ÊÊ 90

Parfois nous voyons au loin
Et pas de près
C’est amusant, quand nous courons
Notre corps court avec nous

Dans notre corps il y a un squelette
Lui-aussi sort avec nous
C’est stupéfiant quand on y pense
Moi je pense que je cours seul

Il y a nulle part où tu puisses te réfugier
Tu peux continuer à subir
Une fois mort on ne peut plus rien faire
Une foi véritable assume le corps

Ayant renoncé à l’action l’esprit est calme
Beaucoup d’actions sont superflues
Certaines sont absolument nécessaires
Garde ton calme chérie et tes espérances

ÊÊ 89

Je ne me suis jamais vu de la fenêtre
Marcher sur le boulevard
Personne ne rit à mes plaisanteries
Je vais bientôt me taire à jamais
Dans dix ou vingt ans

Quand vous êtes couché ne gambergez pas trop
Du genre : « Aurai-je la force de me relever ? »
Relevez-vous
Nous humains nous sommes tous nés d’une femme

La méditation doit s’arrêter
Là où commence la réflexion
La méditation est un vide de l’esprit
Un plein d’âme

Vous voyez instabilité insatisfaction
Impermanence dans votre propre corps
Grâce à lui à l’esprit à votre coeur
Vous les faites reculer un peu

ÊÊ 88

Le mental rumine
Avec ou sans inquiétude
Nous sommes tous les mêmes
Nous sommes soeurs
Nous sommes frères

On voit la voie
Nous sommes la voie
Nous sommes sur la voie
Serions-nous sur le chemin de la sagesse ?

La célèbre formule « Connaîs-toi toi même »
Signifie surtout que nous ne nous connaissons pas nous-mêmes
Connaissons-nous vraiment l’esprit qui nous anime ?
Et l’âme ?

L’âme est toujours un surplus
Caché et peu efficient
Si toutefois elle existe
Ce dont je doute fort

ÊÊ 87

Nous refusons la mort
Nous refusons la vieillesse
Que refusons-nous ?
Refusons-nous la vie ?

La solitude de la pensée est nécessaire
L’isolement de la pensée est une malédiction
Tu ressembles à de l’eau
L’eau qui rafraîchit l’eau qui noie

Nous étions des enfants
Maintenant nous sommes grands
Petits ou grands nous sommes vivants
Non sans animosité

Tous comme nous sommes
Nous ressemblons à des arbres
Petits ou grands
Avec des chapeaux de feuilles
Le plus souvent

ÊÊ 86

Un chat ne mange pas de riz
Il convient de respecter les êtres vivants surtout les végétaux
Un arbre est une entité
Un arbre est un tout

Un humain réalise des choses impossibles pour un végétal
Mais il ne tient pas assez à ses racines
Pourtant s’il a le temps de respirer il a le temps de réfléchir
D’approximation en approximation l’humain ne sort pas de l’humain

Si vous arrêtez de respirer vous êtes mort
Nous sommes pris au piège
Piège de la vie
Piège de la mort

Tout meurt nos enthousiasmes
Nos aboulies
Nos yeux deviennent aveugles
Nos oreilles deviennent sourdes

ÊÊ 85

Qu’est-ce que l’esprit ?
Connais-tu l’éveil ?
Quand te réveilleras-tu ?
Êtes-vous réveillé ?

Un enseignant ne meurt pas tout à fait
Rassurez-vous vos prédécesseurs sont bien morts
Vous êtes votre propre maître
Aimez ce qui vous dépasse

Il y a beaucoup de versions pour une seule vérité
Les humains sont spéciaux
Les humains sont spécieux
Les humains sont précieux

Quoiqu’il fasse l’humain trépasse
La vertu est rare
Elle se présente comme une tare
Bonne pour des tarés des ratés

Cin 21

La gent humaine est assidue au ridicule
J’entends la matière geindre
La vie et l’existence sont des hypothèses de travail
L’histoire est une tourbe

Pour le moment l’expérience de l’humain a raté
Autrefois on passait tranquillement d’une contradiction à l’autre
Nous nous croyons le centre de nos actes
L’au-delà ?

Nous sommes des fanfarons de l’incurable
Un sourire nous dit que c’est la dernière fois
J’ai perdu le goût de l’utopie
Je suis mort bien des fois

La folie dort au fond de nous
Le rêve se heurte aux parois du crâne
L’insomnie est l’héroïsme du lit
Ma folie est de me croire normal

Cin 20

Nous nous aimons quand même
La musique nous offre une seconde âme
Fuyons le néant péremptoire
La musique nous avertit du temps

Depuis le dressage du premier cheval l’humanité est définitivement coupable
L’humanité produit le malheur en série
Nous ne pouvons pas penser à toutes les catastrophes
La liberté n’est un bien que pour les hérétiques

Le gendarme est le personnage essentiel de l’histoire
Il gagne toujours à la fin
La peur du gendarme est le commencement de la peur
Le gendarme nécessite le désastre

Le rire sera toujours jeune
Le climat chez les humains est morbide
Les agneaux humains aspirent à être loups
L’histoire ne fait pratiquement que des victimes

La bêtise est-elle un luxe ?
Sommes-nous encore dans la pré-histoire ?
La devise des nations est : « A peu près »
Certains de nos contemporains partagent le fanatisme du pire

Cin 19

On devrait pouvoir rire des mystères
Le désert, c’est nous, c’est fou
Grâce aux dilettantes, aux fous et aux ivrognes, nous sommes encore superficiels
La croyance se renouvelle par l’hérésie

Les sceptiques et les cyniques prêtent trop d’attention à l’humain
Qui a une âme meurt comme tout le monde
L’intérêt de la haine est d’empêcher l’apathie
Je n’ai pas vécu toutes les contradictions

Ce que je souffre personne ne le saura, même pas moi
Il ne faut pas être déçu à l’avance par l’amour
On ne rompt pas indéfiniment
Nombreux sont les corbillards de l’amour

Rien n’est plus dangereux qu’un sentiment sincère
La liturgie des odeurs m’est insupportable
La volupté est panique
Grâce à la gravité des sens et du corps

Cin 18

Les grandes orgues sont évolutives
Ce n’est pas le cas de nos amies les orques
Le mystère d’un être réside dans les souffrances qu’il espère
Les mythes ont perdu leur secret

Je suis le contraire d’une idole
J’ai sacrifié mes idoles
Je ne sacrifie pas à leurs débris
Ils polluent ma vision

La pitié doit être scrupuleuse
Le paradis est dans notre mémoire
Le doute ne doit pas être un gémissement
Je ne suis pas nostalgique de la mort

Le monde est profond sans profondeur
Qui ne pense pas ne sort pas du paradis
Avec le doute je suis encore plus fou
En pensant le chaos il est devenu l’univers