Un oison imitait un cygne
Il n’attrapait que le pas de l’oie
Le public riait
L’oison se gargarisait
Jusqu’à ce que le cygne
Le chasse à coups de bec
Il y a des oisons partout
Le fabuliste inconnu ( 235 )
Un chat-huant charmé
Par une alouette
Se risqua dans le champ
Les alouettes s’enfuirent
En l’insultant
Le pauvre oiseau de nuit
Honteux désolé
Regagna le creux de son arbre
On ne peut fréquenter
Que ceux qui au moins
Vous tolèrent
Le fabuliste inconnu ( 234 )
Un buisson offrait à une brebis
De l’abriter
Elle refusa tout net :
« Tu ne crois pas
Que je vois la laine des miens
Accrochée à tes épines ? »
Certains tondent leurs protégés
Le fabuliste inconnu ( 233 )
Un maitre d’autrefois
Envoya un écolier
Lui tailler des badines
Dans du bois flexible
Avec l’intention de le punir
De méfaits imaginaires
L’élève envoya son père
Corriger le maitre
Ce sont là des moeurs
Heureusement abandonnées
Le fabuliste inconnu ( 232 )
Un enfant en haut de la muraille
Entreprit de jouer du cor
Adieu les fiers accents !
A leur place un sourd ricanement
Les paysans s’attroupèrent
Mais le châtelain eut tôt fait
De réveiller les échos des monts
Seul parfois un responsable
Sait mettre les morts à table
Le fabuliste inconnu ( 231 )
Un somnambule allait droit dans un fossé
Sa femme crut bon de l’arrêter
Il commença par l’invectiver :
« Je dormais si bien
Mon rêve était joli.. »
Il reprit ses esprits
Et remercia sa bienfaitrice
Souvent les peuples sont somnambules
Ils ont besoin qu’on les prévienne
Du précipice
Le fabuliste inconnu ( 230 )
Un pigeon regardait avec envie
Le flot pur d’une rivière
« J’aimerais tant être heureux
Comme un poisson dans l’eau »
Une grenouille le hèle :
« Toi, je te vois bien comme un moyen poisson
Qui mange les petits
Et que les gros dévorent »
Le pigeon : « La faim
Justifie les moyens »
La grenouille : « Vivre est en soi un danger »
Le fabuliste inconnu ( 229 )
Don Quichotte et Sancho Pança dormaient
Au coin d’un bois
L’un rêvait d’exploits et l’autre de nourriture
Le cheval efflanqué et l’âne grassouillet
Rossinante et Grison
Paissaient côte à côte
Rossinante : « Je n’en peux plus de nos exploits »
Grison : »Ils ne rapportent pas assez à mon gré »
Rossinante : »Je suis fourbue »
G. : « Ecoute moi, j’ai un plan, partons tous les deux
Ecumer les villes et les villages
Pour faire triompher le droit et la justice
A notre bénéfice »
R. : « Je crains de devoir doucher ton enthousiasme
Cette vie qui te tente m’a rapporté la soif,
La faim, les fatigues sans fin,
Les coups, les blessures… »
G. : « Il faut dire que ton maître
Est un drôle de barjot »
R. : « Sans doute mais pas moi »
G. : « Je sens chanceler mon courage
Je n’avais pas sous ces noires couleurs
Entrevu l’avenir
Je crains de ne pas mériter
La couronne de fleurs et d’épines
Que tu me présentes
Avec tant de gentillesse »
Le fabuliste inconnu ( 228 )
Un papillon obtus
Se vantait de ses quatre ailes
Un ami plus fin
Lui fit remarquer
Que l’aigle n’en a que deux
Le fabuliste inconnu ( 227 )
« Qui veut manger mes gâteaux ?
Ils sont bons, ils sont chauds ! »
Voici ce que d’une voix glapissante
La marchande criait
Hélas! Ses gâteaux étaient froids
Insipides
La vapeur qui les enveloppait
Venait d’une machine
La fumée aussi est trompeuse