Le fabuliste inconnu ( 216 )

La trompette et le glaive
Faisaient bon ménage dans la victoire
Vient la défaite
Le glaive tombe au champ d’honneur
La trompette se retire à l’arrière
Et cesse de jouer
Mais elle dit : « Je suis bien contente
D’être encore en vie »

Le fabuliste inconnu ( 215 )

Le petit dieu de l’amour
Jouait dans un jardin
Quand une guêpe le piqua
Cupidon alla pleurer
Dans les bras de sa mère
Pour le consoler Vénus lui dit :
« Si tu souffres autant
D’un minuscule aiguillon
Pense aux blessures que tu infliges
Avec tes flèches cruelles
Elles sont parfois mortelles »

Le fabuliste inconnu ( 214 )

Devant un ruisseau torrentiel
Des enfants édifièrent une digue
Avec des pierres et du sable
Après de fortes pluies
Le ruisseau devint torrent
Emporta la fragile muraille des enfants
Par bonheur ceux-ci avaient été mis à l’abri
On doit construire les digues pour le présent
Et pour l’avenir

Le fabuliste inconnu ( 212 )

Un écueil répandait la terreur
On y construisit un phare
Dont la vive lumière écarta les navires
Pour le fabuliste inconnu
L’écueil c’est la superstition
Le phare c’est la philosophie
Celle de Socrate et de Platon
Qui appréciaient les fables
Mais aussi de Lucrèce
Qui mit la philo en vers
On pourrait ajouter que la fable
Est la philosophie mise à la portée
Des enfants que nous sommes tous

Le fabuliste inconnu ( 210 )

Une petite fille aimait
Tout dans les fleurs
Leurs corolles les pétales
Leur parfum leurs tiges
Elle ne craignait pas les épines
Mais un jour une guêpe
Cachée au fond d’un calice
La piqua jusqu’au sang
Lui laissant sa pointe empoisonnée
Courageuse l’enfant ne pleura pas
Des écueils dont la vie est semée
Les plus perfides sont cachés

Le fabuliste inconnu ( 209 )

Un pourceau courait s’amusait
Mangeait un peu de tout
Ne dédaignait pas les bains de boue
Avec une vive alouette il chantait
Elle de sa voix de flutiau
Lui en grasseyant :
« Bienfaisante nature ! Eh !
Doux soleil ciel profond Ah !
Renaissante verdure ! Oh !
Sur not’ terre tout est bon I Ih !
Tout nous sert ! Tout est bon ! Eh ! »

Le fabuliste inconnu ( 208 )

Une patate et une truffe
Ne s’entendaient pas bien
Car la truffe savait
Qu’elle valait beaucoup plus
La pomme de terre lui dit :
« Tu vaux cher mais je me retrouve
Sur les mêmes tables que toi
Par contre moi
Je suis utile à tous
Et n’en suis pas peu fière »

Le fabuliste inconnu ( 207 )

Un rat vivait dans une bibliothèque
Niché dans les livres
Sans préférence il grignotait
Les classiques les modernes
En ce moment il avait une préférence
Pour les philosophes
Surtout Platon dans une vieille édition
Il ne nourrissait que son corps
Mais ne manquait pas d’esprit
« Qu’importe la gloire !
Avant tout il faut vivre »