Rom 56

Le clair de lune évoque le soleil
Une goutte d’eau contient l’océan
Tu es un moulin tu auras du pain
Tu as le choix blé ou haricot

La joie peut susciter le malheur
N’oublie jamais les contingences
Images mobiles de la nécessité
Contraires à la liberté

Ton âme est contrainte à l’effort
Elle qui ne veut que planer
Elle devient impératrice des déserts
Ou ver de terre

Tu fores le sol
Pour avoir de l’eau
Tu obtiens du pétrole
Tu deviens folle

Rom 55

Verbiage bavardage galimatias
Je suis malade de tout ça
Je n’ai pas créé l’argent
Les illusions me font souffrir

De fourmi il est devenu serpent
De serpent il est devenu dragon
Le dragon qui n’existe pas
Mais qui fait peur à tout le monde

Débraillé perdu de réputation
Faisant pitié même à tes ennemis
Son âme a pâli il n’a pas de blessure
Sauf le baiser laissé par le visage aimé

Prends pour des grâces divines
Les maux que te cause l’amour
Mais rassure-toi l’amour éphémère
Te prépare à l’amour divin

L’amour divin provient de l’âme
La véritable celle qui n’a pas besoin de dieu
Qui crée son propre monde
Tout va bien à la ronde

Ma parole s’embarrasse
Une bouche n’est pas faite
Pour ces paroles
Qui essaient de traiter du divin

Il y a des signes partout
Des signes de quoi ? On s’en fout
On ne peut plus marcher
Sans trébucher partout

Rom 54

Comme toute vie au monde
J’ai connu bien des vicissitudes
J’en ai pris l’habitude
Mais mon coeur ne s’y fait pas

Les atomes imitent le soleil
La lune en est le reflet
Ma vie est une école de modestie
Bien nécessaire par ces temps
D’arrogance et d’indifférence

Tu n’agites plus la boue
Ton eau devient claire
La lie elle-même se clarifie
Ta douleur s’apaise

Ton âme ressemble à la flamme
Elle fait tant de fumée
Que l’on n’y voit plus rien
De plus ton eau est boueuse

Rom 53

Mon sang ne dort pas
La pureté est une eau de vie
Mon corps n’aboie pas couché
Voie N’aie pas de visions

Les arbres stériles
Sont des arbres comme les autres
Ils ont des racines un tronc des branches
L’intelligence universelle y pourvoit

il faut répéter les noms sacrés
Comme humain
J’en ai tatoué un
Sur ma main

Un ouragan soufflera
Il ne restera ni toit ni porte
Les arbres seront déracinés
Chaque atome sera joyeux

KGI 49 et fin *

Souriez sur les arbres
Ou dessous
Le berger frissonne à l’idée du loup
Qui dévore ses brebis

Un jour tu seras nu
Sous le soleil
Tu ressens ton tremblement
Plus que ta joie

Brefs seront mes jours
Brèves seront mes paroles
Je pars avec le vent
Je reviendrai avec le vent

Je me confonds avec la brume
Votre hiver nie mon printemps
Votre gaieté est inconsciente
Ma solitude est inaccessible

* Le livre de base est de Khalil Gibran, « Le prophète », Pocket, 2012

KGI 48

La beauté est une extase
Elle n’a besoin de rien d’autre qu’elle même
Elle peut être tout
Un murmure un hurlement

La beauté des beautés
Est un coeur en feu
Ainsi qu’une âme au paradis
Parlez de la beauté et non de vos désirs

La beauté est le vrai visage de la vie
La beauté est une éternité
Dans un miroir
Elle est l’éternité
Et elle est le miroir

Tout est religion
Pour ceux qui ne croient pas
Quoique tu fasses
Ton corps est religieux

Au delà des contingences et des nécessités
Tu te rapproches de l’âme
Tu es divin
Sans dieu grand ou petit

KGI 47

Tout n’est pas plaisir
N’oublie pas la souffrance
Le regret est un voile
Le remords un châtiment

L’esprit n’est pas une mare stagnante
Il ne suffit pas de l’agiter
Avec un bâton
Il est délicat de nier un plaisir

Le plaisir de l’abeille
Est de cultiver le miel dans la fleur
La plaisir de la fleur
Est d’offrir le miel à l’abeille

Ne cherchez pas la beauté
C’est elle qui vous guide
La beauté est bonne et douce
Elle est aussi tremblement de tout

KGI 46

Vous êtes indolents et paresseux
Votre seule bonté réside dans la volonté d’être grands
Votre désir est un torrent impétueux
Votre désir est un mince ruisseau

Notre temple est invisible
Il est quelque part dans les forêts et les montagnes
Nous sommes quelque part dans ce temple
Dont nous ne savons pas où il est

C’est le désir qui te désire
Le désir mène au plaisir
Le plaisir est liberté
Liberté du désir

Le désir est fleur
Le plaisir est fruit
Le désir s’étiole souvent
Le plaisir est succinct

ÊÊ 19

Nous savons qu’il y a un ordre cosmique
Nous ne sommes pas l’ordre cosmique
Nous avons l’ordre en nous
Dans la moindre parcelle de notre corps

Nous sommes tous comme des oiseaux en cage
Les riches sont de petits oiseaux
Dans des cages dorées
Vous ressentez de la souffrance ?

Tant que vous n’aurez pas intériorisé
L’ordre, que vous ne l’aurez pas fait vôtre
Vous dépendrez totalement
Des circonstances extérieures

Le monde est superficiel
Soyez-le vous mêmes
Afin de vous libérer
Des profondeurs du silence

ÊÊ 18

L’esprit est absurde
Sous les voiles de l’ignorance
La mort détruit la personne
Personne ne voit la mort

La faucheuse ne porte pas de masque
La faucheuse n’a pas de nom
Elle n’existe pas
Elle se contente de tuer

La vie est naissance
La vie est renaissance
La vie est problème
La vie est problématique

Tu es douce comme le miel
Les mouches te pénètrent
Tu les chasses d’un coup d’éventail
Ta vie est du miel