If 6

J’embrasse tes menottes
Mon enfant
L’oiseau a chanté ce matin
Pour ton réveil

Hommage à toi mère de mon enfant
J’étais mort de corps non de coeur
Encore moins d’esprit
Heureusement j’ai vu d’autres planètes
Mais je ne suis toujours pas un ange

Dans ce monde pénible
L’humain est étrange
Qui creuse sa tombe
Qui tue l’humain
Pour être un héros

On n’est pas un ange parce qu’on prie
On n’est pas un singe parce qu’on imite
J’ai deux têtes l’une pour le bas
L’autre pour le haut

Le lait me nourrit encore
Je me repose souvent
Jamais je ne suis à l’abri du vent
Les jours s’envolent

If 5

La vie est demande et réponse
Trop d’entre nous sont esclaves
De la misère et de la mort
Nous avons conquis des démons
Qui sont partis en étincelles

Une fièvre écarlate
Telle une fièvre pourpre
Comme un crayon aveugle
Redessine nos traits

L’oiseau souriant
Menace de son arc électrique
Les fleurs des astres
Impuissants sur leurs orbites

Nous nous tenons par la main
Nous les piégés du destin
L’hiver nous a offert la faim
Le printemps un brin d’herbe

Big 21

Une femelle pélican
Avaient trois enfants du même âge
A qui elle apportait fidèlement à manger
Mais la sécheresse s’était abattue sur la région
La maman pélican ne trouvait plus rien
Pour ses enfants qui s’égosillaient
Elle finit par s’enlever de la chair
Du dessous de ses ailes
Les petits pélicans la goûtèrent
Et la refusèrent dans leur langage :
« Non, ça a trop le goût de notre mère »
Heureusement la pluie tomba
La vie reprit l’incident fut oublié

Big 20

Une mère n’avait qu’un fils
Il mourut dans un accident
Ele se tordit de douleur
Elle sanglota toutes les larmes de son corps
Son frère cadet la prit dans ses bras
Elle restait inconsolable elle sanglotait toujours
Il finit par dire : « Je peux te ramener ton fils mon neveu
A condition que tu me rapportes du feu
Provenant d’un foyer qui n’a pas connu la mort »
La mère rassembla ses dernières forces
Elle courut de foyer en foyer
Ils avaient tous connu la mort
Elle finit par se résigner :
« La mort fait partie de notre destin  »

If 4

Les courtiers nocturnes
Les embûches du désert
Ne connaissent que la guerre
Je suis fait de papier

Le papier est l’enclume
Je frappe ma poésie
Elle doit tout aux autres
Comme tout un chacun

Le coeur malade les pieds nus
De qui étais-je l’ancêtre ?
De cet amant solitaire
A l’ombre prolifique ?

Je ne me souviens pas de mon enfance
La conscience d’antan est une cicatrice
Je mourrai sans murmure
J’oublie déjà l’amertume

If 3

Je suis une femme
Les temps ont changé
Nuit d’amour profond
Et de douceur humaine

Tu reviens sur le mont
Les temps ont changé
je suis issue du néant nue
Les hommes éclairent ma vie

Les humains cherchent à comprendre
S’en donnent-ils les moyens ?
Sur un figuier un figue regarde les autres figues
Elles mûrissent ensemble

La patience travaille le profond
La montagne sévère a une grâce mutine
La guerre énonce la pauvreté
La paix la dénonce

If 2

Ton regard aujourd’hui
Est étrangement désert
Longtemps il s’est fermé
Au soleil et aux fleurs

Ses doigts serrent son coeur
Cris perdus dans la nuit
L’ange se déchire
Prisonnier grelottant

La chair réclame sa violence
L’amande est mise à l’amende
De gorge en gorge
Le vin se partage

Plus les tempêtes
Que le calme plat
L’amour est profond et doux
Descend de cheval
Douleur obscure

If 1*

Mes yeux ne peuvent saisir le sommeil
Mes paupières s’arrêtent de battre
Pour cueillir un brin d’herbe
Le vent bavarde
Les yeux envoient des rayons

On creuse des puits pour planter des herbes
Certains enfants rêvent qu’ils dorment sur une étoile
La main s’offre à l’air sans pudeur
Nos mains sont incommensurables

Nous écoutons les flammes
Même les noires
Nous fuyons le fardeau de la mémoire
Je m’enterre dans ma souffrance

Seul le miroir est fidèle
Pourtant il est vieux
Je l’ai toujours connu
Mais un miroir n’a pas d’âge *

* L’ouvrage de référence : Ridha Zili, « Ifrikya ma pensée », P-J Oswald éditeur, 1967

Big 19

Un roi s’éprit d’une jeune fille
Encore enfant
Il craignit qu’elle le trompât en esprit
Il obtint d’une grue qu’elle transportât la fille
En haut de la plus haute tour
L’oiseau donnait de ses nouvelles chaque jour
Selon la grue la jeune fille était devenue magnifique
Le roi songeait sérieusement à l’épouser
Au bas de la tour coulait un torrent
Si violent qu’il était impropre à la navigation
Eclata un orage atroce
Un jeune homme s’accrocha à un arbre déraciné
Qui se bloqua par le travers contre la tour
La prisonnière qui pensait à s’enfuir
Avait préparé une corde avec ses vêtements
Elle la lança au naufragé
Il était beau elle était belle
Elle était jeune Il était jeune
Ils se reconnurent et s’aimèrent
Ils s’enfuirent le lendemain matin
Avant le retour de la grue
Le roi en définitive fut content
Il est bon de respecter la nature

Big 18

Une jeune femme était riche
Par héritage
Elle dépensait gaspillait dilapidait
Par principe
Mais un jour on lui annonça qu’elle était ruinée
Les créanciers lui prirent jusqu’au moindre objet
Elle dut s’enfuir
Elle se cacha à la porte de son ancien palais
Enveloppée dans un manteau de pauvresse
Ses anciens débiteurs lui faisaient l’aumône
Sans la reconnaître
Elle était désespérée
Elle perdait son temps à marmonner
Elle saisit un rat mort depuis peu
Mendia du sel et des épices
Fit bouillir le rat et le vendit pour du lapin
Elle gagna deux pièces
Elle récidiva et gagna quatre pièces
Et ainsi de suite
Des années plus tard
Elle était riche mais avare
Elle refusa son ancien palais
Trop cher à entretenir
Et qui ne lui rappelait pas
Que de bons souvenirs