ÊÊ 17

Au fond des choses diverses
Il n’y a que la terre l’eau l’air le feu
Tout au moins
Selon une nomenclature ancienne

Leur union fait la force
Leur désunion est la mort
La mort est ce qui importe le moins
Seule compte vraiment la vie

Il est vain de compter les morts
Seuls comptent les vivants
Qu’importe ce qu’ils pensent
Ils ont toujours raison

Au fond de toi tu te dis :
« J’ai raison » Tu dis même : « j’ai toujours raison  »
Sais-tu que tu commets un crime ?
Tu as peut-être raison

ÊÊ 16

Que dois-tu faire
Si un sage t’assène
Que tu n’as pas de personnalité propre
Que ton corps lui-même
Ne t’appartient pas ?

Un être éveillé disparaît
Il ne meurt pas vraiment
Ses parties constituantes se dispersent
Simplement

Sans une personne
Pourvue d’un peu de personnalité
Il n’y a ni mort ni renaissance
Vivent les nouvelles naissances !

C’est un être humain qui meurt
Et ce qui lui est cher
Son chat par exemple
Il n’y a d’humain que d’amour

ÊÊ 15

Qui voit le vide et la vacuité associés
Ne craint pas la mort
Je n’aime pas l’éloquence pour l’éloquence
La vacuité magnifiée

Il t’arrive d’avoir de l’humour
Mais trop souvent tu en fais
Une arme de défense personnelle
Vindicative et cruelle

L’humour est peut-être
La plus belle qualité humaine
A condition de retenir qu’il consiste
A se moquer de soi-même

L’esprit
Se moque des autres
Le problème
Est qu’il fait rire

ÊÊ 14

Aie le courage d’admettre
Que tu n’as pas fait
Ce que tu as fait
Par manque d’en-soi

Il est humain
De ne pas avoir de soi
Ni d’en-soi
Sois simplement pour toi

Retiens une pensée :
Tu es pour toi et pour les autres
Tu es pour toi afin d’être pour les autres
Connais-tu autrui ?

Ne dis jamais : « ça me suffit »
Sam Suffy
Ouvre-toi
Prends ton envol

ÊÊ 13

Je ne suis pas croyant je suis crédible
Personne ne me croit pourtant
C’est l’enfer de ma vie
Je n’ai pas produit de bible

L’argent ne me tente pas
A condition d’en avoir suffisamment
Je mange à ma faim
Y compris de la mauvaise viande

Il n’y a pas de soi
Je n’ai pas de soi
Rien n’a de soi
Sauf toi

Tu te fabriques un soi
Qui ne vaut que pour toi
D’où ta paranoïa
Et tes névroses annexes

ÊÊ 12

Souillures impuretés
Afflictions souffrances
De l’émotion
Et du conflit

Ressemble davantage à une grenouille qu’à un saint
En se ressemblant à elle-même
La grenouille embellit l’univers
Le saint l’emprisonne

N’approuve jamais
Ceux qui suivent aveuglément un maître
Qui n’ont qu’une seule foi
Qui portent leur prison en eux-mêmes

Je n’ai jamais été un disciple
Je ne suis pas devenu un maître
Je n’ai pas été aveugle
Je ne suis pas clairvoyant

ÊÊ 11

Le doute est le meilleur
Mais il y a doute et doute
Le doute affectif irraisonné
S’empare de toi
Il est trop tard

Ce qui est est
Ce qui n’est pas n’est pas
Ce qui est est tel qu’il est
Ce qui n’est pas ce qu’il est n’existe pas

Irriguer un champ
N’est pas aller contre les lois de la nature
Bien au contraire !
Sois nature et ordinaire

Impermanence incertitude de l’existence
Phobie une vraie phobie
Souffrance insatisfaction
Ton moi n’existe pas

ÊÊ 10

L’existence conditionnée
Vaut-elle mieux que l’existence
Qui ne l’est pas, conditionnée ?
Tu n’es pas immuable

Tu n’enseignes que deux choses
La souffrance et l’abolition de la souffrance
Cet enseignement vient du Bouddha
Tu n’es pas immuable

La vision juste est le début de ton sentier
Sentier étroit envahi par les mauvaises herbes
Sentier sinueux qui ne sait pas où il va
Tout comme toi

Les dures réalités sont vérifiables
Ne tombe pas dans la lassitude
Tu t’en fatigueras avant moi
Entre dans le courant

Rom 52

Le moulin ne sait pas pourquoi il tourne
L’eau le fait tourner
Et sans savoir pourquoi
Il tourne

Si j’exhale tant de gémissements
Qui vont parfois jusqu’à la vocifération
Alors que tout va bien apparemment
Sauf qu’il faut effacer la rouille de chaque vieux miroir

Les humains droits comme des cyprès
Dans le vent se courbent comme des luths
Pour ta lumière tout repousse
Tantôt droit tantôt courbe

Ta grâce parfaite
Repousse la guerre
En tant que simple soldat
je te salue

Rom 51

Monte-tu sur les terrasses du ciel ?
Plus tu montes plus l’horizon s’éclaircit
Le roc ne frappera pas à la tête
L’eau et le feu à la fin doivent s’unir

Bien des naïfs dans ton genre
Bouillonnent dans la bouilloire
Le hérisson rentre la tête
Et se met en boule

Il n’y a que deux chemins : la patience
Ou l’inconséquence
L’impatience te fait éructer
Et tout rater

Mon coeur te désire
A la suite du corps
Mon esprit ne te désire pas
Qu’en pense l’âme ?