Dans mon souvenir j’avais dix-sept ans quand l’évidence me tomba dessus : Nous sommes totalement non-responsables, nous sommes totalement responsables.
Je ne me suis jamais séparé de cette aporie fondatrice. Elle m’obsède toujours.
Certes beaucoup se sont approchés de cette formule. Par exemple Sartre quand il disait victimes et coupables comme tout le monde.
Tout le monde est hanté par des oppositions comme celles de l’ombre et de la lumière, du jour et de la nuit, du bien et du mal.
Mon aporie subsiste toujours fondamentale. Mais elle est si intenable, si volcanique que je l’exprime rarement.
Nous n’avons pas choisi de vivre, le monde entier pèse sur nous comme une fatalité. C’est ce que disait ma mère qui avait quelque raison de parler de destin.
Mais nous choisissons de vivre, de continuer à vivre, éventuellement de survivre. Ce monde qui nous écrase, nous en faisons un terrain de jeux, un champ de bataille, l’objet de notre travail…
Une liberté sans doute paradoxale apparait : nous somme libres, nous disposons d’une liberté minimale, nous donnons sens au monde, à tout ce qui nous entoure… Je rejoins ici Pascal…
Nous sommes libres seuls, nous sommes libres à plusieurs, l’humanité est libre ? ! ? ! Dans le même temps elle est esclave de ses habitudes, de ses préjugés…
Je choisis la liberté.
L’humanité ne peut être libre que si elle se sait libre.
Notre responsabilité est notre liberté même.
( Ir ) Responsabilité
Nous sommes responsables, nous sommes irresponsables
Nous sommes responsables, nous ne sommes pas responsables
Nous ne sommes pas responsables, nous n’avons même pas choisi de naître
A chaque pas que nous faisons nous réinventons l’univers qui n’existe pas sans nous, sans notre regard, sans notre action
Mais nous ne savons pas ce que nous faisons, ni pourquoi, ni comment
Nous sommes responsables parce qu’il n’y a pas de limites à notre conscience, à notre jugement
Ce que nous appelons sub-conscient ne désigne jamais que les strates inférieures de notre conscience, nous en sommes responsables
Nous sommes responsables, nous ne sommes pas responsables
Il est impossible de sortir de cette aporie sinon par un choix moral et logique qui privilégie la responsabilité, gage de liberté
Responsabilité
Nous sommes responsables
Pas de liberté sans responsabilité
Sinon la liberté n’est que licence qui tue la liberté
Tu es responsable de toi et des autres
Nul n’échappe à sa responsabilité
Tu es responsable de tes actes même s’ils ne correspondent pas à ce que tu voulais, à ce que tu aurais voulu
C’est ce qu’on peut appeler la théorie du fait
Certes tu ne voulais pas tuer, le fait est que tu l’as fait
Le despotisme est universel
L’universalité du despotisme signifie que la nature est en elle-même despotique
Le despotisme humain n’est pas que politique, il est aussi personnel
Chacun de nous risque perpétuellement d’être son propre despote
Le despotisme est primitif, il en apparait fondamental
L’absence de modération est la cause et la conséquence majeure du despotisme
Modération toujours
L’idéal est d’être modéré, modéré avec passion
Il y a une passion de la modération
Dans l’avenir prévisible il n’y a pas d’avenir européen hors de la droite et de la gauche molles
J’appartiens à la gauche molle, moche, mox.
Mox signifie que je suis favorable à l’énergie nucléaire, en tout cas pour le moment…
Le gauchisme est une maladie infantile ou une maladie sénile. De toutes façons c’est une maladie.
Marx n’était pas marxiste
En revoyant le magnifique film de Steven Spielberg, « Lincoln », je me suis remémoré Marx inclinant du côté du président des Etats-Unis qui faisait adopter, en partie grâce à des manoeuvres, l’abolition de l’esclavage.
Marx a dit lui-même : « Je ne suis pas marxiste ».
Trop de gens diabolisent a priori Marx.
Marx mettait au dessus de toutes les qualités le doute méthodique.
Faute de pouvoir être marxiste, je suis marxien.
De la modération
De la modération avant toute chose
Seule la modération permet la coexistence de contraires qui parfois s’excluent
Notre première tendance est l’absence de modération. Nous voulons tout tout de suite
L’éducation est l’apprentissage de la modération
L’art qui concilie le mieux les contraires est la musique
De la musique avant toute chose
Savoir et délire
Au début est le délire
Pour commencer quoique ce soit l’être humain est contraint à l’imagination
Par bonheur l’imagination est aussi celle du réel
En fonction des contraintes sociales, le réel se transforme en réalité
Le choc de réalité fait normalement disparaitre le délire
L’imagination subsiste dans la science, l’art et l’amour
A leur comble ces activités joignent la réalité et le réel qui l’entoure et est son fond
Nous atteignons enfin la vérité
La vie est un songe
La vie est un songe
La vie est un songe selon Calderon et d’autres
Nous ne connaissons pas ce songe
Nous avons beau rêver nous ne connaissons pas ce songe
Nous avons beau rêver tout éveillés nous ne connaissons pas ce songe
Mais selon Goya le songe et le sommeil de la raison enfantent les monstres
Pibrac
J’ai eu l’envie brusque de rendre hommage à ce texte du XVI° siècle, publié sous une forme légèrement différente le 5/2/2014, parce que dans l’ensemble il me parait d’actualité. Il me semble dommage qu’on ne parle plus de sagesse et guère de vertu. L’auteur, monsieur de Pibrac, était un éminent juriste :
Avec le jour commence la journée
Loue le travail et passe ainsi l’année
L’univers est une cité ronde
Pour le plus petit comme le plus grand du monde
Y a-t-il un nombre infini d’idées ?
Que ta volonté soit le moule des choses nées
Pour mieux tromper le méchant imite
Le langage des gens de bien
Le malheur est le lot de tous les hommes
Seul le sage est exempt de ses lois
Las en est-il au siècle où nous sommes ?
Le sage est libre enferré de cent chaînes
Il est le seul riche n’est jamais étranger
Le sage sait seul ce qu’il a mérité
Et ne l’attend de personne hors de soi
On ne peut parler beaucoup sans mensonge
Ou pour le moins sans quelque vanité
Parler peu convient à la vérité
Beaucoup à la fable et au songe
Ris d’un monde qui n’est que vanité
Mais pleure aussi par pure humanité
Ne va pas à la cour pour dire ce que tu penses
Respecte la communauté dans laquelle tu es né
Ainsi que celle qui t’a accepté
C’est l’état moyen qui est le plus durable
Plus on sait plus on sait qu’on ne sait pas
Jamais la vertu n’est présomptueuse