Cin 15

On m’a accusé d’être paresseux
Je n’ai pas compris qu’il s’agissait d’un compliment
Le compliment ment presque toujours
J’aime bien la lumière sonore

Le seul cadavre est celui qui se prépare en moi
Le néant suprême est un néant
Le corps est au pouvoir
Les délices délicates des derniers fâcheux

Le malheur rend futile
Beaucoup de nous sont des personnages
Ni personnes ni personnalités
Je me crois heureux

Il n’y a pas de destin
Contrairement à ce que pensait ma mère
La foule est stupide
En dépit de l’expérience elle se laisse décevoir

Cin 14

Il peut être bon de s’inventer des évènements
Il n’est pas mauvais d’être méchant gentiment
Nous valorisons les déchets alimentaires
La panique a perdu ses vertus

Quand on a trop compris on ne défend plus rien
N’espérons pas sur le dos des autres
Il ne faut pas abuser de la tragédie
Vivent la farce et la comédie !

L’avenir est facultatif
Le futur est spectral
Tu es odieuse sans solitude
L’idée de suicide m’aide à vivre

L’espoir est faux
La vieillesse n’a pas d’ennemis ni d’amis
Jurons ensemble
Le vulgaire refuse d’être déçu

Cin 13

L’utopie est blafarde
Comment perdons-nous la raison ?
J’ignore que j’existe
Il serait bon que nous ayons accès à la lassitude de nos vérités

Rien de tel que son lit pour penser
Il est agréable de ne pas se réussir
Je ne suis pas un humain révolté
Le vide n’est pas une certitude

A bas les masques !
Il n’y a rien derrière les masques
Pouvons-nous changer de masque ?
Sans masque pas de public

Si la joie vigoureuse pouvait être rigoureuse !
Nous sommes tristes sans motif
La banalité est un contact avec la vie
L’ennui nous apprend le vide

Cin 12

Ni maître ni disciple
Il arrive qu’une oeuvre soit l’absolu de la vulgarité
Rien n’est pire pour un sceptique que d’arriver au bout de son scepticisme
Il y a toujours de quoi douter

Le sourire d’un arbre
Certains réussissent à débiter le temps en morceaux
Le rire d’un corps
Le sourire est le propre de l’humain

Une épitaphe n’est pas un épigramme
L’humain est curieux
La passion de l’ennui
Il n’y a pas de coupable idéal

Nous sommes dans le temps
Nous ne savons pas ce qu’est le temps
Le désespoir disparait facilement
Pas la mélancolie

Cin 11

On a le temps
Le jugement est pour demain
Le monde extérieur existe
Sauf quand il n’existe pas

Seuls les partis-pris permettent de penser
Le réel est parfois répugnant
Une pensée déprimante est vraiment déprimante
Il y a des milliers de subtilités

L’infini se doit d’être subtil
Les mots ne sont jamais assez compliqués
Le rien nécessite une technique
Le mensonge peut exciter l’intelligence

La vérité est souvent lourde et grossière
Rien n’est plus triste que l’orgie philosophique
Ne survivent d’un système que les idées nuisibles
On s’intéresse à la philosophie par naïveté

Cin 10

Ne soyons pas trop savants
Nous perdons à être connus
Nos sentiments se perdent en nous-mêmes
Une idée approfondie n’a plus de charme

On ne nie jamais tout
Songe et mensonge voilà l’amour nié
J’ai horreur des extrêmes
Mais je ne suis pas un dilettante

L’évolution est tolérable parce qu’elle mêne aux humains
Notre univers multiplie les points de suspension
Une idée l’autre
Il n’y a pas de cimetière pour les idées

Tout problème est profané par sa solution
Un mystère clos n’est pas un mystère
Le pathétique est d’une profondeur de mauvais goût
Le remords précède souvent le mal

Rom 76

Jour et nuit l’amour est là
Qu’on le voie ou qu’on ne le voie pas
L’important est que la racine
Ne soit pas corrompue

Nos peines et nos souffrances
Deviendront joie et quiétude
L’idole de la concupiscence
Nous aurait détruits

L’idole de la taverne
Nous ramène chez nous
Pour un nouveau printemps
Aux cent problèmes

Nous enracinons l’idole
Elle nous méprise allègrement
Heureusement elle est finie
Et mal taillée

Rom 75

Quand ton esprit est mûr
Ne choisis pas ce qui est crû
Ne sois pas comme l’oiseau
Qui tisse un filet autour de lui

Aimons les bien-aimés
Le sucre provient de la canne à sucre
L’âme n’est ni un dessin ni un discours
L’âme est un dessein

Nous sommes heureux avant d’être heureux
Nous possédons en nous le feu de l’âme
Ne t’attache pas trop à moi
C’est le soleil qui dirige nos vies

Tu es mon âme
Et sans ton âme je ne peux pas vivre
La sève des plantes
Est comme une liqueur enivrante

Rom 74

Beaucoup trop d’âmes
Sont comme un feu qui détruit les formes
Nous ne sommes pas joyeux
Existe-t-il une intelligence hostile ?

Le fondement de la forme
Est-il dans le corps ?
La forme est soumise
Seul l’amour la rend souveraine

Les corps sont comme des âmes
Les coeurs et les esprits sont déboussolés
Humilie-toi devant les éléments !
Les atomes sont spirituels

L’intelligence ne vaut pas l’écume de la mer
Rien n’est plus important que l’eau
Elle s’humilie devant toi
Pour que tu la boives

Rom 73

L’âme accepte d’être humiliée
Dans l’espoir de retrouver sa dignité
Il paraîtrait qu’il y a une âme dans l’âme
La huppe sait où tu es

Je suis en ruines je suis désemparé
Je n’ai pas la force de chercher les causes
Mon âme est un cri
Qui l’entend ?

Parfois je monte sur le toit
Que sont les ruses de l’oiseau exilé ?
Je ne suis ni roi ni courtisan
Je suis comme un soupir égaré

Je donne sa forme à la suavité
Tous les mondes m’informent
Tu es un détail
Tu n’es pas que détail