Rom 72

Ton corps est dans la nuit de sa destinée
Ton âme devient une lune pleine
Qui déchire le voile des ténèbres
Les amours humaines sont souvent des leurres

Sors des égarements !
Tout bâtiment a son bâtisseur
Bois ton eau fraîche
Nous ne craignons pas les chats

Par la forme nous ne voyons que la forme
La beauté de la rose n’est pas tienne
Je ne pense pas que la vie
Soit faite pour être sacrifiée

Le corps est proche de l’âme
Mais le corps ne la voit pas
Sans amour je m’égarais
Soudain l’amour est là

Rom 71

Sait-on ce qu’est le vin de l’âme ?
Tu dis que tu es un
Tu sais que tu es plusieurs
Obtiendras-tu la joie sans repentir ?

L’essence de chaque arbre
Est apparente
Sans être une apparence
Ses racines sont profondes

Dans les étroites prisons
Des journées trop quotidiennes
Tu ouvres ton chemin
Vers la plaine ensoleillée

Ton pied est endormi
Tu penses même que tu n’as pas de pieds
Des pains cuisent
Qui ne sont pas du boulanger

Cin 9

Nos angoisses tiennent lieu d’intuition
Le désespoir doit rester correct
La vieillesse ou le bonheur indiscret
L’imposture est la marque de notre probité

Les fats s’enfoncent dans l’absolu
La solitude est un pied-de-nez
La mort ne résout aucun problème
La philosophie est nécessairement superficielle

Nos plus grandes pensées sont des faits divers
Depuis la plus haute antiquité l’humain souffre en vain
Le scepticisme ou le délire du bon sens
Le monde mérite-t-il d’être connu ?

L’esprit sautille sans vergogne
Le mal précède le choix
La liberté est un sophisme
L’humain est suffisamment anxieux pour s’imposer des souffrances imaginaires

Cin 8

Pour certains le chaos est un mol oreiller
Nos souffrances ne sont guère contagieuses
Nos angoisses si …
Rien n’étanche nos doutes

Le moi se dilate pour oublier sa déréliction
J’aime trop ma mélancolie pour y trouver à penser
On ne réfute pas les idées
On refuse plus facilement une sauce

Les mots meurent pour ressusciter un jour
Nous survivons
Rien n’est plus imputable au diable
La misère devient l’image d’un scepticisme contraint

Nous ne sommes pas des pierres
Nous ne sommes pas davantage des choux-fleurs
Je ne pactise pas avec la fierté d’être humain
L’ennui permet de réfléchir

Cin 7

Un véritable cynique ne croit plus au cynisme
« La vie est une faute de goût »
Nonchaloir et foutoir, primes au cauchemar
Vous êtes hantés par la clarté avec une âme obscure

Il vaut mieux être tourmenté par l’esprit que pas le corps
Le scepticisme est une élégance, pas l’anxiété
Les contemporains donnent dans l’incurable
La pensée est poussière

Le gouffre humain suscite bien des escrocs
La pensée se construit avec des ruines
Un véritable auteur contourne les profondeurs
S’il refuse toute dialectique, toute idée du mouvement, il pleure

La souffrance dilapide l’âme
Les plus grands des esprits ont une vie quotidienne
Nous avons des idées de mammifères
Il n’y a pas de liberté pour les poètes

Cin 6

Ce qui n’est pas direct est nul
Nous habillons le vide
Je souhaite bon courage aux biographes
La poésie ne me fait pas perdre mes incertitudes

Respirer la mort est la plus grande des illusions
La défaite est à l’ordre des choses
Être mal compris exige du génie
Être oublié ne demande que du talent

Ce n’est pas un compliment de concevoir des idées obscures
La sagesse est résignation
C’est d’abord la résignation du corps
Pour être poète il faut être malin

Nos oeuvres sont d’abord faites avec des imitations
La littérature est prolixe
La guerre tue
Omar Khayyam adorait le vin

Cin 5

L’écrivain est un imposteur
Le pessimiste a une bonne raison d’exister
Qui est victime de l’autre ?
L’esprit prospère sur les défaites du corps

La civilisation est affaire de brigands
Le talent défigure la réalité
Un rêve, n’avoir aucun don
L’homme de lettres n’existe pas

Pratiquez l’imitation du silence
Le langage chez nous est pré-natal
Nous pratiquons les signes aux dépens des choses
Notre réalité est une manie verbale

Aujourd’hui le grammairien prime le sage
Goethe me désappointe
Un professeur est le singe du monde
Aujourd’hui le mystère est devenu l’absurde

Cin 4

Nos corps se sont habitué à tout
Ils ne sont plus déçus par rien
Je me suis déclaré misanthrope à l’âge de dix-huit ans
Je le suis toujours avec philanthropie

Il est moderne d’être malade
Nous en faisons un mystère
Nous tenons par la cruauté
Y-a-t-il plus féroce que nous ?

Je cherche une vision cohérente du chaos
Le mot « âme » est indécent
Les apparences sont blâmables
Mais certaines sont des apparitions

Ne recule pas devant le banal
Il est impossible de soutenir toutes les thèses en même temps
Aie le sourire éclectique
L’écrivain ment par peur de la stérilité

Cin 3

L’art s’oriente vers le non-sens
Le manque de sens est esthétique
Nous hurlons en vain
Nous avons peur des mots

Avant une langue il y a déjà un langage
Tout pour nous est langue et langage
Tout mot fait mal
Tout langage maltraite la réalité

Qui comprend vraiment le langage des fleurs ?
Le mal du siècle n’avait pas que des torts
La philosophie meurt d’être dépossédée de son charabia
Nous transfigurons des bagatelles

il faut aller au bout de la critique de soi-même
L’hégémonie du Bon Sens sera-t-elle celle du délire ?
Un écrivain doit découvrir la honte
Qui sait encore assassiner ?

Cin 2

Ceux qui renoncent à la société se vengeront
L’histoire est pleine de gens rancuniers
Il faudrait écrire un histoire universelle des ratés
Des ratés en tout genre

Le romantisme anglais est un exil
Le romantisme allemand est provincial
Mais il va jusqu’à la folie
Le romantisme français est flou et fumeux

Shakespeare, la rose et la hache
J’adore Shakespeare
Je ne le connais pas assez
Nous abordons la poésie sans talent

Tout est superficiel
Il faut être superficiel pour avoir de la délicatesse
On n’existe qu’en superficie
Nous manquons de talent