WS 79 **

j’invoquais seul ton aide
Le secours de ta douce beauté
Ma muse malade cède la place
Mes chants gracieux s’épuisent
Doux ami, ton thème précieux
A besoin d’un meilleur cerveau
Ton poète invente sur toi
Il te prend et te donne
Il te vole et te paie
Il te prête vertu
Qu’il doit à ton comportement
Sur tes joues il trouve
La beauté qu’il te donne
Il ne peut priser ton mérite
Sans qu’il ne soit déjà là
Ne lui rends pas grâce
De ce qu’il a déjà dit
Toi seul efface sa dette envers toi

WS 79 ter

Tant que j’étais seul
Mes vers étaient solitaires
Maintenant ils s’enfuient
Devant ma muse malade
Je t’accorde
Que tu mérites du travail
Ton poète t’invente
Il te vole et il te paie
Il te prête
Il t’emprunte ta conduite
Ta beauté il la trouve sur ta joue
Il ne prise en toi
Que ce qui ne lui appartient pas
Ne le remercie pas
Il n’a que ce que tu as

Ws 79 bis

Ce qu’il dit ne vaut
Que parce que tu le paies
J’étais seul à rechercher ton aide
Mes vers seuls avaient ta grâce
Mes nombres ont décliné
Ma muse malade cède la place
Ton aimable argument
A besoin d’une plume plus aimable
Ce que ton poète invente de toi
Il te le paye
il te vole
Il te donne la beauté
Il la trouve sur tes joues
Il ne prise en toi
Que ce qui t’habite
Tu te paies de ce qu’il possède en toi

WS 79

Tant que j’étais seul à invoquer ton aide,
Mes vers seuls possédaient ta gente grâce;
Mais maintenant mes nombres gracieux ont décliné,
Et ma muse malade cède la place.
Je t’accorde, cher amour, que ton aimable argument
Mérite le travail d’une plume plus valable,
Cependant ce que ton poète invente de toi
Il te le vole, et te le paye à nouveau.
Il te prête ta vertu, et il vola ce mot
A ta conduite ; il donne la beauté
Et a trouvé celle-ci sur ta joue ; il peut se permettre
De ne priser en toi que ce qui vit en toi.
Donc ne le remercie pas pour ce qu’il dit
Depuis qu’il te possède de ce que tu te paies.

78 **

Mes rimes t’ont invoqué
Secours si puissant
Une plume étrangère
Te clame le patron de ses vers
La lourde ignorance
Apprend à chanter
L’aile de la science
De neuf est empennée
Ta majesté se dédouble
Mais sois fier surtout
Des vers que je distille
De toi ils sont nés
Touche au style des autres
Embellis leur beauté qui est tienne
Tu es tout mon art toute ma science
Grâce à ma grossière ignorance

WS 78 bis

Tu es mon art et ma science
Tu es tous les progrès de ma rude ignorance.
Je t’invoque comme mon musc
Je trouve assistance dans mes vers
Mon usage est la poésie qui se disperse
Les muets chantent à haute voix
La lourde ignorance s’envole
Tu ajoutes ses plumes à l’aile du lettré
Ta grâce a une double majesté pour toi et pour moi
Tu répares le style des autres
Gracieux par ta propre grâce
Tu es mon art Grâce à toi
Ma rude ignorance est science

WS 78

Si souvent t’ai-je invoqué pour mon musc
Et trouvé telle assistance sympathique dans mes vers
Comme chaque plume étrangère a trouvé mon usage,
Et sous toi leur poésie se disperse.
Tes yeux, qui enseignèrent aux muets à quelle hauteur chanter,
Et à la lourde ignorance comment voler,
Ont ajouté des plumes à l’aile du lettré,
Et donné à la grâce une double majesté.
Pourtant sois fier surtout de ce que je compile,
Dont l’influence est tienne et née de toi.
Dans les oeuvres des autres tu ne fais que réparer le style,
Et t’ingénies à ce qu’ils soient gracieux de ta propre grâce.
Mais tu es tout mon art et tu avances
Au rang de science ma rude ignorance.

WS 77 **

Quand tu verras ta beauté s’évanouir sur ton miroir
Ton temps si précieux s’enfuir sur ton cadran
Ton coeur sera près d’imprimer sa marque
Sur les blancs feuillets
Pour goûter ces pages et en tirer peut-être une leçon
Ton miroir commence à te montrer les rides de ton visage
Sépulcre de ta beauté Tu penses béant
L’ombre que tu dérobes au cadran
C’est le temps voleur qui marche vers l’éternité
Ce que ta mémoire oublie, tous ces blancs
Que tu dois recueillir pour bien les éduquer
Un jour c’est toi qu’ils élèveront à leur niveau
Tes occupations si souvent tu t’y livres
Enrichiront tellement ton livre
Que tu le reconnaîtras à peine

** Hommage à la traduction de Jean Fuzier

WS 77 ****

Shakespeare, notre Barde, a publié 134 « sonnets ». J’en ai traduit 77, soit l’exacte moitié.
J’ai un lien intime avec le grand Will en dépit de mes multiples ignorances. En particulier je n’avais pas lu un seul sonnet.
Je suis étrangement heureux du travail que j’ai accompli. Cependant je suis incapable de théoriser sur ces « sonnets ». Ma traduction, sans prétention, se veut proche du texte, tout en se permettant quelques improvisations qui se voudraient poétiques.
J’ai le choix. Je pourrais m’arrêter là. D’autant plus que ces sonnets pas mal compliqués entraînent une forte baisse du nombre des visiteurs de mon blog.
Je persiste et signe.

WS 77 ter

Ton miroir et ton cadran
Feuilles blanches
Peux-tu goûter tes rides
Ta mémoire des tombes ?
Peux-tu connaître les ombres volées
Le voleur de temps ?
Ta mémoire faiblit
Devant ses vastes blancs
Ses enfants policés bien alignés
Les rendez-vous nouveaux sont nombreux
Ils enrichissent ton livre