Ni mes peurs ni l’âme prophétique
Du vaste monde rêvant des choses à venir
Ne peuvent contrôler l’irruption de mon véritable amour,
Supposé condamné à une malédiction mesquine.
La mortelle lune a enduré son éclipse,
Et les tristes augures moquent leur propre prédiction ;
Les incertitudes maintenant se couronnent elles-mêmes rassurées,
Et la paix proclame les olives de l’âge sans fin.
Maintenant avec les gouttes de ce temps bien embaumé
Mon amour semble rafraîchi et la mort me donne raison,
Puisqu’en dépit de lui je vivrai sur ce pauvre rythme
Pendant qu’il insulte les tribus ennuyeuses et sans discours ;
Et toi, dans tout ceci, trouveras ton monument
Quand les cimiers des tyrans et les tombes de bronze auront passé.
WS 106 **
Des âges perdus je relis les chroniques
J’y vois des êtres magnifiques
La beauté embellir ce qui déjà est beau
L’antique célébrer les dames et les messieurs
Je vois en ce blason
Des mains des pieds des yeux des lèvres des sourcils
Tu détiens cette beauté embellie
Une antique plume les a déjà décrits
POUR CHANTER TON MÉRITE ils manquaient de génie
Car leurs yeux ne faisaient que deviner
En ce jour nous avons des yeux pour admirer
Mais, las !, la voix nous manque de l’admiration
WS 106 ter
Quand dans la chronique
Je vois un mot inconnu ( « wight » ),
Mais aussi la beauté
De vieilles rimes
Belles dames et nobles chevaliers,
Gente beauté de votre visage
Vive l’antique !
Cette beauté vous la maîtrisez maintenant
Vos compliments ne sont que prophéties
Ils vous préfigurent totalement
Regarder avec les seuls yeux de la divination
Je n’ai pas de talent pour aujourd’hui
Nous pouvons contempler
Nous ne pouvons pas parler
WS 106 bis
Contemplons les jours présents
Nous qui avons des yeux pour nous émerveiller
Mais qui manquons des langues pour chanter des louanges
Nous qui dans la chronique des temps dévastés
Voyons de justes descriptions
Et des rimes enrichies
Qui célèbrent de gentes dames et de charmants chevaliers
Puis sur le blason du meilleur de la beauté
De la main, du pied, de la lèvre, de l’oeil, du sourcil,
Je vois qu’une plume antique aurait exprimé,
Une aussi grande beauté que celle que vous maitrisez.
Ainsi ils ne proclament que des prophéties
De notre temps qui toutes vous préfigurent,
Et ils ne regardaient qu’avec la divination,
Ne pouvant faire mieux que vous deviner.
WS 106
Quand dans la chronique du temps dévasté
Je vois la description des plus justes puissances,
Et la beauté embellir de vieilles rimes
Qui célèbrent des dames mortes et de galants chevaliers;
Ainsi sur le blason du meilleur de la gente beauté,
Main, pied, lèvre, oeil, sourcil,
je vois ce que leur plume antique aurait exprimé,
Une telle beauté que celle que vous maîtrisez maintenant.
Ainsi toutes leur louanges ne sont que prophéties
De ce temps à nous, vous préfigurant totalement,
Et ils ne regardaient qu’avec les yeux de la divination,
N’ayant pas assez de talent pour chanter votre valeur ;
Pour nous qui maintenant contemplons les jours présents
Nous avons des yeux pour nous émerveiller, mais nous manquons des langues pour chanter les louanges.
WS 105 **
Epargnez mon amour de l’idolâtrie
Mon bien-aimé n’est pas une idole
Vers lui pour lui toujours le même
Immuables mes chants et mes louanges s’envolent
Mon amour est adorable aujourd’hui comme demain
Je suis constant dans mon admirable excellence
Donc mes vers sont réduits à la constance
N’ayant qu’un sujet ignorent la différence
Toute mon argumentation se réduit au culte du beau, du bon et du vrai
Le beau le bon le vrai sont miens je ne les abandonnerai jamais
J’épuise mon talent à les varier
Trois thèmes en un seul m’ouvrent un champ immense
Le beau le bon le vrai souvent seuls ont vécu
En un seul on ne les avait jamais vus
WS 105 ter
Le juste le bon et le vrai sont un
Pour le moment ce un issu d’un n’a pas de nom
Ce qui fait qu’on ne le voit pas
Chants et louanges à l’un valent autant
Que mon amour d’aujourd’hui et de demain
Excellent à sa merveilleuse manière
Mes vers confinés
Ignorent la merveilleuse différence le droit à la différence
Le juste le bon et le vrai renvoient l’un à l’autre
De l’un à l’un de l’un à l’autre de l’autre à l’autre
La nuance est nécessaire
Mon imagination est dépassée
Le juste le bon et le vrai vivent en solitaires
Jusqu’à présent trois ne font pas un
WS 105 bis
Le juste le bon et le vrai sont trop souvent solitaires
On les voit rarement tous les trois en un seul
Ne permettez surtout pas qu’on parle d’idolâtrie
A propos de mon amour et de mon bien-aimé
Certes adressés à l’un, issu de l’un, chants et louanges
Sont aussi sympathiques que mon amour d’aujourd’hui et de demain
Toujours constant dans sa merveilleuse excellence
Mes vers confinés dans la constance
N’expriment qu’une seule chose à la fois, abandonnent la différence.
Le juste le bon et le vrai ne sont pas solitaires
Bien au contraire ils sont solidaires
Et se nuancent grâce à d’autres mots
Tels qu’effort et raison
Mon invention est dépassée Tout se dépasse
Trois thèmes en un
Voilà bien le champ immense
WS 105
Ne permettez pas que mon amour soit nommé idolâtrie
Ni que mon bien-aimé paraisse une idole,
Puisque semblables comme le sont mes chants et mes louanges
Adressés à un, issu d’un, encore tels et toujours tels.
Sympathique est mon amour aujourd’hui, il le sera demain,
Toujours constant dans sa merveilleuse excellence.
Par conséquent mes vers, confinés dans la constance,
Exprimant une chose, abandonnent la différence.
« Le juste, le bon et le vrai », voilà toute mon argumentation,
« Le juste, le bon et le vrai », nuancés avec d’autres mots,
Et dans ce changement mon invention se dépense,
Trois thèmes en un, ce qui offre un champ immense.
Juste, bon et vrai ont souvent vécu solitaires
On ne les avait jamais vus tous trois réunis en un seul.
WS 104 **
Pour moi tu ne seras jamais un vieillard mon bon ami
Car ta beauté est telle que la première fois
Quand nos regards se croisèrent ; trois froids hivers ensuite
L’orgueil de trois étés fut arraché aux forêts ;
Dans le cours des saisons trois beaux printemps
Jaunirent à l’automne ; trois jolis mois de juin
Brûlèrent les parfums de trois avrils ; pourtant
Je te vois vert ainsi que dans ta première fraicheur.
Cependant la beauté comme aiguille au cadran
S’écarte du visage d’imperceptible façon
Ainsi ton joli teint pourrait trompant mes yeux
Changer d’un mouvement auquel je suis insensible
Je crains le temps à naître sachant que l’été
Avant votre naissance aura péri