PCE 35

Libre je flâne dans le jour de lumière
Je n’ai pas attendu en vain l’avaleur de brumes
L’essentiel c’est le froid quand il est là
Le désoeuvrement est lent et long parmi les nuées blanches
Le tigre rugit :  » Oui j’ai dû quitter les êtres humains ! »
J’ai un caillou dans ma chaussure
Les oiseaux délibèrent
Les nues et les monts s’enchevêtrent
Je suis quoi là-dedans ?
J’ai jadis admiré et j’admire encore
Que l’absence de pensée ressemble tant à la pensée

PCE 34

Les mousses sont glissantes qu’il bruine ou pas
Pour murmurer les pins n’ont pas besoin du vent
Il est drôle le chemin d’aujourd’hui
Plus que celui d’hier en tout cas
Les rochers alentour s’entassent pêle-mêle
Je perds ma route
Mon corps demande à mon ombre : « Que suis-tu ? »
L’ombre répond en écho : « Qui suis-je ? »
Plaisanteries et falbalas
Pleure la rosée

PCE 33

Un oiseau m’a apprivoisé Nous chantons ensemble
Le ravin est rempli d’herbes magiques
En hauteur les sapins posent la tête
Vous pouvez me voir là que rien n’importune
Mon coeur est lune d’automne
Il n’est rien à quoi je puisse le comparer
Le vrai chemin n’a pas de fin
Les ravins débordent d’éboulis
Les sentiers se noient dans la verdure
Veux-tu t’asseoir avec moi sur les nuages blancs ?

PCE 32

Devant moi le torrent pris dans la montagne
Dans la plaine il devient une rivière
Tu es nue seule dans mon coeur
Assise sur un grand rocher plat
Pourquoi courir après les brumes du monde ?
La nouvelle est bonne du moins selon moi
J’ai élu domicile au coeur de la montagne
De la montagne noire
Aucun humain ne suit les pérégrinations des oiseaux
Un nom vide est inutile

PCE 31

Nous donnons des noms à ce qui n’a pas de nom
Mon bonheur c’est la voie
La voie de la vie quotidienne
Dans les rochers et le mont brumeux
Emotions sauvages liberté sans frein
Je paresse avec mes seuls amis les nuages
La route que je suis La route que je sais
Ne mène pas au monde à la ronde
Je m’allonge sur mon divan de pierre
La lune ronde monte monte jusqu’au ciel

PCE 30

Que suis-je ? Tu es moi Que suis-tu ?
Idiot ce jeu de mots
Les têtes vides parfois sont bien faites
Qui cherche un endroit pour se reposer
Est ici le bienvenu
Une brise souffle bénéfique par sa douceur
Qui n’est pas faiblesse
Un homme aux cheveux gris lit
Depuis dix ans il n’est pas rentré chez lui
Il a oublié par où il est venu
N’est pas fou qui croit être fou

PCE 29

Je constate l’ambiguïté des choses
Je ne la célèbre pas
J’ai été longtemps esclave du travail du boulot
Mon exil est une aubaine
Dans la montagne je suis libre je me sens libre
Je vis libre avec les terriens les hommes de la terre
A l’aube ma bêche bouleverse la rosée
Je vais et je viens là où nul ne me connait
J’ai une voix forte ma chanson monte au ciel
Le ciel vidé de ses oiseaux mais pas de ses nuages

PCE 28

Ma bicoque n’est pas un ermitage
Elle m’attend dans les monts du midi
Je n’ai pas de génie l’autorité me rejette
Mille maux ont fait mourir les vieux amis
Ils sont vivants mais je ne les vois plus
Les cheveux blancs annoncent trop tôt mon âge
Je suis pris d’un éternel chagrin
L’exubérance du monde est un spectacle sublime
Le jeu des fleurs embaume la saison
Je vis libre parmi les hommes libres les hommes de la terre
Le hasard fait parfois bien les choses

PCE 27

J’ai semé des petits pois très verts
L’herbe foisonne les petits pois résistent
Ma houe sur l’épaule je reviens avec la lune
J’ai débroussaillé je m’en fiche d’être mouillé

Nous grimpons la butte à travers les broussailles
Nous jouons parmi les tertres funéraires
Un ramasseur de petit bois déclare :
« Nul ne revient de la mort…
Le pays a le temps de changer… »
Un humain est un fantôme magique
Il retourne toujours au néant
Je reviens canne au poing seul désenchanté
Il fait sombre Vite ! le feu de sarments
Ma joie maudit les soirées si courtes
Le jour déjà se lève

PCE 26

Je n’invite aucun chaos
Je vis à loisir dans une chambre vide
Longtemps je suis resté comme en cage
je suis de retour amie
Je retourne à la nature la libre nature
Autrui ne devrait pas s’absenter il le fait pourtant
Le vide fuit la poussière
Notre silence se rompt et nous parlons un peu de tout
Jour après jour notre terre grandit
Cependant je crains une catastrophe
Dont je n’ai pas idée