Ry 78

Dans le pré automnal
La rosée s’est déposée
Sur chaque brin d’herbe
Est-elle faite des larmes des insectes
Qui toute la nuit ont crié ?

Le vent d’automne
Devient de plus en plus froid
Sur la pampa
Que dis-je là ?
Je suis saisi par la folie de la rime
Mais il est vrai que les crissements des criquets
S’affaiblissent sans cesse

Peu à peu en automne
Les nuits deviennent froides
Le jour devant la porte
Je raccommode mes guenilles
Au cri des insectes
Je me demande parfois
Pourquoi ce cri ?

L’automne s’approfondit
Ma solitude augmente
Il est temps de fermer porte et fenêtre
Dans mon ermitage au toit de chaume
Au toit de nuit

A la nuit à la brume tombantes
Du haut du mont
Tombe le brame du cerf
Je suis encore éveillé
La tristesse envahit le paysage

Ry 77

Attends tendrement la lumière
Du clair de lune
Elle éclipse le soleil
Tu as le temps de rentrer
Le sentier de la montagne
Est jonché de châtaignes
Je suis marron dit-on

La rosée est tombée
Ou plutôt s’est déposée
Doucement
Le sentier de la montagne doit être froid
Un dernier verre de rhum
Un petit verre
Avant de rentrer peut-être ?

Ce soir nous sommes ensemble
Nous allons bien ensemble
Demain nous serons séparés
Par un sentier de montagne
Je serai à nouveau seul
A me prélasser dans ma hutte
Ma chère hutte pour les intimes
Ma vieille hutte pour tout le monde

Ry 76

Toi noble moine
Tu mendies ta nourriture en chemin
Tu débouches soudain
Sur un jardin de lespédèzes
En pleine floraison

Des lespédèzes et des fétuques
Dans l’automne fécond
Sur cette colline ta main les a cueillies
Tu en fais l’offrande aux bouddhas des trois mondes
Tu fais offrande sincère et vraie

Reviens dans ma hutte de branchages
Si tu ne rechignes pas
Au milieu des plumets
Imbibés de rosée
A te frayer un chemin
Les plumets ne sont pas des plumeaux
Ils concernent seulement les oiseaux

Ry 75

J’ai hâte
Je suis impatient de l’entendre dès ce soir
Je l’aime vociférant
Car il vocifère à volonté
Le criquet pourtant plus voyageur
Que chanteur

Je ressens de la tristesse
De la tristesse sans raison
Devant le portail insensible
Cette année des épis de riz
S’effacent sous le vent de ce début d’automne

Dans le vent d’automne
Sur le sentier d’automne
Dans la montagne se balancent
Des plumets oui des plumets d’oiseaux
Je les contemple je trébuche
Je suis à la maison

Ry 74

L’été ici est luxuriant
Je ne sais pas pourquoi à ce point là
J’admire un bosquet de bambous
Il est là juste là en face de l’ermitage
Il abrite une foule qui piaille
Je l’admire mille fois
Sans jamais me lasser

Voilà chère amie
Pour toi j’ai cueilli pendant l’éclaircie
Dans le champ d’à côté
Entre deux averses
Entre les gouttes de pluie
Ces beaux céleris
Excuse-les d’être sauvages

Je l’attendais
Je ne sais pourquoi je l’attendais
L’automne semble-t-il est arrivé
Beaucoup trop tôt je ne suis pas le seul à le penser
Il est là ce soir
Dans chaque touffe d’herbes
Un insecte piaille

Ry 73 Mon coeur

Mon coeur s’apparente aux nuages flottants
Qui jamais ne s’établissent
Jamais ne se reposent
Les journées s’évertuent à passer

Un bananier pousse sous l’auvent
De ma cabane
Sur ses feuilles déjà grandes
La lune se réfléchit
Elle réfléchit en dépit de son âge avancé
Dans la nuit elle-même bien avancée

Personne ne viendra
Personne ne me rendra visite
Dans mon ermitage isolé
Surtout il est enseveli
Sous la végétation sauvage
Moi-même j’e n’ose plus y pénétrer
Je ne suis pas luxuriant
Je prends mon courage à deux mains
Je tutoie le bananier
Il a défoncé le toit

Ry 72

Je ne veux pas passer ma vie en hiver
Ne me prenez pas pour un oiseau
Surtout ne lancez pas de cailloux
Surtout si je viens manger
Dans votre jardin aux pommes sauvages

Lorsque je n’ai pas eu assez à manger
Dans mon monde de charité bien organisée
Au fond de mon bol
Mon bol à riz
Apparait un reflet
J’ai vérifié
C’est bel et bien le mien
Il est moche il est revêche
C’est bel et bien moi

Les oies sauvages et les canards
Sont partis je ne sais où
J’aurais bien voulu voler avec eux
Mon pâté de soja n’a pas d’ailes
J’en suis fort aise

Ry 71

Ohé petit coucou
Ton chant n’est pas triste
Il est nostalgique
Je ne suis pas à ton image
Je n’ai délogé personne
La journée se passe
Sur ce versant de montagne

Je n’ai rien de spécial à offrir
Je n’ai rien de spécial à vous offrir
Vous qui prétendez me connaître
Juste une fleur de lotus
Dans un petit vase « arts déco »
A contempler longuement
Il n’a l’air de rien
Et pourtant !

Mes paroles ne sauraient atteindre les disciples
Les disciples de n’importe quel enseignement
Mon sermon mon message
Secret même quand je le rends public
Mon seul sermon vous est porté
Par les hortensias proches du rivage

Ry 70

Chaque fois que j’y vais
Que j’y viens
Je suis pris au piège
Je contemple sans discontinuer
Solitaire au dessus de tout
Le grand pin droit

Quand la forêt est dépareillée
Déplumée
On ne voit plus que les pins
En été tout va mieux
Franchissant la montagne
Soudain je vois un coucou s’élançant
En battant des ailes
Qui font un bruit sourd
En chantant d’une voix sourde
Au sommet des arbres

Poules d’eau et canards
Changent la couleur des ailes
Sur la montagne verte
Un brave coucou sans couleur
S’attarde au sommet d’un arbre
Il est monotone
Il chante mal peut-être
Mais il chante

Ry 69

Dans un champ d’herbes vertes et de fleurs jaunes
Les grenouilles coassent
Je cueille une fleur au hasard
Je ne sais même pas sa couleur
Je la laisse flotter sur mon thé
Cela me remplit de joie

La pluie de printemps tombe ce soir
Dans la petite rizière de montagne
Les grenouilles s’en donnent à coeur joie
Le chant des grenouilles est
L’un des plus réjouissants qui soient

Au village se donne le tintamarre
Le grand tintamarre des flûtes et des tambours
Au dessus de la rizière inondée
Dans la profondeur de la montagne
On n’évite pas le bruissement des pins