Si ma muse déjetée se plait à ces jours déjantés
Le chagrin est mien mais la louange est tienne
Si tu n’enseignais comment se dédoubler
En le louant ici lui qui est si loin !
Grâce lascive qui embellit le mal
Tue-moi avec mépris mais nous ne devons pas être ennemis
La liberté tente par ta beauté
La liberté me trompe par ta beauté
Joie ! Mon ami et moi ne sont qu’un
Douce flatterie ! Son amitié n’aime que moi-même
Les jours sont des nuits tant que je ne te vois pas
Les nuits sont des jours brillants si les rêves te montrent à moi
Des éléments si lents n’apportent que des peines,
Des pleurs si lourds, insignes de notre double chagrin
Je renvoie les rapides ambassadeurs
Et ma tristesse grandit Ton apparence extérieure est due à mon oeil
Et mon coeur te doit l’amour intérieur de mon coeur
WS 34 Bis
Mes larmes sont des perles qui abritent ton amour
Elles sont riches et rançonnent les mauvaises actions
Je dois être le complice du voleur si doux
Qui me gruge amèrement
Je t’aime tant que, toi m’appartenant,
Ton renom m’appartient
Regarde le meilleur que je te souhaite
J’ai ce souhait que j’en suis dix fois heureux
Les images que j’aimais je les vois en toi
Et toi qui es eux tous tu as tout du tout de moi
Depuis qu’il est mort et que des poètes sont meilleurs
Je les lirai pour leur style et lui pour son amour
WS 47
Entre mon oeil et mon coeur une ligue s’est formée,
Et chacun cherche à jouer de bons tours à l’autre.
Ou quand mon coeur est affamé de te regarder
Ou mon coeur en amour s’étouffe de soupirs,
Avec l’image de mon amour fête mon oeil,
Et au banquet peint invite mon coeur.
A un autre moment mon oeil est l’invité de mon coeur
Et prend sa part de ses pensées d’amour.
Soit par ton image soit par mon amour
Toi qui est absent est présent encore avec moi ;
Tu ne peux pas bouger plus loin que mes pensées,
Je suis toujours avec elles, et elles avec toi ;
Si elles dorment, ton image à mon oeil
Réveille mon coeur au délice de mon coeur et de mon oeil.
WS 46
Mes yeux et mon coeur se livrent une guerre mortelle
Afin de diviser la conquête de ta vue.
Mes yeux mon coeur partageraient l’image de ta vue,
Mon coeur mes yeux la liberté de ce droit.
Mon coeur plaide pour que tu meures en lui,
Un cabinet jamais percé par des yeux de cristal ;
Mais le défenseur réfute ces conclusions,
Et dit qu’en lui repose ta belle apparence.
Pour décider de ce titre un jury de pensers est constitué,
Tous tenanciers du coeur, et par leur verdict sont déterminés
La tendresse de l’oeil clair et le rôle du cher coeur :
A mon oeil est due ton apparence extérieure
Et au droit de mon coeur ton amour intérieur du coeur.
WS 45
Les deux autres, l’air léger et le feu purifiant,
Sont tous deux avec toi qu’importe où je réside ;
Le premier ma pensée, l’autre mon désir,
Ceux-là présents-absents glissent d’un mouvement rapide ;
Car, lorsque ces éléments plus rapides sont partis,
Dans une tendre ambassade d’amour pour toi,
Ma vie, faite de quatre, réduite à deux, *
Sombre vers la mort, oppressée par la mélancolie,
Jusque’ à ce que la composition de la vie soit reconstituée,
Par ces rapides ambassadeurs, revenus de toi,
A peine de retour, de nouveau assurés
De ta bonne santé, me la racontant.
Je me réjouis que ceci soit dit ; mais je ne suis pas content plus longtemps,
Je les renvoie et ma tristesse grandit.
* Après l’air et le feu, l’eau et la terre sont les éléments primordiaux.
WS 44
Si la terne substance de ma chair était pensée
La distance injurieuse ne m’arrêterait pas
Car, en dépit de l’espace, je serais transporté
Des limites lointaines vers l’endroit où tu te tiens.
Nul problème si mon pied marchait
Sur la terre la plus éloignée de toi ;
Car l’agile pensée bondit au dessus de la mer et de la terre
Aussi tôt qu’est pensé l’endroit où être.
Ah ! la pensée me tue que je ne suis pas pensé,
Pour sauter les longues distances en milles quand tu es parti,
Mais que, mêlé de tant de terre et d’eau,
Je dois assister le loisir du temps avec mes soucis,
Ne recevant que des peines d’éléments si lents,
Des pleurs si lourds qu’ils sont les insignes de notre double chagrin.
WS 43
Quand mes yeux clignent, ils voient mieux que jamais,
Ils regardent toute la journée des choses inattendues ;
Mais quand je dors ils se reposent sur toi,
Et, brillamment obscurs, sont brillants dirigés vers l’obscur.
Toi, dont l’ombre rend les ombres brillantes,
Comment la forme de ton ombre forme un heureux spectacle
Au jour clair avec ta plus claire lumière,
Quand à des yeux non-voyants, ton ombre brille tant !
Comment mes yeux pourraient être bénis
En te regardant dans le jour vivant
Quand dans la nuit morte ton ombre légèrement imparfaite
Berce mon lourd sommeil de ses yeux sans vue !
Tous les jours sont des nuits tant que je ne te vois pas,
Et les nuits sont des jours brillants quand les rêves te montrent à moi.
WS 42
Qu’elle soit tienne ne m’ennuie pas du tout
Et pourtant l’on peut dire que je l’aimais chèrement ;
Elle te possède par mon chef gémissant,
Une perte d’amour qui me touche au plus près.
Offenseurs amoureux, je vais vous excuser :
Tu l’aimes parce que tu sais que je l’aime,
Et pour mon salut elle me trompe,
Souffrant que mon ami pour mon salut l’approuve.
Si je te perds, ma perte est le gain de mon amour,
Et la perdant, mon ami a trouvé cette perte :
Les deux se trouvent et je perds les deux,
Et les deux pour mon salut m’allongent sur la croix.
Mais voici la joie : mon ami et moi ne sont qu’un.
Douce flatterie ! Ainsi elle n’aime que moi-même.
WS 41
Ces jolis torts que commet la liberté
Quand je suis absent quelque temps de ton coeur
Que ton âge et ta beauté conviennent
Car des tentations te suivent là où tu es.
Tu es gentil et donc fait pour être gagné ;
Tu es beau et donc fait pour être assailli ;
Et quand une femme fait sa cour quel fils de femme
La quittera amèrement sans qu’il ait prévalu ?
Las ! ne pouvais-tu me garder mon assise
Et gronder ta beauté et ta jeunesse pénible
Qui te conduisent à leur émeute
Où tu es obligé de briser un double serment :
La sienne tentant par ta beauté
La tienne me trompant par ta beauté.
WS 40
Prends toutes mes amours, ouais, mon amour, prends les toutes :
Qu’auras-tu de plus que tu n’as eu auparavant ?
Pas l’amour, mon amour, que tu peux appeler le véritable amour …
Mon bien était le tien avant ce nouveau don.
Si pour mon amour tu reçois mon amour,
Je ne peux te blâmer d’user de mon amour ;
Cependant sois blâmé si tu te trompes toi-même
En goûtant volontairement ce que de toi-même tu refuses.
Je peux te pardonner cette friponnerie, gentil voleur,
Quoique tu voles toute ma pauvreté ;
Pourtant amour sait que c’est un plus grand chagrin
De supporter les erreurs de l’amour que les blessures connues de la haine.
Lascive grâce, en laquelle tout mal est embelli,
Tue-moi avec mépris , mais nous ne devons pas être ennemis.