TWR 126

Je suis trop paresseux désormais
Pour les livres
Moi qui aimait tellement lire
A qui la lecture a tellement appris
Qui pensais savoir si bien lire
J’aurais encore tant de livres à lire
Je préfère désormais ma tambouille personnelle
Je pourchasse les ombres et les lumières
Que j’ai vécues qui sont devenues miennes
Que j’offre avec une certaine générosité

TWR 125

Le monde méprise les illettrés
il faut faire semblant d’être savant
Au plus haut niveau
Tout fonctionne à l’envers
Les plus beaux esprits sont rejetés
Par la coalition bigarrée
Des semi-habiles
D’autant plus efficace que les institutions
les moeurs les manières les habitudes
Sont façonnées par la majorité bavarde

TWR 124

Nous nous fions à des formes
Des concepts des idées
Avec l’expérience ces formes se vident
Avec elles c’est tout l’univers qui se vide
Vive le vide, bon Dieu !
Dans le Vide réside une sagesse
De détachement et d’humilité
Mais la vie n’est pas futile
Il est bon de s’occuper
Et d’être joyeux, bon sang !

TWR 123

Le héros des deux mondes
Ce n’est pas le marquis de la Fayette
Non c’est vous c’est moi
C’est chacun d’entre nous
Nous somme tous pris entre deux univers
L’immense univers universel
Et le petit monde de toi de moi
Face à ton monde à votre monde je me fais petit
Dans mon petit monde je suis le roi

TWR 122

Je suis tombé dans la misanthropie
Un jour de mes dix-huit ans
En lisant « le Misanthrope » de Molière
Je ne me suis pas pris pour Alceste
J’ai préféré la douceur de Philinte
Et son amour pour la sincère Eliante
Régine est presque aussi vraie
Qu’à ses vingt ans
La vie exige des concessions
Ma misanthropie est parfois un fardeau
Un facteur d’isolement

TWR 121

La plupart des problèmes humains
Pourtant très concrets sont mal posés
Grâce à ce blog ( ue ) je suis revenu à la poésie
Je crois toujours à mes livres
Même s’ils n’ont pas trouvé leurs lecteurs
Les propos des humains sont trop futiles pour moi
Même quand leur apparence est sérieuse
Je suis tombé amoureux de la poésie chinoise
Parce qu’elle est quotidienne chaleureuse fraternelle
Tout au moins c’est ainsi qu’elle me prend

TWR 120

Dans notre mémoire le temps s’accélère
Nous réduisons des millénaires à un instant
Il y a des raisons et peu de pourquoi
On erre tant dans l’errance
Je ne me vois pas dans le miroir
J’aperçois un vieux barbu
Pas tibulaire mais presque
Mon pas est mal assuré
J’adore ma canne
Si je tombe je ne me relève pas tout seul

TWR 119

J’ai menti dans mes poèmes de vieux
Mes cheveux ne sont pas blancs
Ils restent désespérément gris
Je ne suis pas seul à me lamenter
Je n’ai jamais été seul de ma vie
Grâce à Régine ma compagne d’amour
Je suis seul pourtant devant l’absolu
Que je transforme en relatif
Au nom du temps et de l’Histoire
Moi aussi je suis un fils de l’Être
Qu’on peut appeler Tao si l’on veut

TWR 118

J’aime les saisons peut-être parce que je m’y adapte
Nécessité fait loi et amour
On aime ce pour quoi on est fait
Peut-être de toute éternité
Je n’aime pas mon héroïsme
Il me montre que j’ai raté quelque chose
Je n’aime que le banal, le normal, le quotidien
A d’autres les grands espaces et les folles pensées
Je ne déteste pas ceux qui sont au loin

TWR 117

Autefois on rencontrait plein d’immortels
Aujourd’hui on n’en voit plus
Est-ce un progrès ?
Ne refusez pas un verre a priori
Mon balai est un balai-pelle
Il m’est indispensable
Depuis que je ne peux plus me baisser
Ce que je dis est insignifiant
Et pourtant fait partie du Tao