de bons mariages. Il n’en est pas de délicieux ». Je me suis permis d’ajouter : « Mais il y a des moments délicieux »
A la façon d’Apollinaire
Je souhaite dans ma maison
Un chat ayant sa raison
Une femme un peu folle
Des amis en toute saison
Sans lesquels je ne peux pas vivre
Même s’ils ne lisent pas mon blog
P.S. : On peut me joindre par Facebook, par Google, en m’envoyant un tweet ou un mail comme l’a fait Nicolas : g.dhoquois@orange.fr
2°P.S. : Le chat du Cheshire dit à Alice : « Nous sommes tous fous ». Heureux sont ceux qui le sont juste un peu…
L’amour
L’amour n’est pas ce qu’on croit. L’amour n’est pas qu’effusion entre deux êtres. Il est aussi solitude du sol, du socle, du piédestal parfois, sur lequel les deux marchent, ne peuvent que marcher.
Prenons deux arbres qui se font face. Leurs branches se caressent voluptueusement. Mais ils ont perpétuellement peur de faire de l’ombre à l’autre et que ce soit réciproque. Parfois les branches s’agrippent, les deux arbres se regardent en chiens de faïence…
Vient une tempête affreuse. Elle s’attaque à nos deux arbres. Normalement elle devrait les arracher facilement. mais ils tiennent, ils résistent. Comment cela est-il possible ? C’est que leurs racines, dans le sol qui les soutient, se sont au fil du temps entremêlées. Rien ne peut plus les séparer.
Inutile d’insister sur le fait que les sols dont je parle sont histoire. Cette histoire n’est que peu l’affaire de la conscience claire.
Le chemin dans la montagne
Je suis resté fidèle à moi-même. Je poursuis mon chemin dans une montagne parfois escarpée. Je ne suis pas un sage retiré à la chinoise même si ce modèle m’inspire. Je suis le vieux de la montagne. Je suis devenu vieux très tôt quand on y pense. Il y a beaucoup de vieillards dans mon genre. Par définition nous ne nous rencontrons pas. Le risque est que chacun de nous se prenne pour le vieux de la montagne, le seul, l’unique…
Au cours de mes promenades il m’arrive de regarder vers la vallée. J’y vois surtout une autoroute, remplie de véhicules automobiles qui foncent vers on ne sait quel but. Je les envie parfois. Ils ont l’air de savoir où ils vont. Ils font pleinement partie du monde moderne.
Je suis le vieux de la montagne. Cette image définit un projet, un projet de vie intellectuelle au sens le plus fort du terme. Mais je suis aussi un petit vieux, retraité de l’enseignement, un époux et un père, un ami et un copain. C’est peut-être là que réside ma véritable identité sans solitude et surtout sans isolement. Le vieux de la montagne est seul au secret de son monde, mais il ne s’isole pas de ses camarades en société.
Les sociétés de classes
Au début de l’Histoire, les sociétés dites primitives ou premières. D’abord ce qu’on appelle le communisme primitif, sortant de l’animalité, faible vis-à-vis de la nature, ne supportant que de petits groupes d’êtres humains à l’organisation encore grossière, niant sans le savoir le développement ultérieur des sociétés humaines…
Ensuite le mode de production communautaire si divers, marqué par l’invention de l’agriculture et de l’élevage, puis de la métallurgie ; une organisation sociale plus complexe, s’accompagnant de la création de chefferies fixes, comme l’a proposé l’anthropologue Lombard, de fonctions politiques, militaires, sacerdotales…
Puis vinrent les sociétés de classes, encore plus peuplées, encore plus complexes…
Une société de classes se caractérise par la création à son sommet d’un pôle de richesse et de pouvoir, à sa base d’un pôle de pauvreté et d’impuissance.
La simplicité de cette présentation, dans sa vérité, ne nous fait pas oublier la complexité des sociétés concrètes et en particulier le rôle, souvent important, des groupes intermédiaires qu’on appelle souvent, par une sorte d’abus de langage, les « classes moyennes ».
A l’intérieur du féodalisme une de ces « classes moyennes », la bourgeoisie, n’a cessé de grandir pour finalement s’imposer.
A l’heure actuelle le capitalisme est mondial. A son sommet un pôle insolent de richesses. A sa base un prolétariat et surtout un sous-prolétariat, condamné à la misère, quand ce n’est pas à la famine.