IB 74

La nuit est velue
Elle a de grosses pattes
Par contre ses griffes
Sont stellaires

La vieille ourse est dans le ciel
Moi je n’y suis pas
Je n’y serai jamais
Je ne sais pas ce que je fais

Ayez peur ou n’ayez pas peur
Faites comme vous voulez
La réalité est ce que vous faites
Ce que vous fabriquez

La fabrication est votre dieu
Sommaire comme tous les dieux
Brisez-là
Je n’ai plus besoin de vous

IB 73

Voir le 28 / 9 / 2018

Les lacs sont profonds
Les libellules aussi
Le faux et le fou
Echangent leurs ailes

Le faux furieusement s’escrime
Vient la saison du cidre et des hirondelles
Les migrations sont noires
Les oiseaux volent au loin

Le feu fait rage dans le feuillage
Jusques à quand les ruches de nos villes
Seront-elles bleues ?
En fait elles ne sont pas bleues
Une main saisit la mienne

Nous sommes enfin entrés
Dans le labyrinthe
Je n’y comprends rien
Nous sommes dans le même bain

Lao 14

L’homme des temps anciens
Il est impossible de le décrire
Hésitant en hiver
Timide devant une femme

Circonspect en toutes saisons
Fondu comme un glaçon
Bloc virginal
Vide comme un val sans ruisseau

Plus mélangé qu’un étang bourbeux
Lumière et ombre
Il se mouvait sans bouger
Il bougeait sans se mouvoir

Inerte et animé
Comblé sans être un comble
Il n’est pas comble
Il ne décline pas avec l’usure des ans

Lao 13

Tu accueilles l’innommé
Il n’a pas de tête
Tu suis l’innommé
Il n’a pas de queue

Sans queue ni tête
Tel est l’innommé
Que tu ne prétends pas nommer
Maître des contingences

Tu dois savoir l’origine
Le principe Le noeud
De la voie
Le peux-tu seulement ?

Aux temps anciens
Il fut un homme
Qui gouvernait le temps
Sans perdre son temps

Lao 12

Tes yeux ne peuvent pas le voir
Le sans-forme
Tes oreilles ne peuvent pas l’entendre
Le sans-son

Tes mains ne peuvent le saisir
Le sans-corps
Tout est insondable
Pour se fondre dans l’unité

Il n’est pas lumière
Il n’est pas obscurité
Il bouge sans cesse
L’innommé

Dans le pays des sans-choses
Il est forme informe
Image sans corps
Illusion évanescente à jamais

Lao 11

Voir le 28 / 9 / 2018 : IB 72 Bientôt IB 73

Grâce et disgrâce sont
Des surprises de la vie
Tes tribulations
Sont ton propre corps

Si je n’ai plus de corps
Pas de tribulations
La tribulation
M’atteint et me transporte

Qui se donne au monde
Qu’on lui prête le monde
Qui cède à l’amour en se donnant au monde
Qu’on lui cède le monde

La tribulation est comme ton propre corps
L’amour n’est pas que convoitise
La disgrâce est inférieure
Tout est un tout
Qui invite à trier

Lao 10

Avant d’être utilisées
Les chambres sont vides
On perce porte et fenêtres
Le vide est l’habitat

L’être a des aptitudes
Que le non-être utilise
L’étant n’existe pas
Sans le non-étant

Les couleurs aveuglent
Les sons assourdissent
Les saveurs gâtent
La chasse étourdit

Les biens poussent à l’erreur
Les biens rares poussent au mal
Le sage s’occupe de son ventre
Et néglige le reste
Il privilégie l’interne

Lao 9

Veux-tu tout connaître
En cultivant la non-action ?
Elève et nourris les êtres
Sans les asservir

Travaille sans rien revendiquer
Sois souvent un guide
Jamais un maître
Au service de la vertu mystérieuse

Prends une roue de char
Ce n’est pas les rayons qui convergent
Qui font rouler le char
C’est le vide au milieu

Les vases sont façonnés
Avec de l’argile
C’est leur vide interne
Qui les rend utiles

Lao 8

Tu combats avec un glaive
Que tu aiguises
Sa lame s’use
Il ne défendra plus le jade et l’or

Personne pour défendre l’entrée de la demeure
Celui qui est avide de richesses et d’honneurs
S’expose à des ennuis divers
Besogne faite disparais

Peux-tu embrasser l’un ?
Peux-tu unir ton âme
Et l’un en une union indissoluble ?
Peux-tu te concentrer ?

Peux-tu t’assouplir comme un bébé ?
Peux-tu purifier ta vision ?
Peux-tu chérir le peuple sans subtilité ?
Peux-tu t’ouvrir et te fermer comme un homme
Ou comme une femme ?

Lao 7

L’humain de bien ressemble à l’eau
Bénéfique à tout rivale de rien
L’eau aime les bas-fonds
Que tous négligent

L’eau ouvre la voie
Elle borde les bons terrains
Elle choisit la profondeur
La bienveillance

Elle choisit la vérité même en politique
Elle choisit l’efficacité et l’opportunité
Elle est toujours elle-même
Et toujours différente

L’eau se vide et se remplit sans cesse
Ne rivalise pas
Tu seras irréprochable
Tu peux t’arrêter