J’aime le nom ravissant de mon village
Ma montagne s’appelle le Rempart isolé
La nouvelle année commence à peine
Mon coeur se trouble
J’en profite pour me promener
Je m’assois au bord de la rivière
Les beaux poissons nagent rapidement
Le Rempart est sans pareil dans la région
Autrefois j’aurais invité quelqu’un à boire
Oubliant une année de soucis
Cc 127
Je me promène le long de la rivière
C’est bizarre j’ai l’impression d’être déjà mort
Le temps est serein Le paysage splendide
Brèmes et carpes sautent dans l’eau
C’est déjà le soir Les mouettes volent haut
Aspirées par le vent
La montagne est magique
Il est regrettable que l’on ne puisse retenir les années
Que chacun consigne son âge
L’année où il est né !
Cc 126
Je vogue je navigue sur le courant limpide
La montagne sauvage est luxure
Les pauvres gibbons poussent des cris plaintifs
Le Tao quitte l’auberge pour retourner
A sa demeure originelle
Je traverse ce qu’on appelle la montagne des huttes
Parce qu’il y a quelques hôtes de branchages
Le vent cinglant apprécie les matins calmes
Les oiseaux sont joyeux
Je saluais jadis le vieux à la bêche
Cc 125
Je dépends moins de ma culture
Que de la récolte des autres
Je donne mes dernières force à un champ
En forme de méandre dans la forêt
Je ne me suis jamais plaint que les travaux soient pénibles
J’ai souvent craint de trahir mon plaisir
Je suis toujours affamé
Je me réjouis de mon premier repas
Suivi d’une bonne nuit avant le chant du coq
Pour traverser le lac je rame
Je salue le vieux à la bêche
Cc 124
Je me souviens vaguement du maître des saules
Il faisait du vin de chrysanthèmes
il cherchait gentiment le secret du cours des choses
Il était intransigeant sur l’humanité
La voie de l’accord est aussi celle de l’alcool
On s’agite A quoi bon ?
La dignité de sa fonction lui suffisait
Il n’espérait pas être immortel
Il a planté sa canne
Pour biner et planter
Cc 123
L’homme vrai ne sait rien
De l’amour de la vie
De la haine de la mort
Il vient au monde sans joie particulière
Il la quitte sans faire d’histoires
L’homme vrai arrive libre de tout souci et reste libre
Il n’oublie jamais d’où il vient
Il n’essaie pas de savoir où il finira
Il reçoit et rend en silence
Son esprit ne va pas à l’encontre des choses
Mais à leur rencontre
Cc 122
Je veux être incinéré comme un pauvre
Que dans le fond j’ai toujours été
Je ne veux pas être accompagné
Par des gens qui ne m’ont jamais aimé
Ce que j’aurais vraiment voulu
C’est que la terre soit mon cercueil
Et le ciel son couvercle
Que le soleil et la lune soient nos témoins
Le nécessaire pour des funérailles modestes
Est prêt Il n’y a rien à ajouter
Cc 121
Tu jacasses comme un sophiste
Tes paroles témoignent des embarras
De l’homme vivant
Une grande égalité règne parmi les morts
Leur éternité vient de ce qu’ils n’ont rien à faire
Leurs printemps sont éternels comme le ciel
Les morts ne reviennent pas
Parce qu’éprouvant un grand bonheur
Ils ne veulent pas endurer à nouveau
Les tourments de l’être humain ordinaire
Cc 120
« Seigneur, fûtes-vous avide de vivre
Et négligent de la raison
Pour en arriver là ?
Ou bien votre pays fut envahi
Pour que vous mouriez au combat ?
Ou bien avez-vous vécu dans le déshonneur
Avez-vous volé, monseigneur ?
Ou bien avez-vous souffert du froid de la faim
D’une épidémie mortelle ? »
« J’ai vécu une vie d’homme »
Cc 119
Le chinois n’est pas le français
Mais il y a des atomes crochus
Je ne serai jamais l’homme vrai du pays des fleurs du sud
Nous allons de métamorphose en métamorphose
Je n’invite pas à un goûter philosophique
Même dans mon hameau de la vacance relative
Il n’y a rien d’absolu chez moi sauf la mort
Je ne suis pas pris dans les limbes
Entre existence et non-existence
Mais mon existence est diminuée