Je ne comprends pas ce que dit la pluie
Je suis l’univers je suis davantage mon petit moi
Un vieillard n’est jamais si robuste que ça
C’est l’immense univers qui m’a fait si minuscule
L’idée et l’idéal pour le vieillard est
Qu’une journée devienne une année
Chacun suit son chemin
Ne pas bouger c’est partir pour un ailleurs
C’est couché que j’ai mes idées
Mes idées sont de plus en plus des images
TWR 135
L’amour est don Il n’est pas prédation
Tout est ambigu tout est contradictoire
Je vis dans le vague
Ma canne signifie beaucoup pour moi
Moins désirer c’est aussi une liberté
Je n’ai pas compris grand-chose
Ai-je au moins compris quelque chose ?
La femme décide de tout
Elle est la Présence
Universelle et sensible
TWR 134
Mon voisin est mort
La vie improvise
Ne serait-ce que pour conserver
Nous discutons de rien
Il ne me déplait pas d’être pauvre
Sagesse de vieillard ?
Il est peut-être préférable que le vieillard ne fasse rien
Je garde un coeur d’enfant
Je me moque bêtement de mon corps illusoire
C’est lui pourtant qui me rattache au monde
TWR 133
A partir de mes quarante-trois ans
J’ai accepté de grossir de vieillir
De retour de l’écluse je me caresse la panse
Je ne supporte plus ces raouts insensés
Où on ne dit que des saletés
Pourquoi ne pas laisser le passé au passé ?
On ne peut plus me limoger
Ma mère me disait : « Sois diplomate mon fils »
Je l’ai été autant que possible
J’ai préféré ma vérité
TWR 132
La mémoire est chagrine
Elle attire les mauvais souvenirs
Elle assombrit les bons
Il y a des exceptions
Ma mémoire diminue
Surtout celle du présent
On s’apitoie sur nos confusions
Tu disposes de ton univers
Et moi du mien
Le vieillard n’a rien à faire
TWR 131
Mon coeur bat une mauvaise chamade
Mon âme va mourir avec lui
J’aime les vieux mots
Parés de l’âge
Qui voudrait vivre éternellement ?
Tant qu’il est encore temps jouissons des bons côtés de la vie
Mangeons buvons baisons
Je pense surtout à dormir
A partir de prémisses fausses
On peut avoir des conclusions vraies
TWR 130
Je suis un vieil homme qui n’en fait qu’à sa guise
Je dois beaucoup aux magazines féminins
Ma maman lisait « le petit écho de la mode »
Puis elle s’est mise à « Elle »
Régine lit « Elle » et « Marie-Claire »
Je les lis après elle
C’est dans « Elle » que j’ai compris il y a longtemps
Que les femmes aiment être désirées
Il y a ainsi des souvenirs que je garde précieusement
Et tant d’autres que j’ai perdus définitivement
TWR 129
Quand la vie est trop longue
Elle tombe en ruines
Je ne mérite pas ma tranquillité
Être en repos c’est comme être en voyage
je suis comme un esquif
Peint par Odilon Redon
Quand il s’agit de soi
Même le sage se trompe
Je ne connais pas la voie du Vide
Je ne renonce pas au printemps
TWR 128
Ma mémoire faiblit jour après jour
Principalement le souvenir des noms propres
Je pense avoir gardé une mémoire correcte
Des raisonnement des concepts
Cela sert à quoi ? Depuis que je me réfugie
Dans le sensible le palpable
Adieu les grandes constructions conceptuelles
De ma jeunesse
Adieu la volonté à peine cachée
De renouveler la théorie de l’Histoire
TWR 127
Mon père homme solide et faible
Un peu comme moi
Me reprochait d’être paresseux
Au point de remettre au lendemain
Ce que je pouvais faire le jour même
Ce reproche qui valait condamnation
Je l’ai accepté partiellement
il est toujours valable
Mais il y a quelques domaines
Où aujourd’hui est déjà trop tard