Dans un cimetière un crâne m’a parlé
Entre les morts il n’y a pas de hiérarchie
De façon générale il n’y a ni haut ni bas
Nos printemps et nos automnes sont éternels
Nous sommes heureux à nous taire
Les braves gens sont terrifiés par nous
Sans que nous ayons rien à faire
Une ombre est passée et a proposé au crâne
De lui rendre un corps Le crâne a dit :
« Je vais à nouveau endosser vos tourments »
Cc 137
Une transformation est qu’elle eut un corps
Une transformation est qu’elle est morte
C’est ainsi que les saisons se succèdent
Tout nait tout meurt
J’ai arrêté de me lamenter
La mort est aveugle elle n’a pas de vraie tête
C’est la vie qui embrouille
Ses partisans jacassent
La mort est silence
Elle ne devrait créer que le silence
Cc 136
Vivant on se soucie d’être honoré par le monde
Mort on rêve de passer à la postérité
Hélas solitaire depuis toujours
Je me suis comporté différemment
Vivre dans un monde trouble
Ne m’a pas corrompu
Mais pour passer à la postérité
Il vaut mieux être connu de son vivant
Je me suis accordé au cours des choses
Je suis conscient de la fin des choses
Cc 135
Autrefois j’allais joyeux au torrent puiser de l’eau
Je chantais en rapportant des fagots de bois
Matin et soir j’étais féru des tâches quotidiennes
( Décidément la poésie me fait mentir
Continuons dans notre mensonge imaginaire )
Les plantes ont poussé le jardin était extraordinaire
Diligent sans me fatiguer j’avais le coeur dans la quiétude
Malheureusement il a craqué
Craignant n’avoir rien accompli en fin de compte
Je suis avare d’une journée je regarde sur une heure
Cc 134
Le ciel est froid la nuit longue le vent lugubre
Les oies sauvages démarrent leur vol de départ
Les feuilles jaunissent et tombent
L’hiver n’est pas ma demeure originelle
Les voix sont de moins en moins distinctes
Le ciel d’azur est immense
J’ai eu la même naissance que bien des gens
Mes armoires, mes corbeilles et mes flacons sont souvent vides
Je suis devenu un homme
Mon destin est la pauvreté
Cc 133
Les amis m’ont abandonné
Cela justifie-t-il les rapports de famille ?
J’ai toujours été pauvre
Mais il y a toujours eu plus pauvre que moi
Dans ces dizains* je suis souvent seul
Dans la vie je ne l’ai jamais été
Il vaut mieux avouer un échec
On contemple d’en bas la haute montagne
il faut pratiquer la vertu
Ce qui est plus simple qu’on ne croit
* Poèmes de dix vers
Cc 132
Jeune j’adorais lire
Si je comprenais ce que je lisais c’était la joie
J’aime regarder les arbres croiser leurs ombrages
J’aime retrouver la saison en écoutant les oiseaux
Je me prenais pour des hommes d’époques différentes
Mes connaissances restaient superficielles
En vieillissant j’ai renoncé à courtiser à louvoyer
Ce passé lointain est flou maintenant
Je m’affaiblis Je me détériore
Je crains fort que mon terme n’approche
Cc 131
Je m’exhorte à quitter ce monde de poussière
A l’abandonner ne serait-ce qu’un instant
Je n’ai connu ni la faim ni le froid
La vie a été douce pour moi
Je cours sûrement à une catastrophe
Je n’ai jamais eu de veste en lambeaux comme un clochard
J’ai été souvent bouleversé
Mon coeur était doué pour la critique et en souffrir
J’ai toujours aimé le calme la quiétude
Les bonnes habitudes de la propreté
Morale et intellectuelle
Cc 130
Ciel et terre nous accordent la vie
Mais s’il y a vie il y a mort
Il est inutile de s’attendre à quoi que ce soit
Sauf à des ennuis des soucis
Longue vie ou mort précoce ?
J’ai toujours été pauvre mais jamais dans l’embarras
Mon caractère était intransigeant mon tempérament de braise molle
Mon talent médiocre
J’ai toujours craint d’aller au devant d’une catastrophe
Et maintenant je suis mort
Cc 129
La mort est insignifiante
Le soleil et la lune ne s’attardent pas
Le vent froid balaie déjà les branches dépouillées
Les feuilles mortes jonchent l’allée
Mon corps décline avec le cours du temps
Ma tête jadis noire est neigeuse maintenant
J’arbore j’adore mon symbole blanc
L’avenir est un tunnel qui rétrécit
Je voudrais partir Pour me rendre où ?
La mort n’est pas un avenir