Le fabuliste inconnu ( 246 )

Un épervier se fit tout doux
Pour apprivoiser une colombe
Dont le peuple pourtant l’abhorre
Son stratagème réussit Il épousa sa belle
En petit comité cependant
Aucune des deux communautés
N’approuvant cette union
Peu après fou de colère
Au cours d’une scène de ménage
L’épervier tua sa bien-aimée

Le fabuliste inconnu ( 245 )

Ici ou là il est de tradition
D’organiser des combats de coqs
Qui vont jusqu’à la mort du perdant
Le vainqueur fait la joie
Des parieurs qui misèrent sur lui
C’est ainsi que dans un petit pays
Au milieu d’une foule surexcitée
Deux superbes spécimens
Se retrouvèrent face à face
Ils se connaissaient de longue date
Avaient de l’estime l’un pour l’autre
Ils se comprirent d’un regard
Et s’enfuirent chacun de son côté

Le fabuliste inconnu ( 244 )

Un âne entreprit de jouer de la flute
Toute la journée il assomma l’auditoire
Qui répondit par des quolibets et des sarcasmes
A la fin excédé le baudet jeta son instrument :
« Cette flute ne vaut rien ! »

Le fabuliste inconnu ( 243 )

Un loup s’étrangla avec un os de mouton
Une cigogne compatissante
De son long bec le lui retira
En récompense le loup mangea l’oiseau
Peu après le loup s’étrangla à nouveau
Une cigogne passait par là
Il lui demanda le même service
Elle lui répondit : « Te souviens-tu
De ce que tu as fait à ma cousine ?
On est puni par où on a péché »

Le fabuliste inconnu ( 241 )

Les chats se laissent apprivoiser
Mais pas domestiquer
Solitaires épris de leur territoire
Les chiens se laissent apprivoiser
Et domestiquer
Ils sont sociables et vivent en groupe
Ainsi l’a voulu la nature
Un heureuse division du travail
Chats et chiens s’entendent très bien
S’ils sont élevés comme il convient
Tel est l’apport humain

Le fabuliste inconnu ( 240 )

Un peuple moutonnier vivait en paix
Sauf qu’il était la proie de ses bergers
Qui n’étaient que des loups déguisés
Quelques brebis et deux ou trois béliers
Décidèrent qu’il était temps de fuir
Ils traversèrent difficilement la montagne
Et découvrirent une terre d’abondance
Ils y vécurent paisiblement
Puis les loups revinrent suivis des bergers
Il est long le temps de la résistance

Le fabuliste inconnu ( 239 )

Pour le premier homme la pomme
Fut le fruit de la science du bien et du mal
Elle fut offerte à Vénus
Par Pâris pour prix de sa beauté
Par la pomme l’homme
Perdit l’innocence et l’Eden
La ville de Troie fut détruite
Minerve et Junon en veulent encore à Vénus
D’avoir été jugées moins belles qu’elle
Pomme de discorde fruit fatal
Fruit fondamental
Bon à manger et à boire

Le fabuliste inconnu ( 237 )

Un jeune perroquet
Etait avide d’apprendre
Il tomba dans un milieu
Proche du Milieu
Son vocabulaire
S’enrichit rapidement
Mais malheureusement
En gros mots
En expressions ordurières
Une réaction spontanée :
« Il faut tordre le cou
A ce satané animal »
Heureusement une réponse saine :
« Je blame ceux qui lui ont
Appris à parler »