Lao 58

Le grand filet en l’absence de véritable voie
A de larges mailles qui ne laissent rien glisser
Le spectre de la véritable mort
Ne terrorise que ceux qui croient en lui

Le peuple craint la mort
Il se saisit de ceux qui la méritent
En violant la loi
Qui fauterait encore ?

Le tao est le grand exécuteur
On l’oublie trop
Il est inutile de tuer à sa place
On ne taille pas du bois
A la place du charpentier

Bien malin qui ne se fait pas de mal
Le dehors ne t’appartient jamais
Soigne ton intériorité
Sans appartenance

Sous un régime insupportable
Les châtiments n’ont pas d’effet
Le peuple est affamé
A cause des impôts

Lao 57

Quand le peuple ne craint plus le pouvoir
Un plus grand pouvoir survient
Ne t’immisce pas dans les foyers
Ne prélève pas d’impôts trop lourds

Lasse-toi de lasser le peuple
Il finirait par se lasser de toi
Le sage se connait sans parader
Il s’aime bien sans se porter trop haut
Il aime le dedans pas les dehors

Un brave qui est téméraire
Se fait tuer
Un brave qui est prudent
Survit

Il y a toujours deux façons de faire
L’une qui profite et l’autre qui nuit
Il y a bien des aversions et bien des versions
Le sage lui-même y achoppe

La voie vainc sans batailler
Répond sans parler
Vient sans qu’on l’appelle
Oeuvre sans forcer

Lao 56

Ce que je dis a une origine
Ce que je fais a une origine
Si la foule ne le sait pas
Comment me saurait-elle ?

Rares sont ceux qui me connaissent
Ceux qui me suivent ont-ils de la noblesse ?
Le sage est vêtu de rude
Il garde un jade en son sein

Le bien est de voir la connaissance
Comme l’ignorance
Voir l’ignorance comme la connaissance
Voilà le mal

On guérit d’un mal que l’on tient pour un mal
Un sage ne va jamais mal
C’est son mal qui va mal
Un sage va toujours bien

Lao 55

Le stratège a une maxime :
Ne prends jamais les devants
Laisse-toi attaquer
Recule un temps

N’hésite pas à avancer sans bouger
A céder sans montrer ta force
A capturer sans affronter
A brandir l’inexistence d’une arme

Ne sous-estime jamais ton adversaire
Si tu le sous-estimes attends-toi au pire
Dans le combat la victoire revient
A celui qui sait subir

Ce que je dis est facile à comprendre
Facile à pratiquer
Personne pour comprendre
Personne pour pratiquer

Lao 54

Ne sois pas pas courageux sans miséricorde
Ne sois pas généreux sans frugalité
Ne te prétends pas le premier
Sans te placer au dernier rang

D’aucune façon ne courtise la mort
Le rempart est victoire
Sois secourable envers le miséricordieux
Fais lui un abri de sa miséricorde

Un bon chef de guerre ne déploie pas son armée
Un bon guerrier n’a pas de colère
Eviter l’adversaire c’est le conquérir
On se soumet pour vaincre

La vérité est vertu
La vertu évite la rivalité
La vertu est bon usage des compétences
La vertu se marie au ciel

Lao 53

La voie est grande Elle ne ressemble à rien
Elle ne ressemble à rien parce qu’elle est grande
Si elle ressemblait à quelque chose
Elle ne ressemblerait à rien

J’ai trois trésors aux quels je tiens jalousement
La miséricorde, la pitié …
La frugalité, la modération …
La timidité, la modestie …

Je suis assez timide
Pour refuser de prendre
La tête du monde
Pourtant je suis miséricordieux

Miséricordieux je serais courageux
Frugal je suis pourtant généreux
Timide tout me réussit
Me voilà chef suprême

IB 93

Rien de plus beau sous le soleil
Que d’être sous le soleil
L’oiseau là-haut est beau
Il n’y a que toi qui dépare

Une robe bleue en cloche
Tu n’entres plus dedans
Le bleu est beau où paissent les paons
Le bleu est beau à l’horizon

Je peux admirer la poussière
Pour l’exemple celle qui pousse
Sous les temples en plein air
Elle me brûle jusqu’au sang

La nuit parade en compagnie
De ses copines les comètes
Je me plains des pertes inéluctables
Il y en a des tonnes

IB 92

Tes sourcils sont blancs désormais
Le fleuve regarde ses fonds
Qui renversera les dunes ?
L’eau est claire dans mes mains

Les feuilles couchées sont soufflées
Le vent apporte ses propres bois
Le fleuve aime les trous profonds
Les incendies sont muets

Plus beau que la lune et son clair obscur
Tu célèbres ton ordonnance nocturne
Faute de pouvoir à temps célébrer
Du soleil le message suprême

Le soleil se lève pour accomplir sa tâche
Le jour s’évapore
Tu affales la dernière voile
L’art prend le voile

IB 91

Pour une fleur étrangère
Mon ombre est une rose mal lunée
Par accord entre les ombres et les roses
Mon cadavre fouille les obsèques

Les voyages prennent fin
Tous sans exception
Il me manque le vent
Du château de cartes

Sur chaque carte
Il y a un dessin
Qui te montre
Dans tes différents atours

Tu te figures être seule au monde
Qu’est-ce que tu fous, bordel !
La partie est en train de se jouer
Tire la bonne carte, par pitié !

IB 90

Le fond se dérobe
Je n’ai pas de fonds de commerce
Les mosaïques n’ont pas de racine
Les grimaces des fresques font des frasques

Le soleil est un lion
Il laisse sa crinière flotter en accordéon
Les masques sont fous
Tout est doux prélude

Effluves de l’amour
L’ennemi a sa musique
Les ombres sont roses
Sous les roses

Sur une terre étrangère
Je ne reconnais que les roses
Qu couvrent un tapis
De leur moelle osseuse