Un baudet pensait à son enfance heureuse
Quand il courait folâtrait dans les prés
« Aujourd’hui j’ai la démarche pesante
Je reçois sans cesse des fardeaux trop lourds
Et des coups douloureux
Je ne regrette rien car tel était mon destin »
Ne fit-il pas mieux que de se plaindre en vain ?
Le fabuliste inconnu ( 185 )
Une étoile scintillait au firmament
Pour elle un rossignol chantait
Une fleur belle de nuit s’épanouissait
L’étoile à l’approche du matin disparut
Le rossignol s’est tu
Le fleur s’est refermée
Nos âmes nos esprits nos coeurs
Cherchent leur étoile
Le fabuliste inconnu ( 184 )
Un aiglon à peine recouvert d’un léger duvet
Rêvait de nues et de nuées
Mais à peine essayait-il de s’envoler
Qu’il retombait sur son petit corps incomplet
L’esprit aussi doit avoir des ailes
Le fabuliste inconnu ( 183 )
Un enfant curieux comme souvent
Déroba une conque oubliée
Sur le haut d’une cheminée
Il l’examina puis machinalement
La porta à son oreille
il entendit merveille un bruit
Confus indistinct
Son père lui dit : »C’est la mer »
Sa mère : « C’est le battement de ton coeur »
L’histoire ne dit pas quelle version
L’enfant préféra
Le fabuliste inconnu ( 182 )
Protée d’habitude si content de lui-même
Félicitait le fabuliste :
« Toi comme moi prenons toutes les apparences »
Le fabuliste un peu gêné :
« Oui mais toi c’est souvent pour tromper »
Le fabuliste inconnu ( 181 )
En un coffret renfermé
L’ambre croyait garder son secret
Mais se trahissait par son parfum
Qui se répandait alentour
De même une femme amoureuse
Ne garde pas longtemps son mystère
Le carmin de ses joues l’éclat de ses yeux
Ses distractions ses hâtes soudaines
Suffisent souvent
Le fabuliste inconnu ( 180 )
Un ruisseau se vantait de ses eaux claires
Il fut absorbé par une rivière
Elle admirait sa sérénité
Elle disparut dans un fleuve
Le fleuve acceptait son cours bourbeux
A cause de sa puissance et de sa longueur
L’océan lui fit savoir qui était le plus fort
Personne n’était dans son tort
Le fabuliste inconnu ( 179 )
Un laboureur fatigué excédé
Demanda à un castor
Rose et frais
Qu’il venait de faire prisonnier :
« Pourquoi ne laboures-tu pas pour moi ? »
« Donne-moi ta charrue »
« Tu es trop petit »
« Ignores-tu donc que je suis maçon
Et non pas laboureur ? »
« Excuse-moi, je suis épuisé »
« Suis moi et tout ira mieux »
Sur ces mots le castor plongea dans l’eau
Et disparut
Le fabuliste inconnu ( 178 )
Le oui acceptait tout
Le non niait tout
Le désordre était partout
Un bordel généralisé !
Il a bien fallu que le oui accepte
Que vouloir quelque chose
C’est nier autre chose
Et que le non soutienne
Que la négation de la négation
Est affirmation
Le oui et le non
Ne règnent pas
Sans partage
Le fabuliste inconnu ( 177 )
Le télescope : « j’admire l’infiniment grand »
Le microscope : « Et moi l’infiniment petit »
« Je me promène dans le champ des étoiles »
« J’erre dans la jungle des atomes »
« Le soleil et les étoiles sont mes amis »
« L’architecture des molécules m’impressionne »
« Dans une goutte d’eau tu vois un océan… »
« C’est un océan »
« Dans un grain de sable une montagne… »
« J’observe de près les éléments premiers de l’univers »
« Je regarde leur résultat glorieux »
« J’y vois de véritables systèmes planétaires »
« Tout petits riquiqui »
« Certes »