RG 136

J’ai deux anneaux l’un d’or l’autre d’argent
Je préfère l’anneau d’argent
Parce que c’est toi qui me l’a donné
En son cercle étroit nos promesses sont encloses
Nos souvenirs obstinés
L’anneau me consolait en mes heures moroses
On mit un ruban autour des fleurs écloses
Il tient encore le bouquet qui est fané
Lorsque viendra le temps de l’oubli
Tu dormiras dans le cercueil blanc
Que tu as choisi capitonné de satin blanc
Lorsque tu dormiras très pâle sur les roses sans épines
Je veux que l’anneau brille encore à ton doigt décharné
L’anneau d’argent que tu m’avais donné

RG 135

Vous m’apporterez des fleurs
Pas de gerbe riche à l’important feuillage !
Mais un bouquet champêtre
Imprégné d’un chant de fauvette
Peut-être cueilli dans un buisson chantant
J’ai connu aussi un bouquet d’aubépine
Et un autre de jacinthe blême
Le parfum vous fait vous retourner
Ces bouquets vous les cueilliez vous-même
Vois les portiez vous-même en pâlissant
Je voudrais maintenant le bouquet le plus étrange
Et le plus beau
Ses fleurs se sont perdues sur le chemin
Pétale après pétale
Ta main est tremblante pour porter ce bouquet
Par bonheur le cimetière n’est pas loin

TT 171

Exaltez les clameurs
Les peuples pacifiques
L’eau pure qui coule des cercles éternels
Il en a parlé les choses sont irréfléchies
Les abîmes noirs recèlent les serpents qui ont peur du noir
La glace comme le feu la neige comme la grêle
Ne soyez pas innocents
Ne soyez pas juges de l’innocence
Soyons unis le jeune athlète comme les cheveux blancs
Tout beau nom est triomphal
Ayons le coeur sage

Nos douleurs plaintives sont consolées
La joie remplit notre bouche comblée
Le vide aide bien ainsi que le vin
Seule notre langue est alourdie par l’exaltation
Nous sommes pour certains une proie vagabonde
Soyons comme le vent du sud qui pousse le torrent
Il convient de moissonner ceux qui sèment en peine

Nous suspendons nos guitares
Les saules des eaux ont des fruits pernicieux
Il n’y a pas de terre étrangère
Si jamais je t’oubliais que ma langue sèche au fond de mon gosier !
Notre belle ville vaut un jour de bonheur
Certains pourtant prétendent qu’elle croule et retourne au néant
Ils voudraient tout raser jusqu’aux racines mortes
Attention ! La malédiction voudrait écraser les enfants sur la pierre

TT 170

Maître de notre vie
Toute la terre connait ton nom
Ta raison est valable pour les enfants
L’ennemi et le vengeur disparaissent
Qu’est l’homme pour qu’il soit un souvenir ?
il est si petit face à la céleste armée
Il a sous ses pieds les plantes de la terre
Pour lui ont été créés les oiseaux des vents
Les poissons des mers
Tout ce qui marche et vit
Toute la terre vit

Ecoutez ma pauvre misère
Ma vie s’évanouit comme la fumée
Mon coeur est de la paille
Mon coeur manque de pain
Je pense au pélican solitaire au nocturne corbeau
Je bois du vin mélangé de mes larmes
Je gis à la renverse
Nos jours et nos ombres passent
J’ai mangé mon pain avec la cendre
Les nations ont peur
Terre et ciel périront
Mais pas toi mon amour

TT 169 Apollinaire

Le cerf soupire pour l’eau de la fontaine
Mon âme te désire
Mon coeur a soif et veut boire son dieu vivant
Que voient nos prunelles humaines ?
Jour et nuit j’ai mangé le pain de la douleur
J’ai fermé mon coeur
Je foule le pavé
J’entre dans la maison
Ta maison
Pourquoi te troubles-tu petite âme inquiète ?
Tu es tellement pleine d’espoir
L’abîme invoque l’abîme
Tes flots rejaillissent sur la rive en fracas
Tes flots m’ont submergé
Le jour dit ta pitié et ton éclat
Pourquoi dois-je marcher vagabond et morose ?
Pourquoi mon ennemi a-t-il pu m’accabler ?
Mes os sont brisés et mes ennemis s’entêtent
Mon âme s’inquiète
Où es-tu ?
Tu es l’aide parfaite de mon regard

RG 134

Il m’arrive de dormir l’après-midi dans une prairie absente
Où la vie n’est plus guère qu’un souci
Et une petite croix
N’est-ce pas que vous viendrez visiter
La dernière demeure de mon coeur fleuri ?
D’où vient la chanson infime et infinie
Le chant infirme qui n’a jamais grandi ?
Nous sommes seuls avec nos émois
Tu viens silencieuse pour attendre ma voix
Je ne réponds pas car je suis endormi
Tu reprendras tes sentiers pas à pas
Qui ne ressemblent plus à nos chemins ici-bas
Lorsque vous serez près de franchir la porte
Vous vous retournerez n’est-ce-pas ?
Avant d’apporter votre coeur au monde des vivants
Pensez ne serait-ce qu’un instant
A la maison des morts

RG 133

Je connais un pas qui marche en aimant
Pour lui la route se déroule
La brebis broute l’agneau dort
L’air gonfle la voile
La pluie va au sol
L’arbre est fait pour les oiseaux
Une étoile s’admire dans un ruisseau
Un ciel aux multiples couleurs
Est un voile au dessus de nos têtes
La chaumière s’appuie sur l’horizon
La lumière entre en dansant dans ma maison
Faites quand je serai guéri
Et que je referai mes tours
La chambre le jardin
La prairie mon amour
Que les choses soient juste là
Où le rêve les mit
Le bourdon au coeur de la rose
Mon nom au coeur de l’ami !

RG 132

Les soupirs sont gros
Amour et tendresse
La tendresse n’est pas l’amour
Le roi amour
La tendresse est une servante
Une servante aimante
Toi ma merveilleuse compagne
Des jours de joie et de tristesse
Je te demande pardon
Les femmes insensées
Ont sans cesse l’esprit en émoi
Et moi et moi et moi
Pardon pour les pensées
Qui ne s’envolent pas vers toi
les femmes sont frivoles
Parole de femme
Elles parlent elle parlent
Sans savoir pourquoi
Pardon pour toutes mes paroles
Qui ne te parlent pas
Les femmes sont nées
Pour aimer ici bas
Pardon pour toutes les années
Où je ne te connaissais pas

TT 168

L’âme est immortelle
Parcelle du divin
Infime et incontestée
Toute entière et une en tous lieux
Entière à l’univers mêlée
Elle meut la voûte des cieux
Gardienne de l’univers
Ses aspects sont multiples
Partout elle est présente
Elle est ici le moteur des étoiles
Elle est là la maîtresse des anges
Ici elle a pris forme terrestre
Sous des chaînes pesantes
Elle a bu éloignée de ses créateurs
L’oubli de la tristesse
Dans sa folie et dans ses soucis
Elle aime la terre sans grâces
Et ne voit que ce qui se passe
Pourtant dans ses yeux obscurcis
Traîne encore la lumière
Pourtant pour ceux qui sont ici
Une force encore les entraîne
Quand ils ont échappé aux vagues
De la vie à ses soucis
Par le bon chemin
Au palais divin

Dieu danse on peut danser en Dieu
Abandonne-tout
Monte au ciel
Tu as quitté ce qui t’était si cher
La terre qui est terre
Maintenant tu es aux cieux
Bientôt le père se mêle à toi
Tu te mêles au père
Et dieu tu danses en Dieu
Dieu danse en toi

TT 167 Synésios

Un contemporain d’Hypatie longtemps à demi-chrétien :

Quand l’aube parait
Quand le jour grandit…
Quand vient la nuit claire
Je te chante guérisseur des coeurs et des corps
Donneur de sagesse et remède au mal…
Je te chante joie
Et d’abord par ma voix
Ensuite par mon silence
Je te chante o joie
Car tu sais entendre
Autant que ma voix
La voix du silence

Voici l’aurore et la lumière
Voici donc le jour revenu…
Au dessus du huitième des cercles
Qui enserrent la terre
Là vont les constellations
Une sphère veuve d’étoiles
Agite en son sein des astres qui s’opposent
Tourne autour de l’Esprit suprême
Dont les ailes si blanches
Sont déployées jusqu’aux bords du monde
Au delà l’auguste silence
Cache à jamais toute essence
Qui serait indivisible et séparée
Intelligible et raisonnante