Rom 50

La lumière qui se sépare
Devient ombre puis ténèbre
La tombe est étroite
Que vaut la matière ?

Perce-moi d’un flèche o épine !
Le champ est moissonné
Et maintenant il neige !
Je n’aime pas trop la couleur beige

Tu es la vie qui donne la vie
C’est bête Tu te contentes
D’être exilé
La fidélité c’est autre chose

T’es ballot tout de même
A moins que tu ne sois ensorcelé
Par qui ? Par quoi ?
Pour quoi faire ?

Rom 49

Voilà que le jardinier nous cherche querelle !
Verdure narcisses perles
Le message vient d’un autre monde
Viens sans ailes

Si tu le veux mène-moi à l’extase
Si tu le veux mène-moi à l’anéantissement
Tu m’attires
Sans me dire où tu me mènes

Tu transformes le dard en miel
Prends avec toi celle qui n’a rien
Pour le poison utilise l’antidote
L’impiété devient religion

Tu adores ton corps
Il est trop fort pour toi
Es-tu poison ou confort ?
Es-tu serpent ou poisson ?

Rom 48

Au printemps des amoureux
La prairie est fertile
Le ruisseau va au fleuve
Tout donne le sein

La rose s’enfuit vers la douceur
Elle oublie ses épines
Toi aussi tu sors de la boue
Pour la lumière des yeux

Tu pénètres le secret des êtres
Tu as été l’amie de l’épine
Tu te promènes dans les jardins
Là où s’élèvent les formes

Les roses du ciel
Ne veulent pas de la roseraie
Elles recherchent l’essence des choses
Comment brille la lumière ?

KGI 45

Le temps embrase le passé
Le présent embrasse ce qu’il n’est pas
Une maison divisée
N’est qu’une maison divisée

La terre s’accroche à la racine
Qui suce son sein
Frères votre langue est chétive
Quand elle n’est plus plaintive

Votre moi est petit quand il n’est pas grand
Peu importe quand on y pense
Vous n’êtes pas suffisamment denses
Pour éviter l’effondrement

Ton moi géant est un torrent
Ton petit moi est un ruisseau
Qui babille gentiment
Faisant des rêves de torrent

KGI 44

Le coeur matinal se rafraîchit
Dans la rosée des choses minuscules
La pensée est un oiseau de l’espace
Pris dans la cage des mots

Nous bavardons
Par crainte criante d’être seul
La pensée est assassinée
Par l’afflux continu de nos mots

Parfois nous libérons sans le savoir
Un excès de conscience
Peut-on formuler une vérité sans mots ?
Nous regardons un ruisseau sans parler

En nous le chanteur et le contemplatif
Résident dans le moment
De la première dispersion des étoiles
Nous faisons voile

KGI 43

Le corps nu de vos rêves est malade
Il ne se mange pas en salade
Il a des désirs foutraques
Il ne fait rien sans matraque

La malédiction humaine
Est de rester seuls dans l’un des labyrinthes
De la connaissance
Il nous manque souvent un peu de patience

L’amitié est votre pâtre
Votre table et votre âtre
L’amitié est souvent silencieuse
L’amitié écoute l’amitié

L’amitié approfondit l’esprit
L’amour sans amitié n’est qu’un filet
A attraper des choses vaines
Offrez à votre ami le meilleur de vous-même

KGI 42

Dans le jardin du temple
A l’ombre du château-fort
Des esclaves se croient libres
Et portent le joug

Ce que vous appelez liberté
Est la plus solide de vos chaînes
Les chaînes que j’aime
Sont en papier

La lumière qui s’attarde
Devient l’ombre d’une autre lumière
Votre raison et votre capacité de jugement
Affrontent vos désirs et vos passions

La raison ne dirige pas la passion jusqu’au bout
Elle vous contraint à ressusciter chaque jour
La passion vous assassine
La raison vous reconstitue

KGI 41

Le remords surgit la nuit
Il n’est pas fait que de regrets
Vous n’êtes pas les seuls à lire la loi
L’humain debout et l’humain à terre
Sont un seul humain

Partage-tu la nuit du gnome
Qui ne sait rien et désire tout ?
Le vieux serpent ne change plus de peau
Et trouve les jeunes impudiques

Le soleil est un fabricant d’ombres
Le vent un tourneur de girouettes
L’humain un amateur d’entourloupes
Et toi ? Qui es tu ?

Vous adorez votre liberté
Comme s’il s’agissait d’une tyrannie
Vous êtes à plat ventre
Devant des criminels

KGI 40

Nos racines sont entremêlées
Celles du bien et celles du mal
A toi de faire le tri
Rien ne se sépare
Tout se répare

Le corps reste innocent
L’esprit est malade
Il n’est pas assez spirituel
Il se fonde sur rien

Il y a trop de plaisir
A violer la loi
Vous édifiez des châteaux de sable
Que la mer détruit pour vous

Que pensez-vous de l’infirme
Qui haït les danseurs ?
Que pensez-vous du loup
Qui méprise les lapins ?

KGI 39

Notre esprit erre dans le vent
Le vide qui fait du bruit
Votre moi divin est un océan
Tu n’es pas divin souvent

Sais-tu qu’une part de toi
N’est pas encore humaine ?
Gnome informe
Tu marches endormi dans la brume

Nous sommes à la fois le chemin et les marcheurs
Les feuilles jaunissent à l’automne
Les méfaits vous salissent
Les arbres savent beaucoup de choses

L’humain injuste est responsable
Le juste encore plus
Il se peut que le coupable soit une victime
Nous sommes responsables de vos crimes