Cin 1

Vous atrophiez le verbe
Vous aimez les fragments
Vous adorez les stigmates
Vous empêchez l’artiste

Vous laissez une oeuvre
Vous êtes assuré d’être bientôt oublié
Nous lisons pour avoir du vocabulaire
Vous êtes patibulaire

La stupidité rend sérieux
Le scepticisme reste lettre morte
Les virgules ne sont pas prises au sérieux
J’aime les esprits de deuxième ordre

Pascal est un journaliste de l’âme
Molière raconte le quotidien
Avec des certitudes pas besoin de style
Le style est l’apanage de ceux qui doutent avec style *

* Ce début de Cioran est explicité à la fin de la série

ÊÊ 75

Le monde est dangereux
Le monde de l’agitation et de la confusion
Il multiplie les négations
Il règne sur les ténèbres

La mort nous suit par tous les temps
Elle est douce et gentille
Elle séduit beaucoup de gens
Elle n’existe pas VRAIMENT

La méditation est essentielle
Elle est impossible sans réflexion
Il faut abandonner plein de choses
Remuantes et charmantes

Ne repousse jamais un problème chez autrui
Si un tigre vous poursuit
Ne l’attendez pas
Le danger est à vos trousses TOUJOURS

ÊÊ 74

Le corps est une prison
Qui ne nous emprisonne pas
Il des fenêtres et des portes
Il peut être ouvert à tout vent

La vie ne satisfait pas tous nos désirs
Elle n’est pas faite pour ça
Elle montre la voie
Elle est faite pour ça

Sans avidité et sans aversion
On se sent beaucoup mieux
Nous restons responsables
De la souffrance sans sursis

Notre conduite doit être vertueuse
Dans le respect d’autrui
Nous essayons de la préserver
La souffrance recommence

ÊÊ 73

Rien n’est simple Tout est composite
Curieusement tu ne détestes pas le mal
A condition qu’il arrive aux autres
Il te parait bien intéressant

Tu laisses le monde évoluer à son gré
Mais il n’a aucune volonté propre
Pour petit que tu sois
La conscience est ton fait

Être conscient n’est pas un en-soi
C’est un dualité de plus
C’est faire et savoir qu’on fait
Dans le même moment

L’esprit n’est pas pur
L’esprit n’est pas simple
Il ne doit pas être dur
Il doit être simple
Ni simpliste ni simplet

ÊÊ 72

Les choses ne sont pas justes
Ne nous paraissent pas justes
Tu ignores l’ordre du monde
Moi aussi

Nous ne savons rien de la nature
Sauf pour s’en plaindre
La nature est faite de détails
Chacun fait sens
Si nous le voulons bien

Les insectes tournent en rond
Moi aussi en un sens
Connais-tu le bon sens
Pour sortir de ton manège ?

Ne laisse pas l’ignorance
Prendre le dessus
La sagesse t’échappe
Continue à tourner

Papa est plein de sang
Cauchemar ancestral
Je suis malade
Je le crains

ÊÊ 71

Grâce au tambour de l’éloquence
Tu étales par moments
Ta folie assassine
En plus tu me taquines

Je n’ai rien sur quoi pleurer
Sauf la grande misère du monde
Le sort de millions d’enfants et de femmes
Tambourine tambourine encore

On enseigne souvent l’ignorance
Plutôt que le savoir
Plus que le savoir
Rebiffe-toi

Tu tournes en rond
Tu reviens sans cesse au même point
J’aurais voulu écrire pour les enfants
Je m’en sens incapable

ÊÊ 70

La seule loi immuable
Est celle du mouvement perpétuel
Tout se fait sans moi
Sauf de toutes petites choses

Ne soyez pas pas esclave de la loi
Sauf pour lui obéir
Sauf pour faire sa publicité
Sauf pour réfléchir

Ne te contente pas d’apprendre des mots
Pour les répéter sans réfléchir
Le monde existe sans toi
Le mieux est d’en faire à ta tête

Le monde existe sans toi
Mais tu peux l’aider
La souffrance est toujours présente
Mais tu peux la secourir

ÊÊ 69

Ecoute mes lamentations sucrées
Ne vieillis pas Ne vieillis surtout pas
La nature est ainsi faite
Que tu vieilliras quand même

Ton ordre naturel est erroné
Comment est-ce possible ?
Quelle est sa cible ?
Où est sa volonté ?

Tu as une imagination luxuriante par certains côtés
Tu dis j’aime je n’aime pas
Attirance et répulsion se déchirent ton âme
En as-tu une seulement ?

Tu enseignes l’ordre du monde
Que tu ne connais pas
Tu parles tu parles
C’est tout ce que tu sais faire
Tu causes tu causes

ÊÊ 68

Tout est question de point de vue
Tu as peut-être raison tu as peut-être tort
Si c’est possible discutons vaillamment
Pour que la raison l’emporte sur le tort

Le corps nait et disparait
Sans aucune raison apparente
L’ordre du monde est fumeux
Excusez-moi du terme
Fumeux lui-même

Tout change tout le temps
Regarde mon corps de vieillard
A chaque jour son anicroche
Pas d’anguille sous roche

Ton corps est sans contrôle
Sous contrôle de son âge
Etc… Etc …
Et l’âme dans tout ça ?

ÊÊ 67

L’ordre-désordre du monde
Est la vérité de notre réalité
Ne referme ne renferme rien sur rien
Sinon c’est la véritable mort

Nous sommes à l’aise sur un beau bateau
Nous goûtons le mouvement de l’eau
Mais voilà que notre navire se met à sombrer
Au secours ! Il faut penser à nager !

Ouvrons les yeux !
Il est grand temps d’avoir un regard
Tu cours Ton squelette court avec toi
Vous courez vers nulle part

Les choses sont impertinentes
Insatisfaisants et impersonnelles
Toutes ces choses sont bien agréables
Quand le temps est beau