WS 4 Bis

Charme prodigue, pourquoi dilapider et pour toi seul
Ton fabuleux héritage, ta beauté ?
Souviens-toi que Mère nature, de ses legs,
Ne fait point don, mais prêt
Pourquoi, bel avare, abuses-tu de ces dons généreux
Qu’on te dispense pour que tu les rendes ?
Usurier sans coeur et sans profit,
Tu thésaurises et tu ne peux pas en vivre !
Tu te frustres toi-même en restant seul
Quand viendra l’invite au voyage suprême
Espères-tu sérieusement laisser un bilan acceptable ?
Ta beauté, qui aurait pu te survivre et te cautionner,
Doit te suivre au tombeau *

* Rappelons que nous translations et donc interprétons. Ici pas de mot à mot.

Prospective

Soyons net et soyons franc : nos amitiés franco-chinoises sont closes pour un moment. Nous allons revenir à la vieille Europe qui est pourtant jeune par rapport à la Chine.
Beaucoup d’activités sont envisageables : par exemple tenir enfin un journal, pour la première fois de ma vie, en profitant de ce qu’il ne se passe plus grand chose dans ma petite existence ; découvrir de nouveaux auteurs si possible très connus, par exemple dans le monde anglo-saxon, si spécial quand on y pense ; ouvrir une rubrique théorique…
Quoiqu’il en soit, nous sommes neufs dans un monde neuf !

TWR 148

Respecte le droit à l’existence de Marx
il reste incompris en France
Et quand on prétend le comprendre
C’est pour le mutiler
L’erreur prend toutes les formes
A la différence de la vérité
C’est pour l’erreur une force énorme
Il est crucial de lire Marx en lui-même
il n’est guère possible d’être marxiste
Soyons marxien

WS 4

Regarde ta face dans le miroir
Et dis lui d’en former une aussi belle
Tu outrages une mère tu frustres ton monde
En ne restaurant pas ta fraicheur
Où donc est la beauté qui veut ne rien devoir à ton labeur ?
Quel narcissisme à ne vouloir aucune postérité !
De ta mère tu es le miroir Ton image lui rappelle
Le meilleur de son printemps
Toi-même tu verras tes jours dorés malgré les rides
Mais vivant pour l’oubli tu dois te satisfaire
Que ton image meure avec toi solitaire

WS 2 Bis

Quand cinquante hivers* assiègeront ton front
Creusant de profondes tranchées dans le champ de ta beauté
Ta livrée de jeunesse jusqu’à présent admirée
Ne sera plus qu’une loque peu prisée
On te demandera où git ta beauté ?
Où est le trésor de tes jours glorieux ?
Peut-on dire que, dans tes yeux caves,
Rodent une honte dévorante et une louange vaine ?
Combien plus de compliments mériterait ton usage de la beauté
Si tu pouvais répondre : « Mon enfant si charmant
Devrait régler mon compte et présenter l’excuse pour mon vieillissement »
En prouvant que sa beauté est par héritage la tienne
Ce serait rajeunir quand tu vieilliras
Et réchauffer ton sang quand tu le sentiras froid

* Quarante dans le texte original

WS 3

Des plus belles créatures nous souhaitons la croissance
De façon à ce que leur rose de beauté ne meure jamais
Mais comme le cueilleur devrait mourir à temps
Son tendre héritier devrait porter son souvenir
Mais toi, réduit à tes propres yeux si brillants,
Tu nourris ta flamme de lumière avec du carburant que tu fabriques toi-même
Créant une famine là où règne l’abondance
Toi ton ennemi, trop cruel pour ton doux toi-même,
Toi que l’art, maintenant l’ornement le plus récent,
Héraut du printemps tout nouveau,
Dans le bouton de fleur enterre ton dissentiment
Tu as l’avarice tendre Aie le monde en pitié
Ou que ta tombe et toi soient assez gloutons
Pour dévorer ce qui est du au monde

WS 2

Lorsque trop d’années assiégeront ton front
Le labourant de tranchées bien profondes
Ton bel habit ne sera plus que loque
On regrettera alors les richesses de tes jours vigoureux
On ne les retrouvera pas dans ton oeil cave
On les retrouvera dans la beauté de l’enfant que tu as porté
Par héritage elle est tienne
Ca sera rajeunir quand tu vieilliras
Ca sera te réchauffer quand tu auras froid

WS 1

Nous désirons sincèrement que la beauté s’affirme
Le rosier ne doit plus mourir
Quand périt la fleur qui fut épanouie
Son souvenir est déjà dans son tendre héritier
Qui se fiance à lui-même
Exaltant l’éclat de ses yeux
Nourrissant la flamme de sa propre substance
Favorisant la famine là où régnait l’abondance
Ne soyons pas gloutons ménageons notre monde
Comme s’il était une fleur

TWR 147

Mister B. terminait ses péroraisons
Par son slogan : « J’ai raison »
Il est mort sans raison
Comme nous tous
Mes idées sont imaginaires
Je reste proche du torrent des pins
De la montagne bleue
Cette imagerie n’a qu’un seul défaut : elle n’existe pas
Les artistes les poètes la font exister
Pour nous tous

TWR 146

Certains d’entre nous commencent par avoir raison Bof !
Et finissent par avoir raison dans leur monde imaginaire Beurk !
Je suis de ceux trop rares qui commencent par douter What ! ?
Et n’en finissent jamais Leur doute est le grand doute Yeah !
Le doute méthodique le doute rationnel Zut !
Le doute scientifique Flute !
Nous menons une vie dangereuse notre doute peut devenir affectif ?
Il peut nous empêcher d’agir ?