Tu multiplies les catastrophes
La moindre n’étant pas que tu es vivant et mort
Pourquoi en veux-tu à notre monde ? le tien ne te suffit pas
L’amour du monstre n’est-il pas monstrueux ?
Tu te dédoubles devant mes yeux
La part quotidienne est charmante et souriante
Que devient ton mysticisme quand tu dors ?
La Beauté des étoiles n’est pas ton fait
J’aime ta beauté de brin d’herbe
Tout s’efface Il n’y a plus de trace
Sauf un berlingot sucé par un enfant
WS 53
Quelle est votre substance, de quoi êtes-vous fait,
Que des millions d’ombres étranges vous escortent ?
Depuis chacun a, je dis bien chacun, une ombre,
Et toi, sauf une, tu peux prêter chaque ombre.
Décrire Adonis et la contrefaçon
Est une pauvre imitation de vous.
Tout l’art de la beauté est mis sur la joue d’Hélène
Et vous dans des vêtements grecs êtes peint à nouveau.
Parlons du printemps et de la foison de l’année :
L’un est l’ombre de votre spectacle de beauté,
L’autre apparait comme votre butin ;
Et vous dans chaque forme heureuse que nous connaissons.
Vous tenez une part de chaque grâce externe,
Mais vous comme personne, êtes sans pareil quant au coeur fidèle.
Ws 52
Ainsi suis-je le riche dont la clé bénie
Peut le mener jusqu’à son doux trésor bien fermé :
Il dénie le fait de le voir émousser
La fine pointe d’un plaisir solitaire.
Donc les fêtes si solennelles et rares
Qui se produisent peu dans l’année
Comme pierres de prix elles sont clairsemées
Ou réunies comme dans un collier de joyaux.
Le temps te garde comme dans ma poitrine
Ou dans l’armoire qui cache la robe,
Pour faire un instant spécial ou béni
En déployant à nouveau sa captive fierté.
Béni es-tu dont la valeur donne de l’espace,
Quand je t’ai, au triomphe, quand tu manques, à l’espoir.
WS 51 ***
Mon amour prends-les toutes ! La liberté commet des erreurs
Qui ne m’ennuient pas du tout
Mes yeux voient mieux que jamais Ma chair est pensée
L’air est léger le feu purifie Guerre mortelle !
Une ligue se forme Ton amour et le mien
Les perles abritent l’amour La louange est tienne
Le jour est beau Le temps ne viendra jamais
il est pénible de voyager On ne peut excuser l’offense lente
WS 51
Ainsi mon amour peut excuser l’offense lente
De mon morne destrier quand je m’éloigne rapidement de toi :
Pourquoi m’éloignerais-je en hâte de l’endroit où tu es ?
Jusqu’au retour nul besoin d’aller vite
O quelle excuse trouvera ma pauvre bête
Quand la rapide extrémité ne peut paraître que lente ?
Je devrais éperonner quoique monté sur le vent ;
Dans la vitesse ailée je ne connaitrai pas de mouvement.
Ainsi nul cheval ne peut garder le pas de mon désir
Donc le désir fait non de chair ennuyeuse mais d’amour le plus parfait
Tiendra les reines dans sa fière course ;
Mais l’amour par amour excusera mon jade de bête :
Puisque de toi il partit lent volontairement
Je courrai vers toi et lui donnerai le droit de partir.
WS 50
Comme il est pénible de voyager
Quand ce que je cherche – la fin d’un voyage fatigant –
M’enseigne l’aise et le repos pour me dire :
» Qu’ainsi les milles sont mesurés qui séparent de ton ami ».
La bête qui me porte, fatiguée de mon souci,
Marche lourdement pour m’apporter cette charge,
Comme si par un instinct quelconque le miséreux savait
Que son cavalier n’aimait pas la vitesse qui l’éloignait de toi.
L’éperon sanglant que parfois la colère enfonce dans sa peau
Ne le pousse pas vers l’avant,
A quoi il répond d’un grognement
Qui m’entame davantage que l’éperon dans mon flanc ;
Cette même plainte m’amène à penser :
Ma souffrance est devant et ma joie derrière
WS 49
En attendant ce temps – si ce temps vient jamais –
Quand je devrais te voir sourciller de mes déficiences,
Tandis que ton amour a parié la somme la plus considérable,
Appelé à cet audit au nom de respects bien conseillés ;
En attendant ce temps où passant étranger
Et parcimonieusement m’accueillant avec ce soleil, ton oeil,
Quand l’amour, converti de ce qu’il était,
Trouvera des raisons de gravité installée ;
En attendant ce temps je me rencogne ici
Dedans la connaissance de mon propre mérite,
Et je lève la main contre moi-même
Pour garder le bon droit de ton côté.
Pour me laisser pauvre tu as la force des lois
Car je ne peux alléguer de raison de m’aimer.
WS 48
Quel soin ai-je pris en partant
De mettre sous les barreaux les moindres bagatelles,
Pour à mon usage les garder inutilisées
Loin des mains de la fausseté, en lieu sûr.
Mais toi, à qui appartiennent mes bagatelles de joyaux,
Un confort de valeur, mon plus grand grief,
Toi meilleur des plus chers et mon seul soin,
Tu es laissé la proie des voleurs vulgaires.
Je ne t’ai pas bouclé dans un coffre
Sauf que tu n’y es pas, bien que je pense que tu y es –
Dedans la gentille cloture de ma poitrine
D’où au plaisir tu peux venir ou partir ;
Et là tu seras volé, je le crains,
Car la vérité se prouve voleuse pour un prix si cher.
WS 40 ter
Prends toutes mes amours, ouais, mon amour, prends-les toutes
Qu’auras-tu de plus que tu n’aies eu auparavant ?
La liberté commet de jolies fautes
Quand je suis absent de ton coeur
Qu’elle soit tienne ne m’ennuie pas
Pourtant on peut dire que je l’aimais
Quand mes yeux clignent ils voient mieux que jamais
ils regardent toute la journée des choses inattendues
Si la terne substance de ma chair était pensée
La distance injurieuse ne m’arrêterait pas
Je me réjouis de l’air léger et du feu purifiant
T’accompagnant partout peu importe où je réside
Mes yeux et mon coeur se livrent une guerre mortelle
Afin de diviser ta vue
Entre mon oeil et mon coeur une ligue s’est formée
Et chacun joue de bons tours à l’autre
WS 34 Ter
Pourquoi m’avoir promis un jour si beau
Et m’avoir fait voyager sans mes vêtements
Ne regrette plus ce que tu as fait :
Les roses ont des épines et les douces rivières de la boue
Nous sommes toujours deux
Quoique nos amours sans partage ne font qu’un
Un père décrépit se réjouit de voir son fils actif aux exploits de son âge
Comment ma muse peut-elle chercher à inventer un thème
Tant que tu respires et te répands dans mes vers
Comment puis-je chanter avec des manières
Alors que tu es le meilleur de moi ?