La goutte d’eau tomba
Du ciel orageux
Sur un lys isolé
Métamorphosée
Elle remonta parfumée
Vers le ciel apaisé
Ici bas tout renait
Sous une autre forme
Le fabuliste inconnu ( 195 )
La douce fumée de l’encens s’évadait
D’un lieu saint
La noire fumée d’une usine
La recouvrit de suie
Mais l’usine était utile
Pensait-on
Pour un temps
Le fabuliste inconnu ( 194)
Un savant avait un chat et un perroquet
Tous les jours comme il se doit
Il nourrissait l’oiseau et le chat
Mais un jour un peu distrait
Il donna à l’oiseau de la viande
Au chat des graines
On devine le mécontentement
Il se hata de réparer sa bévue
Il crut bon de faire un commentaire :
« Maint juge maint professeur
Donne de la viande aux oiseaux
Des graines aux félins »
Le fabuliste inconnu ( 193 )
Un homme de soixante ans tenait absolument
A épouser une jeunesse de quinze ans
Mais il aperçut un attelage
L’assemblage de chevaux le plus bizarre
L’un affaissé efflanqué sous l’âge et le travail
L’autre jeune et vigoureux multipliant les injures
A l’égard de son misérable compagnon
Peu après le vieux renonçait
A ses projets de mariage
Le fabuliste inconnu ( 192 )
Un enfant disait à une bougie :
« Quelle chance tu as !
Un soleil s’allume tous les soirs à ton front »
La bougie répondit :
« Je brille et je me consume »
Le fabuliste inconnu ( 191 )
Un escargot et une chenille se rencontrèrent par hasard
La chenille : « Nous devons être cousins
Nous rampons tous les deux »
L’escargot : « Fi ! la vilaine créature !
Va-t-en vieille folle ! »
A quelque temps de là un papillon voletait
L’escargot : « Approchez, mon joli ! »
Le papillon : « Mes ailes te séduisent
Tu m’as repoussé quand je n’étais qu’une chenille »
Le papillon alla voltiger ailleurs
Et l’escargot rentra dans sa coquille
Le fabuliste inconnu ( 190 )
Un brave homme un peu myope
Chassait une anguille et une vipère
La vipère dit à l’anguille :
« Quand je pourrai je te mordrai
Et tu mourras »
L’anguille plongea dans une rivière
Le serpent disparut dans un trou
L’homme dépité se promit
De mieux s’y prendre une autre fois
Il confondait toujours
Parce qu’elles serpentent
Vipère et anguille
Le fabuliste inconnu ( 189 )
Un homme petit presque nain
Bossu difforme laid
Aimait une belle
Elle le refusa avec mépris
Il lui promit de l’or
Elle se radoucit
Il se dit : « je me demande si je n’ai pas confondu
L’amour et le désir »
Le fabuliste inconnu ( 188 )
Une femme aimait un rosier et un rossignol
« Le rosier est beau et parfumé
Le rossignol de son chant velouté
Réjouit mes nuits »
Mais cette femme sur de mauvais conseils
Eut peur que le rossignol n’abîmât le rosier
Elle le mit en cage il cessa de chanter
Le rosier dépérit pour une raison inconnue
La femme acheta une autre rosier
Et libéra le rossignol
Le fabuliste inconnu ( 187 )
Deux mâtins conversaient :
« Si ces cons de moutons font du grabuge
Je saurai les ramener à la raison »
« Pourquoi dire du mal de ces animaux
Si doux si pacifiques ? »
« je les mordrai jusqu’au sang »
« Ne sais-tu pas que nos ordres sont
De ne leur faire aucun mal ?
Tu n’es pas un loup que je sache »
« Je suis fier de mes origines »
« Sois le davantage de ta tâche présente ! »